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La leçon de 1919

Houria Dalioui, Mardi, 08 juillet 2014

Ahmad Mourad vient de publier son quatrième roman intitulé 1919. C’est un hymne à la patrie et un hommage à tout ce peuple qui s’est sou­levé contre l’occupation britannique. Présentation.

La leçon de 1919

Après le succès de ses trois romans considérés comme des best-sellers en Egypte, Ahmad Mourad nous réconcilie avec l’his­toire de l’Egypte. Son dernier roman intitulé 1919 raconte cette saga du peuple égyptien qui s’est soulevé contre l’occupation britannique. Saad Zaghloul, nationaliste, père de la nation égyptienne, et président du parti Al-Wafd, est le héros de cette révolution qui s’étend à toutes les villes égyptiennes. Il repose sur des faits historiques qui retracent la lutte de Saad Zaghloul et de tout un peuple pour arracher l’indépendance de l’Egypte.

Après avoir avorté la révolte d’Ah­mad Orabi menée par cet officier égyptien contre le khédive Tewfiq et la présence des étrangers dans l’ar­mée égyptienne, les Britanniques envahissent Alexandrie, un 11 juillet 1882, première étape d’une occupa­tion. Depuis, une répression atroce s’abat sur les Egyptiens qui ont connu une injustice innommable. Mais le parti Al-Wafd, qui représen­tait la majorité des Egyptiens, ne céda pas à ce nouvel ordre imposé aux citoyens.

En 1919, toutes les villes égyp­tiennes furent secouées par une grande ébullition, notam­ment Le Cairem qui fut l’épi­centre de cette révolution menée par Saad Zaghloul, cet avocat de grande renommée. Les grèves et les manifestations ont gagné tout le pays afin de reven­diquer le retour de ce héros qui a été exilé par les Britanniques à cause de son action militante et de son opposition à l’occupation. Il connut l’exil et la prison. Son abné­gation et son courage furent un sti­mulateur pour le soulèvement de tout un peuple qui a souffert de l’oc­cupation.

Ces faits historiques s’enchevê­trent avec des parcours de gens cou­rageux qui ont payé le prix fort pour l’indépendance de leur pays. Une organisation secrète, appelée la « main noire », dont la mission est d’éliminer des officiers britanniques et des responsables égyptiens accu­sés de trahison ou de collaboration avec l’ennemi fut créée. Le sous-sol du Café Riche fut le quartier général de cette organisation dirigée par Ahmad Abdel-Hay Kira. Il tient cette fibre patriotique de son père qu’il n’a pas connu. Fils d’un militaire qui fut l’ami de Saad Zaghloul, tué après la révolte d’Ahmad Orabi, il s’engagea à se battre pour le départ des Anglais. Jeune chimiste à l’école de méde­cine, il s’est engagé à recruter des militants pour accomplir des opéra­tions d’assassinat. Vu sa formation, il fabriquait lui-même ces bombes uti­lisées dans ces opérations. Son amour pour Nazli fut une grande déception car elle devait épouser à son corps défendant le roi Fouad.

Abdel-Qader Chéhata, un jeune du quartier de Sayeda Zeinab au Caire, connu pour ses relations étroites avec les Britanniques avant d’ouvrir les yeux sur la répression qui s’abat sur le peuple, contribue à cette résis­tance. Son père, Chéhata Al-Guinne, fut tué lors d’une manifestation à Sayeda Zeinab par un officier britan­nique. Dans le sous-sol du Café Riche, il fait la connaissance de Dawlat, une saïdie courageuse. Elle a quitté son village natal, Béni-Mazar, à Minya, pour enseigner la langue anglaise dans une école au Caire. L’histoire d’amour qui lie ces deux militants au sein de la « main noire » n’aboutit pas, Dawlat fut tuée par son frère pour laver l’honneur de la famille.

Le Caire cosmopolite est très bien décrit dans cette magnifique fresque qui rappelle Naguib Mahfouz à travers des détails minutieux que l’auteur a su habi­lement utiliser. Il plonge le lec­teur dans cette ambiance qui régnait au Caire pendant les années 1920 du siècle dernier. Une capitale qui grouille de monde, de différentes nationa­lités, et d’événements ininterrom­pus. Le lecteur est comme obnubilé par ces scènes d’une beauté exquise devant un grand écran de cinéma.

Tel un guide touristique, il nous fait découvrir cette capitale dans une promenade à travers Ezbékiyeh, Sayeda Zeinab, en passant par Abdine et Moqattam. Sans oublier les cafés et les bars qui ont fait sa notoriété. Et les maisons closes aussi.

Le Café Riche, qui existe toujours et situé à quelques encablures de la place Tahrir, attirait des intellectuels et des militants nationalistes. Il a cité à plusieurs reprises le café Mattatia, qui connut une grande réputation. Il fut le lieu de rendez-vous de person­nalités très célèbres comme Gamaleddine Al-Afghani, Mohamad Abdou, Saad Zaghloul et d’autres. Son emplacement actuel est le par­king à étages qui se trouve place de l’Opéra, à Attaba. Il porte le nom de l’architecte italien qui a conçu le bâtiment qui abritait ce café.

En page 53, Saad Zaghloul dit à Ahmad Kira, le jeune activiste : « Ton père était un rêveur Ahmad ... Et le rêveur ne sait pas ce qu’est la trahison ... Ils l’ont décapité … il fallait un bouc émissaire … pour que cette révolution ne se renouvelle pas ». C’est à se demander si Ahmad Mourad ne suggère pas aux jeunes qui étaient aux premiers rangs lors de la révolution de janvier 2011 de poursuivre leur mission malgré toutes les contraintes. Et si leur révo­lution n’a pas encore abouti, l’espoir demeure tant qu’il y a des jeunes comme Ahmad Kira. Un roman à lire absolument, avec délectation.

1919, Al-Shorouk, 20

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