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Les chroniques de Heikal

Mahmoud Al-Werdany, Mardi, 31 décembre 2013

L’écrivain Youssef Al-Qaïd rassemble une série d’entretiens effectués avec l’icône du journalisme, Mohamad Hassanein Heikal, rappelant ses souvenirs sur l’Egypte sous Nasser.

Les chroniques de Heikal

Pendant 5 ans de séances matinales, Mohamad Hassanein Heikal a raconté à l’écrivain Mohamad Youssef Al-Qaïd tout ce qui a rapport avec la relation de Nasser avec la culture et les intellectuels, accumulant ainsi une collection d’entretiens qui s’étendent sur 400 pages.

Le leader arabe Gamal Abdel- Nasser est mort depuis déjà 43 ans, et ses successeurs Anouar Al-Sadate et Hosni Moubarak étaient aux antipodes à la fois au niveau de l’approche qu’au niveau de l’idéologie. C’est pourquoi les dialogues menés par Al-Qaïd ne peuvent que rappeler le passé, puisqu’aucun des deux présidents qui ont succédé à Nasser n’était son prolongement. Le lecteur est invité donc à un retour à l’Histoire avec toutes les implications du présent.

Il sera pourtant étonné de la présence d’esprit, de l’observation aiguë et de la minutie des détails dont fait preuve Heikal 60 ans après le mouvement des Officiers libres en juillet 1952. Touchant au sujet majeur des entretiens, Heikal soulignait que Nasser était, pendant ses premières années, « doué pour recevoir les personnalités. Il avait même tenté d’écrire un roman intitulé Pour l’amour de la liberté, avant d’écrire un essai sur Voltaire, l’homme de la liberté ».

Selon lui, les intellectuels sont ceux qui ont eu l’opportunité du savoir. Cette définition des intellectuels est rapportée par Al-Qaïd, à partir de l’ouvrage de Heikal Les Crises des intellectuels, publié en 1961. Heikal avait ajouté dans ce livre que tant que le nombre des intellectuels en Egypte est immense, ils forment une classe qui a ses propres intérêts, qui se distingue du reste des masses. Leur relation avec la classe au pouvoir garantit ces intérêts. Parmi les 23 chapitres que forme l’ouvrage figure la première rencontre entre Nasser et Heikal à Fallouja en août 1948 pendant la guerre de Palestine que Heikal avait couverte pour le compte du quotidien Akhbar Al-Youm. De nombreuses rencontres ont eu lieu, dont la plus significative était celle du 18 juillet 1952, quelques jours avant la révolution. La question principale que Nasser a posée à Heikal était : Est-ce que les Anglais auraient intervenu si une révolution avait eu lieu ? Heikal a répliqué par la négative, en énumérant les raisons.

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Tout le long du livre, Heikal ne s’empêche pas de qualifier sa relation avec Nasser d’amitié, avant la Révolution. Elle avait été renforcée pendant les deux années où Nasser avait occupé plusieurs postes sous le règne du premier président de l’Egypte, Mohamad Naguib. Sous le régime de Nasser, et en particulier depuis 1955, Heikal écrit « tout texte ». En plus de ses discours, Heikal rédigeait des documents politiques variés, comme l’ouvrage de Nasser intitulé La Philosophie de la Révolution, ou Le Communiqué du 30 mars, qui sont des documents-clés de la révolution.

Quant aux deux mouvements politiques qui ont attiré l’attention de Nasser, ce sont les Frères musulmans et les communistes. Les deux mouvements avaient souffert d’une répression atroce sous son régime. Leurs partisans ont connu toutes sortes de torture, la prison et le licenciement. Heikal avait défendu tous ces actes, considérant que ces pratiques sont nécessaires pour la protection de la Révolution.

En outre, il aborde dans ses entretiens les relations de Nasser avec de nombreux penseurs égyptiens comme Al-Aqqad, Taha Hussein, Tewfiq Al-Hakim, outre ses relations avec les artistes de l’époque comme Oum Kalsoum, Abdel-Halim Hafez et Mohamad Abdel-Wahab. Enfin, le point de vue de Heikal concernant la nationalisation de la presse en 1960 reste confus. Il affirme que la décision de l’Union socialiste arabe — l’unique parti politique — de nationaliser Al-Ahram, Al-Akhbar, Dar Al-Hilal et Rose Al-Youssef était rejetée par « principe », alors que cette loi a vu le jour dans une réunion tenue à Al-Ahram. Son attitude a étonné beaucoup de gens. Cette loi a transformé la presse en un porte-parole du gouvernement, qui ne permet pas aux différents points de vue et tendances politiques ni de s’exprimer, ni de produire un dialogue créatif.

Ces attitudes et points de vue rassemblés dans un ouvrage représentent un chapitre important de l’Histoire.

Heikal yatazakkar : Abdel-Nasser wa al-moussaqqafoune wa al-saqafah (Heikal remémore : Abdel-Nasser, les intellectuels et la culture) de Mohamad Youssef Al-Qaïd, General Egyptian Book Organization, Le Caire, 2013. pp. 431

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