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La parole est d’or

Mavie Maher, Mardi, 24 décembre 2013

L'ONU Femmes au Caire a organisé une conférence débat autour du nouveau livre Ne te tais pas, un ensemble de témoignages sur les violations commises contre la femme en Egypte.

ONU

Ce n’est pas la vague de froid sur Le Caire qui allait empêcher la tenue de la rencontre organisée par l’ONU Femmes au Caire, à l’occa­sion de la publication du livre Matoskotish (ne te tais pas), un recueil de témoignages et d’histoires sur la condition de la femme en Egypte. Bien au contraire : la chaleur émanait des lieux, à la librairie Soufi du quartier de Zamalek, avec des dizaines de personnes venues assis­ter à l’événement et partager les expériences personnelles des auteurs du livre sur la violation des droits de la femme en Egypte.

Hommes et femmes ont confié leurs témoignages sur les nouveaux défis de la femme égyptienne. L’idée du livre est née en 2011 lorsque Sally Zohney, responsable des initia­tives des jeunes à l’ONU Femmes en Egypte, décide de célébrer la Journée mondiale de la femme d’une façon différente. « Nous avons lancé un appel à écrire sur Facebook, Twitter et des blogs, sur la situation de la femme en Egypte. Durant 3 semaines en mars 2011, nous avons reçu beau­coup d’écrits très émouvants et ins­pirateurs », se rappelle Zohney. Ces témoignages de première main sont, au bout de 2 ans de travail, rassem­blés dans un livre. L’objectif est de réduire le fossé qui sépare le monde des médias sociaux du monde réel. « J’ai voulu sortir un peu de l’uni­vers de l’activisme en ligne. Ces témoignages sont tellement vivants qu’il importe de les partager », annonce-t-elle.

Parmi ces témoignages figure celui de Yasmine Al-Baramawy, activiste, violée collectivement le 23 novembre 2012. Elle rapporte solennellement son expérience personnelle et affirme que cette expérience traumatisante l’a fait passer d’une fille qui ne réa­git pas à la provocation, à cette jeune femme courageuse qui affronte le grand public en racontant son his­toire à la télévision en 2012. « J’accusais toutes celles victimes de viol et qui sont restées silencieuses. Parce qu’elles ont aidé délibérément ou pas, par leur silence, à la reprise de ce genre de crime. Je me culpabi­lisais moi-même quand j’étais silen­cieuse tandis que des violations avaient lieu sous mon nez. J’ai déci­dé de ne plus rester passive », explique-t-elle.

Quant à Dina Wahba, qui travaille à l’ONU Femmes sur un programme contre les violences domestiques en Egypte, elle estime avoir une mis­sion particulière quant au renforce­ment de la condition de la femme égyptienne. Elle contribue dans le livre par une histoire inventée mais qui trouve ses racines dans le réel social. Elle démontre comment les médias consacrent l’image d’infério­rité de la femme et l’influence de ce regard sur la culture de la société. Cela finit par marquer la femme elle-même, qui se range dans cette image voulue par autrui.

Tamer Abdel-Aziz, ingénieur, par­ticipe dans le livre avec un commen­taire sur Facebook intitulé « Je suis un provocateur ». Il accuse tout le monde d’être responsable du phéno­mène des viols et de la provocation sexuelle, à cause du silence pesant sur ces faits.

Or, briser le silence accablant est le credo des activistes participants au livre. Le titre même de l’initiative « Ne te tais pas » est inspiré du sit-in organisé le jour du procès de Samira Ibrahim, jeune femme qui a intenté une action en justice contre de méde­cins militaires après le scandale des tests de virginité. « La question était claire à nos yeux : que se serait-il passé si Samira avait décidé de se taire ? », s’exclame Sally Zohney. Le silence s’avère donc pour elle le pire des choix, celui qui aide la société à rester dans le déni.

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