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Cette énigme de tous les temps ...

Dina Kabil, Lundi, 04 novembre 2013

Dans Le Tombeau perdu d’Alexandre le Grand de Gilles Kraemer et Damir Niksic avec une postface de l’archéologue Jean-Yves Empereur, le Tintin à l’égyptienne, Omar le chéri, ravive le mystère autour du conquérant grec dans un récit à la fois didactique et artistique.

Quoi de plus inspirateur que l’histoire énigmatique du tombeau perdu d’Alexandre le Grand ? Entre faits historiques et fiction, se déroule l’histoire de Omar le chéri en B.D. Ce journaliste égyptien en route vers Alexandrie pour passer des vacances tombe sur de nouvelles informations qui pourraient le conduire vers le tombeau du grand conquérant. Il part sur les traces d’Alexandre, accompagné d’un touriste allemand passionné et d’un professeur d’archéologie, Dr Khalil Hussein. Menant l’enquête parmi les merveilles de la ville méditerranéenne, les catacombes de Kom El-Chougafa, la mosquée Nabi Daniel, ou les cimetières de Bab Charqi, l’équipe de recherche affronte un groupe mystérieux qui veille à ce que le tombeau ne soit pas découvert. Et à la fin de l’aventure dessinée, l’archéologue disparaît dans l’effondrement de Kom El-Chougafa, comme s’il avait subi lui-même la malédiction qui atteint les chercheurs d’Alexandre.

Entre fiction et réalité historique, l’oeuvre comprend la B.D. écrite par le journaliste français et chercheur en sciences de l’information Gilles Kraemer, les dessins de Damir Niksic venant de Bosnie Herzégovine relatant les nouvelles aventures de Omar le chéri, et un dossier de l’archéologue Jean-Yves Empereur qui passe ainsi en revue, en vulgarisant ses recherches, les différentes hypothèses sur l’emplacement de la tombe, en Egypte, en Grèce ou en Asie mineure.

Ce nouveau Omar le chéri, dont le nom est un clin d’oeil au grand acteur Omar Al-Chérif, a été l’objet d’une exposition portant le même titre que la B.D., Le Tombeau perdu d’Alexandre le Grand, à l’Institut français d’Alexandrie et fera partie le 22 novembre des colloques et expositions organisés par le Musée d’archéologie méditerranéenne et le Musée d’Histoire de Marseille, intitulés « Des bulles et des fouilles, la B.D. s’invite au musée ».

Trois tombeaux

Le personnage du reporter Omar le chéri est déjà connu des lecteurs de la presse francophone et des milieux de l’enseignement du français, puisqu’il est apparu en 1991 dans les pages du supplément jeunesse du quotidien de langue française, Le Progrès égyptien, dans le cadre d’un programme du ministère égyptien de l’Education et du service culturel français dans les écoles publiques et privées d’Egypte, selon les propos de Kraemer en guise d’introduction de sa B.D. Puis en 2011, la nouvelle aventure du tombeau d’Alexandre a été réalisée avec le dessinateur bosniaque ; la publication a été entravée par la révolution, mais a été publiée en feuilleton par Al-Ahram Hebdo.

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Quant au dossier rédigé par Jean- Yves Empereur, il nous apprend qu’il s’agit de trois tombeaux d’Alexandre le Grand, et non d’un seul. Le chercheur du CNRS, ayant fondé le Centre d’études alexandrines en 1990 et dirigé de nombreuses fouilles sur terre et dans les eaux maritimes, certifie qu’il existe un premier tombeau à Memphis réalisé par Ptolémée Ier, un autre à Alexandrie réalisé par le même Ptolémée et un troisième par Ptolémée IV. Empereur reprend le site archéologique de la mosquée de Nabi Daniel, évoquée dans la B.D., et prouve qu’il ne pourrait abriter le tombeau.

Empereur ne s’arrête pas aux historiens de l’antiquité ou les chroniqueurs de tout temps ; il ouvre les archives au grand public montrant les fables qui se sont tissées autour de la disparition du tombeau depuis le IVe siècle avant notre ère et l’implication de simples citoyens des « fous d’Alexandre » dans la poursuite des traces du grand conquérant. Ainsi, il rappelle l’histoire de la disparition d’une femme qui, dans les années 1980, en compagnie de son mari, faisait la queue au guichet du cinéma près de la rue Nabi Daniel. « Elle fut littéralement aspirée par la terre et l’on ne découvrit jamais son cadavre ». L’archéologue l’explique ainsi : « Il est logique de supposer qu’elle fut emportée par temps de grosses pluies qui, l’hiver, ravinent les rues d’Alexandrie, dans l’une de ces nombreuses canalisations qui alimentent encore d’innombrables citernes antiques… ».

Le réel nourri de fantastique est également au menu dans la B.D. de Kraemer qui termine l’aventure de Omar le chéri par la disparition du professeur dévoué d’archéologie de la période hellénistique. Celui-ci a été englouti par les décombres des catacombes de Kom El-Chougafa, pour rejoindre le même sort et la malédiction terrible qui « s’est abattue sur ceux qui approchaient d’un peu trop près le sarcophage d’or du grand roi ».

Le Tombeau perdu d’Alexandre le Grand, de Kraemer, Niksic et postface d’Empereur, éditions Riveneuve, France, 2013.

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