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Mohammed Abu Zaid : « Je voulais offrir au public quelque chose de nouveau »

Propos recueillis par Rasha Hanafy, Samedi, 22 janvier 2022

Mohammed Abu Zaid et Adel Assead El-Miri ont décroché ex aequo le prix Sawiris pour la fiction avec leurs romans respectifs Ankaboute fil Qalb (une araignée au coeur) et Khoyoute Aqméchate Al-Zate (fils de tissus de soi). Ils s’expriment sur leurs parcours.

Mohammed Abu Zaid prim
Mohammed Abu Zaid prim

Al-Ahram Hebdo : Le prix culturel Sawiris n’est pas votre premier prix. Vous avez également remporté celui de Yéhia Haqqi en 2003, celui de l’Encouragement de l’Etat en 2021 et celui de Soad Al-Sabbah en 2005. Que représente pour vous ce dernier prix de Sawiris ?

Mohammed Abu Zaid: Le prix Sawiris pour mon roman Une Araignée au coeur est assez spécial pour moi, car il reconnaît un type d’écriture non conventionnelle. Le récit combine poésie, narration et essai, et se déplace entre le passé, le présent, l’imagination et la réalité. Même quand le roman était sélectionné pour la longue liste du prix, j’avais des doutes. Je ne m’attendais pas à le décrocher. Je pense que ce prix met en valeur ce type d’écriture et offre aussi au roman la chance d’être plus lu.

— Certains estiment que les prix ne sont souvent qu’un outil pour orienter l’opinion publique. Qu’en pensez-vous ?

— Je pense que tout prix est une appréciation pour l’écrivain. Mais les prix, au final, ne déterminent pas pour l’écrivain ce qu’il écrit, ni ce qu’il publie. Il y a bien sûr des écrivains qui cherchent ce genre de récompenses, mais une fois qu’ils en décrochent une, personne n’en parle. Une bonne écriture s’impose quoi qu’il arrive.

— Une Araignée au coeur, votre deuxième roman, a également été nominé pour le Prix de Cheikh Zayed, en 2019. Quelles étaient les circonstances d’écriture ?

— J’ai rédigé ce roman en cinq ans. Je voulais écrire un roman qui soit différent, car je n’aime pas la narration traditionnelle. Le roman suit le personnage de Mervat Abdel-Aziz, un personnage poétique que l’on retrouve dans six de mes recueils. Tout ce que le lecteur connaît d’elle, c’est la description faite par le poète. Mais dans le roman, le lecteur rencontre le personnage face à face et apprend à le connaître de près. Le livre présente également un monde qui mêle réalité et fantaisie.

— Vous avez publié deux romans, huit recueils de poèmes et des livres pour enfants. Quel est votre projet littéraire ?

 

Mohammed Abu Zaid

 

— Je me considère comme un poète, ayant commencé par la poésie et publié huit recueils. J’ai deux romans et un recueil de poèmes pour enfants, je prévois un deuxième et je possède un livre sur l’écriture et le cinéma. Je pense que dans ces différentes formes littéraires, je voulais offrir au public quelque chose de nouveau, qui m’appartient. Mon projet est d’écrire, car je sais qu’écrire est mon choix dans la vie. C’est la seule chose à laquelle j’ai toujours recours. J’ai écrit mon premier poème après la mort de ma mère, et c’était comme un soulagement. L’écriture m’offre toujours un sentiment de sécurité. J’écris parce que j’ai besoin d’écrire.

— Vous avez fondé, en 2007, la plateforme culturelle Al-Kitaba (l’écriture), pour publier nouvelles, poésies, critiques, cinéma et arts plastiques. Comment avez-vous eu l’idée de ce site ?

— Ce site a été lancé alors que les espaces pour la culture se rétrécissaient. Les magazines culturels sont peu nombreux et les pages culturelles faisaient l’objet de suppression. A cette époque, il y avait un large mouvement culturel émergeant qui n’a trouvé que des blogs personnels et des sites culturels arabes à l’étranger. J’ai donc pensé à créer une plateforme culturelle qui publie pour les jeunes. Je rêve de le transformer en une maison d’édition ou une fondation culturelle, ou bien lancer un prix au nom de ce site ou une chaîne culturelle.

— Avez-vous un projet d’écrire une pièce de théâtre poétique ?

— L’un de mes rêves est d’écrire une pièce de théâtre. Je pense que l’écriture a beaucoup évolué ces dernières années, et les formes d’écriture permettent de combiner plus d’une forme d’écriture en un seul texte, à travers ce qu’on appelle « l’écriture interdisciplinaire ». Et c’est ce que j’essaie de faire dans mes oeuvres. Je travaille sur un texte narratif dans lequel j’essaie de profiter des techniques du scénario cinématographique. Il est possible que j’utilise les techniques du théâtre dans l’écriture.

— Vous avez collaboré avec un éditeur français. Quelles sont les circonstances de cette coopération ?

— Tout s’est produit lorsque j’ai reçu une invitation pour participer au célèbre festival de poésie organisé dans la ville française de Sète, sur la côte méditerranéenne. J’y ai représenté l’Egypte parmi environ 130 poètes de 38 pays. A mon arrivée, j’ai été surpris que mes textes aient été sélectionnés pour être traduits et publiés, en guise de remerciement. En coopération avec le Festival Sète, la maison d’édition française Al-Manar a publié une sélection de mes poèmes dans un ouvrage intitulé Le Poème des ruines, traduit par Antoine Jockey. Mes poèmes ont été traduits en espagnol, anglais et portugais, mais le recueil publié en français demeure pour moi un prix auquel je ne m’attendais pas.

 

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