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Reem Bassiouney : Je suis très influencée par le chef-d’oeuvre de Naguib Mahfouz La Chanson des gueux

Rania Hassanein, Mardi, 04 août 2020

Ecrivaine et professeure de linguistique sociale à l’Université américaine du Caire, Reem Bassiouney, 47 ans, signe son premier roman historique avec grand succès. Entretien.

Reem Bassiouney

Al-Ahram Hebdo : L’écriture du roman, Awlad Al-Nass … Thulathiat Al-Mamalik (des enfants bien nés, la trilogie des Mamelouks) a-t-elle duré combien de temps ?

Reem Bassiouney : J’ai mis trois ans pour l’achever, y compris le travail de recherche et de documentation. L’époque mamelouke est une époque très longue historiquement, elle couvre plus de 300 ans et elle est très riche en événements et clôture l’ère de la renaissance islamique.

— Vous mentionnez, dans votre oeuvre, les noms d’archéologues et d’historiens, tels Hassan Abdel-Waheb, son disciple Salah Al-Sénoussi, sa petite-fille Joséphine ainsi qu’Ibn Iyas (Aboul-Barakat). On se demande quelle est la part du réel et celle de la fiction, puisque certains d’entre eux ont vraiment existé ?

— Le professeur Hassan Abdel-Waheb est une personnalité réelle, sans doute, c’est grâce à lui qu’on a découvert le nom de l’édificateur de la mosquée du sultan Hassan, à savoir Mohamad Ibn Mohamad Ibn Beylek Al-Mohséni. Il en est de même pour l’historien Ibn Iyas, qui est l’auteur de l’ouvrage historique Badaa Al-Zohour fi Waqaëa Al-Dohour. Et les autres personnages sont entièrement fictifs.

— Vous enseignez la linguistique à l’Université américaine du Caire, est-ce que votre parcours académique vous a poussée davantage vers le roman historique ?

— J’enseigne la linguistique sociale, ce qui m’a conduite en effet à un travail de documentation en permanence, je fouille souvent dans l’Histoire. Mais depuis mon enfance j’ai eu un penchant pour les études historiques. En tant qu’écrivaine, J’ai signé deux romans qui se déroulent dans le passé, Baëat Al-Fostoq (la vendeuse de pistaches), qui se passe dans les années 1980, et Al-Hob Ala Al-Tariqa Al-Arabiya (aimer comme les Arabes), qui se situe pendant la guerre civile libanaise.

— Quelles sont les limites à respecter par l’écrivain lorsqu’il s’attaque à une époque historique ? Jusqu’où peut-il aller ?

— L’écrivain ne doit aucunement changer la réalité des événements, ni toucher aux faits historiques, sinon il perd de sa crédibilité. Mais il peut quand même se permettre d’ajouter des personnages fictifs et les mélanger à d’autres réels ; se référer à des événements véridiques pour mieux cerner l’aspect social et l’âme d’une époque.

— Sur la scène littéraire actuelle, il y a de nombreux écrivains qui se sont spécialisés dans l’écriture historique, par qui êtes-vous influencée ?

— Rédiger un roman historique n’était pas pour moi un but en soi. En visitant la mosquée du sultan Hassan, dans le Vieux Caire, j’étais moi-même surprise en découvrant ce désir enfoui en moi qui me poussait à me documenter sur l’histoire des lieux. Au fur et à mesure, écrire sur l’Histoire me libérait.

J’avoue que je suis très influencée par le chef-d’oeuvre de Naguib Mahfouz Al-Harafich (la chanson des gueux), qui n’est pas un roman historique au sens propre, mais il traite d’une période ancienne. Mahfouz excelle quant à disséquer l’âme humaine et à déchiffrer ses troubles ; c’est ce qui m’attire chez lui. Il y a d’autres écrivains étrangers qui m’inspirent comme Emily Brontë et Jim Austin.

— Quel est le lien entre les trois parties composant cette trilogie ? Est-ce la mosquée du sultan Hassan ?

— Sans doute oui, d’une part, il y a la mosquée du sultan Hassan. La première partie évoque l’histoire de sa construction, alors que la deuxième raconte comment elle s’est transformée en un champ de bataille, et la troisième partie précise comment elle a été volée par les Ottomans. D’une autre part, il y a l’arbre généalogique des émirs mamelouks et leur hiérarchie : d’abord les Mamelouks baharites, ensuite les Mamelouks burjites et enfin, la chute de la dynastie.

Le troisième lien entre les tomes est la lutte de la famille du cheikh Abdel-Karim Al-Manati, de père en fils, contre la corruption des gouvernants, puis contre l’occupation ottomane.

— Les femmes de la trilogie se caractérisent par leur forte personnalité et leur esprit rebelle. Etait-ce assez commun à cette époque ?

— Oui, tout à fait. Je me suis renseignée à cet égard et j’ai trouvé par exemple des contrats de mariage où la femme imposait ses conditions à son futur époux, des conditions qui ne seraient pas acceptables aujourd’hui. De quoi prouver le statut évolué de la femme durant cette période. En outre, pendant les guerres, certaines femmes remplaçaient le mari ou le père, une fois celui-ci décédé. Elles résistaient coûte que coûte.

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