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Les éditeurs se mobilisent face au Covid-19

Rasha Hanafy, Mardi, 07 avril 2020

Le Covid-19 menace désormais le marché de l’édition. Plusieurs salons internationaux du livre ont été annulés. Des initiatives sont lancées pour le public en confinement, et des intellectuels exigent plus d’idées culturelles originales.

La 30e session du Salon international du livre d
La 30e session du Salon international du livre d'Abu-Dhabi a été reportée pour avoir lieu du 23 au 29 mai 2021.

La bataille contre le corona­virus continue, même au niveau de la publication et des éditions. A Paris, Londres, Riyad, comme à Bagdad ou à Abu-Dhabi, les salons internatio­naux du livre ont été annulés afin d’arrêter la propagation de cette pan­démie, identifiée en Chine. Coup dur pour le secteur de l’édition qui se voit privé de ses principaux rendez-vous annuels. Les responsables de la culture et des maisons d’édition cher­chent à sauver l’industrie du livre, qui se trouve sous une grande pression à cause de ce monstre invisible, mena­çant le monde d’une grave récession. Les grandes puissances ont accordé des aides financières urgentes à plu­sieurs secteurs, dont celui de la culture et du livre. Et les gérants de l’Union des éditeurs arabes tentent de sauver leur industrie après cette grave crise qui touche aux librairies et aux mai­sons d’édition. Pour le marché égyp­tien, dont le chiffre d’affaires est déjà modeste par rapport aux marchés internationaux, les éditeurs souhaitent « organiser des salons du livre en été si les circonstances le permettent », indique Mohamad Rachad, président de l’Union des éditeurs arabes, dans une déclaration à la presse. Selon lui, la période de confinement fait que le public en Egypte va s’habituer à lire et à commander le livre en ligne.

Pour encourager le public en Egypte à lire davantage pendant la période de confinement, des déclara­tions ont été faites par les respon­sables de la culture sur la transfor­mation numérique des publications. De même, de nombreux éditeurs ont lancé une gamme d’offres pour faci­liter l’achat en ligne et la livraison gratuite de la plupart d’entre eux. Des solutions que certains spécia­listes et intellectuels trouvent insuf­fisantes, dans un pays où le taux de pauvreté est considérable.

Le numérique pour le public

Mieux vaut tard que jamais. Dans le cadre du plan gouvernemental de lutte contre le coronavirus, le ministère de la Culture a lancé l’initiative « Restez chez vous... La culture entre vos mains » pour diffuser toutes sortes d’ouvrages via la chaîne du ministère sur YouTube et sur ses comptes sur les réseaux sociaux, ainsi que sur le site officiel du Salon international du livre du Caire. En fait, il s’agit d’un projet national annoncé par le gouvernement en décembre dernier, dans le but de rendre les ressources culturelles accessibles par voie électronique, et un grand nombre de livres ont été transformés par le ministère des Télécommunications en coopération avec le ministère de la Culture. Ce projet intitulé « La Bibliothèque élec­tronique » était en cours d’élaboration depuis un certain temps, et la crise du coronavirus est venue l’accélérer.

Le plan du gouvernement pour la transformation numérique consiste à fournir un contenu culturel gratuit via Internet pour encourager les citoyens à rester chez eux. Près de 5000 livres en arabe et traduits en plusieurs lan­gues, 100 manuscrits historiques, films documentaires et cinématogra­phiques, pièces de théâtre, pro­grammes artistiques et culturels, cartes rares, microfilms et index ont été préparés pour être diffusés sur les sites des bibliothèques publiques d’Egypte et sur la chaîne de l’Opéra du Caire sur YouTube. Une démarche certes appréciée par certains intellec­tuels, mais critiquée pour son retard. « Le problème de l’Egypte réside dans ces personnes qui dominent la scène, mais qui ne sont pas au cou­rant du développement continu dans le domaine de l’édition, comme les derniers logiciels par exemple. Dans quelques années, le format PDF ne sera pas utilisé pour présenter le continu d’un livre. Il existe d’autres formats plus développés, qui sont uti­lisés aujourd’hui dans d’autres pays arabes, sinon les pays européens et les Etats-Unis », explique Mahmoud Al-Dabea, professeur à l’Université du Canal de Suez et ancien prédisent des Archives égyptiennes. Et d’ajou­ter: « Si l’on parle des publications qui devraient être entre les mains du public, le ministère de la Culture doit chercher les ouvrages de penseurs et de savants qui ne sont pas aussi connus du public que Mahfouz ou Al-Hakim, par exemple. Je peux don­ner le nom du savant azhari Abdel-Mettaal Al-Saïdi, qui a écrit des ouvrages sur la liberté de pensée et de conviction ou encore sur le renouvel­lement d’Al-Azhar. Il était l’un des disciples d’Ahmad Lotfi Al-Sayed, mais inconnu du public. Les livres sur les artistes et les caricaturistes comme Saroukhane ou encore Mahmoud Saïd ». Selon lui, les anciens numéros des revues culturelles égyptiennes comme Fossoul, Al-Rissala ou Al-Sofour méritent d’être parmi les publications en ligne.

Les maisons d’édition

et les réseaux sociaux

Les éditeurs, quant à eux, ne sont pas restés les bras croisés. L’Association des éditeurs égyptiens a lancé l’initiative « Restez chez vous avec le meilleur compagnon », en appelant les éditeurs à offrir de grandes remises afin d’encourager le public à lire, alors qu’il est en confi­nement, et en les exhortant à fournir des services de livraison à domicile. L’initiative vise à soutenir la culture et la lecture et à encourager les familles égyptiennes à lire pendant la période de confinement. Les éditeurs et propriétaires de bibliothèques, les maisons d’édition électronique et audio ainsi que les compagnies de livraison de livres sont invités à y participer.

Plusieurs maisons d’édition ont annoncé des remises et des livraisons gratuites sur leurs pages sur les réseaux sociaux. Ahmad Saïd, direc­teur de la maison Al-Rabie (le prin­temps), a lancé: « Chers amis et lec­teurs du monde entier, vous pouvez désormais lire gratuitement et acheter les publications de la maison Al-Rabie via l’application Rufoof App pendant 14 jours ». La maison Al-Khan a, elle, offert une réduction de 20% sur ses publications pendant toute la période du confinement. Alors que la biblio­thèque Diwan a promis une livraison gratuite partout en Egypte. La maison d’édition Al-Shorouk exige des achats d’une valeur de 150 L.E. pour une livraison gratuite. La bibliothèque Tanmiya offre 30% de remise pour les médecins et 20% pour le reste du public sur toutes ses publications. A travers la célèbre plateforme commer­ciale Souq.com, le lecteur peut acheter les publications de la maison d’édition Al-Arabi, qui annonce également une remise de 45% sur les publications électroniques lancées sur le site Google Books.

Certains éditeurs et intellectuels pensent que c’est insuffisant. « Toutes ces initiatives sont très appréciées. Mais avions-nous besoin du Covid-19 pour avoir toutes ces offres et remises! J’ai entendu parler de pays qui interdisent maintenant l’entrée des livres à cause de ce virus. Nous avons besoin d’un rôle culturel plus important à mon avis. Si les rassem­blements sont interdits pour le moment, chaque écrivain peut, en coopération avec sa maison d’édition, faire un colloque en ligne pour parler de ses ouvrages récents à ses lec­teurs », assure Ziad Ibrahim, directeur de la maison d’édition Bait El-Yasmin. Et de préciser: « Des ateliers peuvent également être organisés en ligne pour encourager les jeunes et ceux qui veulent apprendre à écrire un roman, une nouvelle ou un poème ». Sur la même longueur d’onde, le poète Rami Yéhia pense que les ini­tiatives des maisons d’édition « sont positives, mais elles peuvent faire plus que des remises et des livrai­sons gratuites. Des discussions, des colloques, des débats en ligne avec des écrivains, des penseurs et des intellectuels seront très appréciés par le public ». Les idées n’en finis­sent pas. Et des décisions à la hau­teur du poids culturel de l’Egypte sont désormais nécessaires.

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