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Marwa El-Sahn : Je veux augmenter le nombre de membres de l’IFLA au Moyen-Orient et en Afrique

Rasha Hanafy, Mardi, 18 juin 2019

Directrice des activités francophones à la Bibliothèque d’Alexandrie, Marwa El-Sahn a été élue membre du conseil d’administration de la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques (IFLA) pour la deuxième fois. Elle s’exprime sur son parcours et son expérience.

Marwa El-Sahn

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes la première Egyptienne élue, pour la deuxième fois de suite, membre du conseil d’administration de la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques (IFLA). Quel y sera votre impact ?

Marwa El-Sahn : En fait, je ne m’y attendais pas du tout. Je cherchais à réussir dans ces élections, qui se déroulent tous les deux ans dans le but de choisir les dix membres du conseil d’administration. J’ai été très fière en voyant que j’avais occupé la seconde place, avec 745 voix, après le représentant des Etats-Unis, qui a reçu 801 voix. L’IFLA est la principale organisation représentant les intérêts des bibliothèques et des services d’information et de leurs usagers. Au niveau mondial, elle est le porte-parole de la profession des bibliothèques et de l’information. Faire partie du conseil d’administration permet d’assister aux discussions, de présenter des propositions et de participer à la prise de décisions de l’IFLA sur tout ce qui concerne les bibliothèques dans le monde. Chaque membre s’inspire de la région d’où il est issu. C’est très important de présenter le point de vue du Moyen-Orient et de l’Afrique. Si personne de notre zone géographique n’y est présent, on ne pourra pas faire entendre notre voix.

— Votre élection est le fruit de plus de 15 ans d’expérience au sein de l’IFLA. Quelles sont les principales étapes de votre parcours au sein de cette fédération internationale ?

— Je suis devenue membre de l’IFLA en 2003, puis membre active en 2005. J’ai passé 8 ans à diriger la section de l’audiovisuel et des multimédias à l’IFLA, et depuis 2015, je fais partie de la section de la préservation et de la conservation. J’ai énormément appris sur le plan de la diversité des documents bibliothécaires, leur classement et leur conservation pour qu’ils soient accessibles au public. C’est ce qui m’a aidée à perfectionner mon travail au sein de la Bibliothèque d’Alexandrie, notamment après la fondation du Centre des arts et des multimédias. En 2017, j’ai décidé de soumettre ma candidature aux élections du conseil d’administration, pour pouvoir participer aux discussions et à la prise de décision. Les membres proviennent de nombreuses régions du monde. J’ai constaté qu’on devait avoir un représentant de l’Afrique et du Moyen-Orient. Le mandat est de deux ans. En 2017, la compétition s’est faite entre 15 candidats. Cette fois-ci, on était 22, ce qui l’a rendue encore plus difficile. Il y aura un second tour entre les deux candidats du Mexique et de l’Afrique du Sud.

— Quelle est la proposition que vous avez fortement défendue durant votre premier mandat au sein du conseil d’administration ?

— C’était celle qui consistait à réduire les frais d’inscription pour adhérer à cette instance internationale. Normalement, cela coûtait 150 euros, et on est arrivé à une réduction de 50 %. Cette proposition visait à encourager les individus concernés, les associations et les librairies à être membres de l’IFLA. Et ce, pour les aider à étendre et à renforcer leur réseau professionnel sur le plan international, à rejoindre des sections professionnelles, à participer au développement des normes et des recommandations, à assister aux réunions, séminaires et ateliers ainsi qu’à débattre de questions fondamentales avec des collègues du monde entier et à échanger des informations.

— Quels sont les principaux sujets et programmes de l’IFLA et combien de sections a-t-elle ?

— Le travail le plus important de l’IFLA a lieu dans les différentes sections qui composent l’organisation. Elles regroupent des personnes qui travaillent pour le développement de la profession. Parmi les principaux sujets, citons, entre autres, l’héritage culturel, les livres en ligne et l’accès au contenu numérique, la limitation des droits d’auteur au profit des bibliothèques, les librairies et la société d’information. Parmi les programmes figurent la liberté de l’accès à l’information et la liberté d’expression ainsi que la stratégie de la préservation et de la conservation.

L’IFLA compte plus de 50 sections, entre autres la section des bibliothèques publiques, celle des bibliothèques nationales, celle des bibliothèques scolaires, celle des bibliothèques universitaires, celle des bibliothèques parlementaires et celle des archives. Plusieurs bibliothèques d’un même pays peuvent être membres. L’Egypte y est représentée, à titre d’exemple, par la Bibliothèque d’Alexandrie, la Bibliothèque de l’Université américaine, la Maison des archives et des documents et l’Association égyptienne des bibliothèques. Le Congrès mondial des bibliothèques, qui rassemble tous les membres, se tient annuellement dans un continent différent. Et ce, pour donner l’occasion à de nombreux participants régionaux d’y assister.

— Quand le prochain congrès est-il prévu et quel en sera le thème principal ?

— Le prochain Congrès mondial des bibliothèques et de l’information sera tenu du 24 au 30 août 2019 à Athènes, en Grèce. Le thème principal est « Les Bibliothèques : dialogue pour le changement », invitant la communauté internationale des bibliothèques et des sciences de l’information à discuter, repenser et réinterpréter le rôle des bibliothèques, en tant que promoteurs du changement. Selon les organisateurs, le dialogue est la plus grande expression de la démocratie, la base de la liberté d’expression et de l’information et, par conséquent, la garantie d’un avenir meilleur. Les bibliothèques sont fournisseurs d’informations, promoteurs de la lecture et de la communauté qu’elles servent, acteurs de l’innovation et acteurs de l’évolution.

Les bibliothèques et la société doivent entretenir une relation de dialogue constant et ouvert, pour faciliter le progrès et le développement. Je dois préciser que la Division V de l’IFLA, soit la division des régions, qui comprend des sections régionales d’Afrique, d’Asie et d’Océanie, d’Amérique latine et des Caraïbes, organise conjointement une réunion pour préparer le 85e Congrès mondial des bibliothèques et de l’information, à la Bibliotheca Alexandrina, du 20 au 21 août 2019. Cette réunion vise à recueillir de nouvelles idées pour accroître la participation des professionnels issus des régions de la Division V à tous les comités permanents des sections de l’IFLA et à d’autres fonctions stratégiques. La Bibliothèque d’Alexandrie héberge également le bureau de la traduction vers la langue arabe du site électronique de l’IFLA.

— Quel est votre objectif principal durant votre nouveau mandat, qui durera jusqu’en 2021 ?

— J’aspire à augmenter le nombre d’individus et d’associations membres de l’IFLA, notamment au Moyen-Orient et en Afrique. La Tunisie, le Maroc, le Soudan, Oman, l’Iraq, le Qatar et le Liban sont déjà membres. J’aspire aussi à créer un comité permanent pour la région MENA (Middle East and North Africa) pour gérer toutes les activités de cette région.

Marwa El-Sahn en quelques lignes

Née en 1975, Marwa El-Sahn a obtenu son diplôme du département de la documentation et des bibliothèques de l’Université d’Alexandrie en 1997, puis a rejoint l’Autorité générale de la Bibliotheca Alexandrina la même année. Elle y a créé une section pour les multimédias, puis elle est devenue directrice du Centre des activités francophones en 2013. Elle est membre de l’IFLA depuis 2003. El-Sahn est titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat du département de l’information et de la communication de l’Université Paris 8, en France.

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