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Les mémoires de l’Astre de l’Orient

Mahmoud El-Wardani, Dimanche, 11 mars 2018

Publiés dans le magazine Akher Saa de 1937 à 1938, les mémoires d’Oum Kalsoum ont pour la première fois été ras­semblés sous forme de livre. L’ouvrage offre un aperçu fasci­nant du parcours de cette figure emblématique de la chanson arabe du XXe siècle.

Les mémoires de l’Astre de l’Orient

Il est étonnant que toutes ces années se soient écoulées sans que personne ait pensé à rassembler les mémoires d’Oum Kalsoum dans un livre. Signés par la diva de la chanson arabe, ces mémoires ont été publiés dans le magazine Akher Saa en feuille­ton, entre 1937 et 1938.

Mais voici que finale­ment, le journaliste Mohamad Shoeir a remé­dié à cet oubli après avoir parcouru les pages d’Akher Saa et être tombé sur ce trésor. Les mémoires d’Oum Kalsoum ont été publiés en forme de série sur 8 numéros, de novembre 1937 à janvier 1938. Selon Shoeir, les deux premiers épisodes ont été publiés sous le titre de Les Mémoires de Mlle Oum Kalsoum et, à partir de la troisième séquence, le titre a été changé en Souvenirs, non mémoires.

Tous les épisodes ont été signés par Oum Kalsoum, sauf le dernier, signé par le plus célèbre jour­naliste de l’époque, Mohamad Ali Hammad. On peut en déduire que Hammad était celui qui l’a écrit et édité, après qu’Oum Kalsoum lui en eut raconté les éléments.

Lorsque les mémoires ont été publiés, Oum Kalsoum était à son apogée, dans la fleur de l’âge, car elle est née en 1908, selon de nom­breuses sources. Elle était au sommet de sa gloire et de son talent artistique, ayant com­mencé sa carrière de chanteuse dès son enfance.

Peut-être que la première chose qui vient à l’esprit en lisant les mémoires est sa candeur lorsqu’elle donnait des détails précis sur son pauvre village situé au coeur du Delta du Nil et sur sa famille de paysans pauvres: ce qu’ils mangeaient, ce qu’ils buvaient, leur maison et même le cheikh qu’elle fréquentait pour apprendre par coeur à réciter le Coran.

Oum Kalsoum a été forcée d’arrêter d’aller chez le cheikh parce que son père ne pouvait pas payer la piastre due par semaine. Il a pu payer pour l’éducation de son frère seulement. Elle a com­mencé alors à apprendre les chants religieux que son frère et son père chantaient dans les maisons de personnes riches. Elle avait l’habi­tude de chanter avec son père et son frère sur une scène formée de quelques planches de bois et sans aucun accompagnement musical quel qu’il soit.

Finalement, elle est venue au Caire pour chanter ces chants religieux dans des mai­sons de notables et de pachas dans les années 1920, accompagnée d’un joueur de qanoun et d’un joueur d'oud, ainsi que de son père et de son frère, qui formaient le choeur.

Un récit authentique

Les mémoires de l’Astre de l’Orient

Contrairement à beaucoup d’artistes de l’époque, qui voulaient donner à leurs admira­teurs une version embellie de leurs origines et de leurs débuts artistiques, Oum Kalsoum a tenu à présenter son histoire authentique, y compris le premier paiement qu’elle a reçu et les épreuves qu’elle a traversées, souvent sur un ton très humoristique.

Le lecteur ne peut s’empêcher de rire à certaines anecdotes et farces qu’elle raconte d’une manière simple et sans prétention. En 1938, Oum Kalsoum avait chanté sur scène, fait des disques, chanté à la radio et joué dans des films, mais pas dans des pièces ou des opérettes, qui étaient toutefois très populaires à l’époque.

Elle a terminé ses mémoires avec le désir de poursuivre le chant dans l’une de ces performances théâtrales. Elle ne l’a jamais réalisé.

En plus de publier Les Mémoires de Mlle Oum Kalsoum, Shoeir a également rassemblé plusieurs articles de journaux écrits par la plus célèbre chanteuse arabe du siècle dernier, comme son article sur Ahmad Hassanein pacha, chef du diwan royal, un autre sur le téléphone, dans le même magazine Akher Saa, publié en 1948, et un troisième sur sa relation avec Gamal Abdel-Nasser, publié immédiate­ment après sa mort en 1970.

Le passage le plus agréable des mémoires est sans aucun doute son entrevue avec Mohamad Hassanein Heikal à Akher Saa en 1967.

Enfin, les mémoires ont également révélé la bataille juridique entre Oum Kalsoum et son composi­teur le plus célèbre, cheikh Zakariya Ahmad, en raison de différends sur les paiements qu’il a reçus d’elle. Lors de la dernière session du tribunal, le juge a insisté sur leur présence et leur a demandé de dépasser leurs différends, parce que le grand perdant de leur conflit était bien la musique et le chant .

Mouzakkérat Al-Anéssa Oum Kalsoum (les mémoires de Mlle Oum Kalsoum), de Mohamad Shoeir, éditions Dar Akhbar Al-Youm, la série Kitab Al-Youm, Le Caire, 2018.

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