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Etat des lieux de l’industrie du livre

Sameh Fayez, Mardi, 23 mai 2017

Les nombreuses manifestations cultu­relles, les rencontres, les prix littéraires, les festivals et les foires ont réussi à donner une nouvelle impul­sion à l'industrie du livre dans plusieurs pays arabes. Qu’en est-il de cette indus­trie, vue par certains comme l'or noir de l'ère moderne ?

Etat des lieux de l’industrie du livre
(Photo:Yasser Al-Ghoul)

Le rideau est tombé, récem­ment, sur la 27e édition du Salon du livre d’Abu-Dhabi. Elle a été marquée par une participation massive regroupant 65 Etats, 300 000 visi­teurs et 1 320 participants. Il s’agit du deuxième Salon organisé par les Emirats arabes unis, après celui de Sharjah, classé n°3 au niveau mon­dial et dont le nombre de visiteurs dépasse les deux millions chaque année. Les deux manifestations d’Abu-Dhabi et de Sharjah se sont créé une place de choix dans l’es­pace culturel émirati voilà au moins trois décennies et ont une influence culturelle aujourd’hui sur les pays arabe et le reste du monde. Sachant que les prix et les récompenses décernés par ces deux festivals, comme le Prix du Cheikh Zayed, le Prix Booker arabe en collaboration avec le Prix britannique Man Booker et enfin le Prix Sharjah pour la créativité arabe, sont recon­nus internationalement. L’intérêt porté par le souverain émirati au développement culturel a été un vrai catalyseur et est un modèle à suivre pour d’autres pays de la région. L’espace culturel arabe a été témoin ces derniers temps du lance­ment de plusieurs prix littéraires. Le Qatar, par exemple, a lancé le Prix Qatar et le Koweït le Prix Moltaka pour la nouvelle, en coo­pération avec l’Université améri­caine du Koweït.

Impact culturel réel
Mais cette palette d’activités diverses crée-t-elle un réel dévelop­pement culturel pour le peuple émi­rati ? Ou bien cet impact est-il uni­quement ressenti dans les pays voi­sins qui ont participé massivement au Festival d’Abu-Dhabi ?

Si une chose est certaine, c’est que ces événements ont contribué à augmenter la vente de livres dans la plupart des pays arabes qui ont par­ticipé au Prix Booker arabe. Ce dernier a même donné accès à la célébrité à quelques écrivains en un temps record.

Mais ces retombées ne sont pas les seules. Les participants du Salon du livre d’Abu-Dhabi ont été témoins d’une scène, pour le moins inhabituelle, mais prometteuse d’ouverture culturelle. Dans l’une des salles du festival, a eu lieu le concert improvisé d’un jeune chan­teur de rap émirati amateur, qui a fait preuve de ses talents devant tout un ensemble de personnalités VIP et de cheikhs (hommes et femmes) qui l’ont écouté attentive­ment.

Le Salon du livre d’Abu-Dhabi accueille chaque année 50 000 étu­diants issus de différents cursus. Les organisateurs affichent ostensi­blement leur intérêt pour ces nou­velles générations qui représentent les talents de demain. Parallèlement, une loi concernant la lecture a été renforcée et la plus grande biblio­thèque du monde arabe devrait bientôt voir le jour aux Emirats. Celle-ci a un budget de 367 mil­lions de dollars et devrait regrouper 2,4 millions de livres imprimés, électroniques et audiovisuels.

Un salon nouveau format

Etat des lieux de l’industrie du livre

L’Etat moderne bâti par Cheikh Zayed Al Nahyan est en train d’opérer une réelle révolution culturelle. Selon les recensements effectués par le site Goodreads, le plus célèbre du monde, le nombre de lecteurs a augmenté parmi les jeunes Emiratis, et le pays occupe désormais le 26e rang mondial avec 263 000 lecteurs.

A un moment où le Salon interna­tional du livre du Caire, le plus ancien de la région et du Moyen-Orient, demeure cantonné dans sa mission préliminaire de marché du livre pour éditeurs et lecteurs, celui d’Abu-Dhabi a complètement changé de concept. Le Salon d’Abu-Dhabi est un salon profes­sionnel au sens strict du terme puisqu’il dure uniquement une semaine au cours de laquelle les industriels du métier procèdent à un échange de compétences. Le lieu offre également une plateforme où sont discutées les perspectives d’avenir de l’industrie du livre et son évolution. L’opération de vente intervient alors en arrière-plan.

Le Salon international du livre du Caire avait essayé de présenter, en marge de ses activités en 2014, un modèle semblable à celui d’Abu-Dhabi auquel on avait donné le nom de Cairo Cooling. Il fut initié par l’éditeur égyptien Chérif Bakr, mais il est encore prématuré d’évaluer l’expérience qui en est encore à ses débuts. Le Salon international du livre d’Abu-Dhabi 2017 a débouché sur la signature de 500 accords entre maisons d’édition et auteurs. L’un des plus importants accords a posé les fondements de la première mai­son d’édition sino-émiratie entre l’écrivaine et chercheure émiratie Fatma Hamad Al-Marzouqi et la maison d’édition chinoise Intercontinental. Cet accord avait été précédé sur le plan arabe par un autre contrat reliant la maison d’édi­tion Guili (ma génération) pour l’impression de livres pour enfants au Caire. Guili est la première mai­son de ce type opérant en Egypte.

L’impact chinois
La Chine, qui était l’invitée d’hon­neur de cette édition du Salon d’Abu-Dhabi, est devenue omnipré­sente sur la scène culturelle arabe depuis plusieurs années. Sa présence s’est fait remarquer à Abu-Dhabi comme au Caire. Les traductions du et vers le chinois s’élèvent actuelle­ment à plus de 700 livres. La Chine avait désigné le traducteur égyptien Ahmad Al-Saïd comme conseiller de la publication du livre chinois dans le monde arabe. Pékin l’avait soutenu au même titre pour fonder le centre chinois de traduction ayant pour siège Le Caire.

Les apports émiratis et chinois en matière de développement culturel encouragent les pays arabes à prendre conscience de l’importance de l’action culturelle et à dévelop­per ce secteur. Nombre d’entre eux ayant déjà mis en place certaines initiatives sont en train de suivre ces conseils. La culture est une composante essentielle devant être considérée comme d’une perspec­tive économique, vu le revenu matériel et non pas uniquement moral qu’elle génère. Ce nouvel objectif des Emirats comme de la Chine se manifeste avec clarté dans un rapport publié en 2012 par l’Union des éditeurs internatio­naux. D’après celui-ci, le volume des dépenses des lecteurs pour les livres est estimé à 114 milliards d’euros et est contrôlé par 6 mar­chés. Les Etats-Unis gardent encore leur prédominance et sont le n°1 mondial avec 26 % de la valeur totale de l’industrie de l’impres­sion. Vient ensuite la Chine avec 12 %, puis l’Allemagne avec 8 %, et le Japon avec 3 %.

Le monde ne considère plus la culture comme un service qui alourdit le budget de l’Etat, mais comme une économie qui contribue au PIB des plus grandes puissances économiques mondiales. A titre d’exemple, les achats américains des industries patrimoniales sont estimés à 32 milliards de dollars et les exportations iraniennes dans ce domaine atteignent les 2 milliards de dollars. Pour ce qui est de la Chine, le volume des investisse­ments dans l’industrie du livre uni­quement est évalué en milliards.

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