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Des mots pour guérir des maux

Amira Doss , Mercredi, 10 janvier 2024

L’écriture de soi est une technique qui permet de se libérer, d’apaiser les angoisses et qui, surtout, constitue une porte d’entrée vers la connaissance de soi. Aujourd’hui, l’écriture thérapeutique est utilisée pour guérir ses douleurs à travers le détachement.

Des mots pour guérir des maux

Chaque vie est un roman, chaque instant peut devenir un récit et mérite d’être documenté, chaque émotion doit trouver les mots qui la décrivent. Une phrase sans but, quelques mots sur papier, écrire fait du bien. C’est partir à la découverte de soi, se dévoiler à soi-même, comprendre qui est ce « je » qui écrit, et qui peut être un « autre » que celui que vous pensez. Ecrire jour après jour peut être un rendez-vous habituel, une routine qui facilite sa propre compréhension, son acceptation et le fait de digérer ce qui nous arrive jour après jour.

Le carnet de bord, le journal intime ou le « diarisme », ce moment d’introspection quotidien est, selon les experts, un entraînement au bien-être permettant de quitter le mode « pilotage automatique ». L’écriture de soi libère autant que la parole où les non-dits sortent du silence. Au fil du temps, ce petit carnet devient un espace sécurisé et sécurisant où vous pouvez tout dire sans être jugé. Ainsi, le malaise, les incertitudes, les troubles et les chagrins ne restent plus imprimés dans le corps et dans l’âme. Cette extériorisation agit comme un traitement. L’écriture de soi est une activité du présent et aussi une porte d’accès à son passé.

Laisser libre cours à sa pensée

Le « free writing » ou l’écriture libre est de plus en plus en vogue en ce moment, avec le rythme de vie intense qui laisse peu de place à la réflexion, cette routine quotidienne permet réellement de prendre soin de soi. Ecrire ses pensées est une façon de ne pas se perdre dans cet afflux d’informations et de situations permanentes. C’est un apaisement intérieur, une approche d’écriture sans contraintes, ni règles, laissant ses idées venir et les mettre sur papier. La technique du « free writing » est tout simplement donner libre cours au flux de vos pensées et laisser le stylo et le papier s’en occuper. Laisser les pensées s’écrire sans se soucier de trouver ni les bons mots ni l’ordre des idées, ni même l’exactitude des faits que vous racontez. Il suffit d’écrire ce qui vous vient à l’esprit. L’objectif n’est pas de produire de la qualité, mais de libérer ses pensées et ses émotions qui ont été dissimulées ou échappées à son quotidien. Cette routine libératrice ressemble à un voyage, une échappatoire, une auto-exploration qui apaise le cerveau en évacuant l’excès. Elle permet avec le temps de trouver des réponses à des questions qui vous ont tant préoccupés, de vous offrir de nouvelles méthodes de réflexion. Avec le temps, prendre l’habitude d’écrire et de lâcher ses idées permet de structurer ses pensées et de creuser plus profondément pour comprendre ce qui se cache derrière ses idées de surface et quelles émotions les dirigent.

Ecrire c’est éclaircir le chaos, mettre de l’ordre dans le désordre, donner du cadre à ses pensées et débloquer des situations qui paraissent sans issue. C’est d’autant plus un moyen de sortir de la confusion. « Ce qui ne s’exprime pas s’imprime dans le corps et dans l’âme. Le mal-être vient du déni. Les mots libèrent. Cette extériorisation agit comme un refuge », explique Dr Sawsan Helal, psychologue. Avoir l’habitude d’écrire son journal intime permet de s’interroger sur son identité. C’est un exercice mental, un entraînement. Lorsqu’on écrit, tout devient plus clair. On arrive à démêler les noeuds de son esprit.

Ecrire le silence

Une étude effectuée par le Journal of the American Association (JAMA) a prouvé que l’écriture a une influence directe sur la souffrance. Lors de l’étude effectuée auprès de patients dépressifs, une dose d’écriture de 20 minutes pendant trois jours consécutifs a nettement fait baisser leur indice de dépression. Dans les années 1980, James Pennebaker, professeur de psychologie à l’Université de Texas, met les bases de la « Writing Therapy » en faisant le lien entre le langage exprimé par les mots et la guérison. Ecrire ses émotions et faire le récit des événements traumatisants déclenchent un processus de reconnaissance face à sa propre souffrance.

La naissance des ateliers d’écriture thérapeutique dans les hôpitaux et les centres psychiatriques est de plus en plus une tendance en Europe et aux Etats-Unis aujourd’hui. En Egypte, nombreux sont les psychiatres qui conseillent à leurs patients d’avoir recours à l’écriture pour libérer leurs émotions négatives et découvrir leur véritable identité. Dr Sawsan Helal confie utiliser cette technique avec ses patients. « En réécrivant son histoire, la personne ne la revit pas, mais la recrée. Cette recréation d’un souvenir permet d’analyser le passé, le voir avec recul, le relativiser, lui donner cohérence et de retrouver un état d’esprit positif, même si l’événement était traumatisant. C’est le voir d’un oeil différent ». C’est une sorte de distance émotionnelle instaurée par la parole écrite qui permet avec le temps de reprendre le contrôle de sa vie, de comprendre l’origine de ses peurs et de ses angoisses. Dans certains ateliers d’écriture thérapeutique, les experts ont remarqué que seule l’écriture permettait aux patients ayant vécu des expériences traumatisantes de sortir de leur silence. Une analyse des écritures de leurs patients révélait que l’écriture suivant le traumatisme avait été curative, et leur avait permis de faire une réconciliation avec eux-mêmes, une reconstruction et un tissage. « Après les expériences traumatisantes, il y a une impossibilité d’oublier et une impossibilité d’accepter. L’écriture intervient comme un processus situé entre ces deux options impossibles. Au lieu de nier l’événement, l’écriture est la seule thérapie possible pour construire à la fois un lien avec son passé et un éloignement de la douleur, comme si la personne était en train de raconter une histoire qui ne lui appartenait pas », explique Dr Helal.

L’écriture comme thérapie repose sur le fait que la technique d’écrire ses pensées est une sorte de médiation, une création, c’est croire à une existence séparée et c’est créer une sorte de reconstruction identitaire parallèle qui libère. Elle permet à la fois de s’éloigner et de se rapprocher de ce qui n’a pas pu s’inscrire dans notre mémoire. C’est déchiffrer ce silence qui pèse sur nous, l’apprivoiser. C’est faire le point sur des pensées négatives qui nous empêchent d’avancer.

 Quelques conseils utiles

1. Ne réfléchissez pas avant d’écrire. Il suffit de vous lancer.

2. Ne vous mettez pas de pressions, recommencez, relisez.

3. Intégrez le moment d’écriture dans votre routine quotidienne.

4. Revenez régulièrement aux anciennes pages pour voir l’évolution de vos pensées.

5. Ne jugez pas vos émotions, exprimez-les telles qu’elles sont.

6. Soyez honnêtes et authentiques, vous êtes votre seul lecteur, ne craignez rien.

A lire absolument

1. Ateliers d’écriture thérapeutique Par Nayla Chidiac

2. Ecrire son journal Par Marion Rollin

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