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Guérir le mal par le mal !

Samar Al-Gamal , Lundi, 11 septembre 2023

Dans un monde où la médecine moderne règne en maître, l’homéopathie offre une approche alternative de la guérison qui attire de plus en plus d’adeptes. Explications.

Guérir le mal par le mal !

La légende dit qu’Isis, dans l’Egypte Ancienne, utilisait du venin de scorpion pour soigner les piqûres de cet animal, comme le mentionne le papyrus Ebers. Cet ancien manuscrit médical égyptien, datant de 1550 av. J.-C. et renfermant diverses formules médicales et différents traitements, est l’une des premières traces de l’homéopathie. Un monde où les énergies se mêlent aux remèdes, où la science lutte avec le mystère et où les réponses restent évasives.

Le coeur de l’homéopathie repose sur un concept simple mais profond, à savoir « On peut guérir un mal avec un mal similaire ». Comme le disait le célèbre poète arabe Abou-Nawass, « Traitez-moi avec le mal que j’ai ». En effet, le terme « homéopathie » a des racines grecques. « Homoios » signifie « semblable » et « pathos » signifie « maladie ». C’est Samuel Hahnemann, un médecin allemand visionnaire de la fin du XVIIIe siècle, désillusionné par les pratiques médicales brutales de son époque, qui a conçu cette idée. Et celle-ci est captivante : une substance capable d’induire des symptômes chez une personne en bonne santé peut, lorsqu’elle est diluée méticuleusement et « potentisée », atténuer ces mêmes symptômes chez un patient souffrant. Pour illustrer ce principe, prenons l’exemple d’« Allium Cepa ». En homéopathie, l’oignon est utilisé pour traiter les symptômes du rhume, comme l’écoulement nasal abondant et les larmoiements, car l’oignon cru peut provoquer ces mêmes symptômes.

Pour comprendre pleinement l’homéopathie, plongeons dans le processus de fabrication de ses remèdes, qui semble défier la logique conventionnelle. Ils sont préparés à partir de substances naturelles telles que les plantes, les minéraux ou les animaux. Tout commence par la création d’une « teinture mère ». On prend une petite quantité de la substance source, tel l’oignon dans le cas de l’Allium Cepa, et on la fait macérer dans de l’alcool ou de l’eau pour extraire ses composants. Cette solution devient la teinture mère. Celleci est ensuite diluée de manière répétée et vigoureusement secouée. C’est ce que l’on appelle la dynamisation. A chaque étape, la solution est diluée davantage, parfois des centaines de fois.

Ce processus est censé libérer l’énergie curative tout en réduisant la concentration de la substance d’origine. L’attrait de l’homéopathie réside dans ce concept nébuleux d’énergie vitale, une force de vie intangible censée animer tout être vivant. Les homéopathes affirment que leurs remèdes, bien que dilués à l’extrême, « conservent une empreinte énergétique de la substance originale », dit Abdul Hayy Holdijk, un praticien homéopathe néerlandais qui a mis en place des cours professionnels pour former des homéopathes en Egypte. Il précise : « C’est une résonance qui synchronise avec les mécanismes de guérison innés du corps ». Considérons le cas de l’Apis Mellifica, un remède homéopathique préparé à partir de venin d’abeille. Il est utilisé pour traiter les piqûres d’insectes qui donnent lieu à des gonflements de la peau, de la fièvre et une douleur semblables à ceux provoqués par une piqûre d’abeille.

L’utilisation des remèdes homéopathiques est caractérisée par un principe fondamental : la personnalisation. Les homéopathes accordent une grande importance à chaque patient à part. « L’homéopathie ne s’intéresse pas aux symptômes ressentis par l’individu, mais à celui-ci dans sa globalité. Rétablir un certain équilibre chez l’individu est censé empêcher les maladies de se déclarer et s’appuie sur la capacité du corps à s’autoguérir », explique Holdijk.

Lors de la première consultation, le patient communique non seulement ses symptômes physiques, mais également les aspects émotionnels et psychologiques de sa vie. En se basant sur cette évaluation holistique, le praticien sélectionne le remède homéopathique qui correspond le mieux à l’ensemble des symptômes et à l’état du patient. Les remèdes sont pris sous une forme hautement diluée, souvent en granules ou en gouttes. La posologie dépend du remède et de la gravité des symptômes, et elle peut varier de quelques granules pris sous la langue à des intervalles précis.

Comme toute médecine alternative, son efficacité reste encore à prouver. Les sceptiques avancent des recherches qui remettent en question les bases scientifiques de l’homéopathie, soulignant que les dilutions extrêmes rendent les remèdes chimiquement indiscernables de l’eau et que leurs effets n’entraîneraient pas de meilleurs résultats qu’un placebo. Cependant, d’autres études suggèrent qu’elle est prometteuse, notamment dans les conditions où le pouvoir de la croyance peut influencer considérablement le résultat, comme la gestion de la douleur et de la détresse psychologique. Une étude menée en 2015 par le chercheur Robert T. Mathie et son équipe a examiné l’efficacité de l’homéopathie dans le traitement de l’allergie au pollen. Les résultats ont montré une amélioration significative des symptômes allergiques chez les patients traités avec des remèdes homéopathiques. Une autre étude clinique randomisée, publiée en 2018 dans la revue Pain Medicine, a évalué l’efficacité de l’homéopathie dans la gestion de la douleur post-chirurgicale. Les chercheurs ont constaté que les patients recevant des remèdes homéopathiques avaient une réduction significative de la douleur et de la prise d’analgésiques par rapport au groupe placebo.

Une histoire vieille de plus de 170 ans

L’homéopathie a fait son entrée en Egypte en 1851 grâce à Benoit Mure, influencé par Samuel Hahnemann. Cependant, sa popularité n’a vraiment augmenté qu’à partir des années 1990. Plus tard, le professeur de pharmacologie Dr Mahmoud Saeed a joué un rôle-clé pour obtenir l’autorisation de créer un département de médecine complémentaire et alternative (CAM) à l’Université de Tanta.

La Société scientifique égyptienne d’homéopathie a été créée et avec environ 260 homéopathes formés, l’Egypte abrite désormais la plus grande communauté homéopathique du monde arabe.

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