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Denis Darpy : Nous accueillons les étudiants dans un lieu dédié à la recherche

Marianne William, Mercredi, 04 novembre 2020

Nommé président de l’Université Française d’Egypte (UFE) en septembre dernier, le Pr Denis Darpy explique la vision et la stratégie de l’UFE dans le cadre de l’accord de sa refondation conclu entre les gouvernements égyptien et français. Entretien.

Denis Darpy

Al-Ahram Hebdo : Lors de la der­nière visite du président Macron en Egypte, un accord de la refonda­tion de l’Université Française d’Egypte (UFE) a été signé par les deux gou­vernements égyptien et français. Qu’entend-on par la refondation et quels changements apportera-t-elle ?

Pr Denis Darpy : La refondation de l’UFE est un élément phare de la coopération scientifique entre la France et l’Egypte. Cette refondation signifie que l’on met l’UFE sur une trajectoire d’une université de recherche de niveau interna­tional. L’ambition est de développer le corps professoral dans une orientation de recherche, de favoriser des bourses d’études doctorales pour les étudiants égyptiens pour faire leurs thèses en France et ensuite, avoir des postes d’enseignants-chercheurs ici en Egypte. L’université n’est pas un établissement d’ensei­gnement, mais c’est avant tout un établissement de recherche et de transmission des dernières connaissances pour améliorer la condition humaine et développer économiquement et humainement un pays. Et la refondation de l’UFE est bien dans cet esprit, de créer un envi­ronnement pour que la coopération scientifique franco-égyptienne, présent depuis plus d’une centaine d’années, prenne un élan supplémen­taire et s’épanouisse. Une université de recherche reconnue intenationalement, c’est la garantie pour les étudiants d’avoir un enseigne­ment de qualité.

— Dans ce contexte, sur quelles disciplines se concentre l’UFE ?

— L’UFE se concentre sur les disciplines suivantes : les sciences de l’ingénieur, l’infor­matique, le management, les sciences sociales, l’architecture et les langues appliquées. Maintenant, le projet de l’université c’est de développer des recherches transversales à tra­vers ces disciplines, autour de l’environnement, l’économie circulaire et la digitalisation. C’est de créer avec l’UFE un hub entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient où l’on va déve­lopper des expertises sur la digitalisation de l’économie circulaire, car ce sont les enjeux de demain pour l’Egypte, l’Afrique et pour le monde.

— Comment les deux gouvernements égyptien et français vont-ils contribuer au projet de la refondation ?

— On n’est pas une université privée, mais une université à but non lucratif gérée comme une université privée. Dans l’accord de la refon­dation, les deux gouvernements se sont engagés à aider l’UFE. Le gouvernement égyptien va financer la construction d’un nouveau campus à Chourouq, juste à côté du bâtiment actuel. Nous avons actuellement 600 étudiants, ce campus a pour objectif d’accueillir, d’ici 2027, 3 000 étu­diants. L’Etat égyptien finance la construction de l’université à hauteur de 700 millions de L.E. sur deux années budgétaires. Pour sa part, l’Agence Française du Développement (AFD) devrait financer la refondation à hauteur de 14 millions d’euros pour permettre l’acquisition d’équipements (au travers d’un prêt) et un accompagnement de l’université dans sa phase de refondation (grâce à une subvention). Nous allons avoir des locaux aux meilleurs critères environnementaux, avec les dernières technolo­gies, pour pouvoir accueillir de nouvelles géné­rations d’étudiants et de chercheurs.

Effectivement, il y a un engagement fort qui se concrétise aujourd’hui. Depuis un mois et demi, je suis en tâche et on est tous ensemble dans l’action, tout le personnel de l’UFE et le gouvernement.

— Quelle est l’importance de la présence de l’UFE en Afrique, qu’apportera-t-elle au continent noir ?

— Nous avons environ 40 étudiants africains à ce jour, l’idéal c’est d’avoir, dans toutes nos années, des étudiants égyptiens, africains et français, car la recherche internationale est multiculturelle et le monde de la recherche est un monde global. C’est à nous de créer ce monde global multiculturel par nos formations, d’attirer les meilleurs anglophones et franco­phones d’Egypte, d’intéresser nos étudiants africains, mais également des étudiants fran­çais. J’ai eu l’occasion de créer des masters entre différents pays, ce qu’on appelle multi-campus ; par exemple, nous avons créé un master entre Paris et Tunis, où des étudiants de Paris souhaitaient venir étudier en Afrique, à Tunis, au Maroc. L’échange était sud-nord, maintenant, il y a une demande d’une nouvelle génération d’étudiants d’échange nord-sud. Il y a une fascination positive de ce qui se fait aujourd’hui et comment l’Afrique finalement peut nous apporter des choses, surtout quand on parle de l’économie circulaire et de la mon­naie digitale. Etre ici, que ce soit pour les étu­diants ou les chercheurs, c’est être un lieu d’accueil pour des étudiants égyptiens, afri­cains, européens ou américains, et peut-être chinois, mais c’est également être une terre d’accueil pour les chercheurs pour qu’ils soient ici à comprendre les problématiques qui pour­raient être purement testées et développées ici avec des équipes multinationales.

Ce qui est important, c’est la continuité, car la recherche, qui est à la base de l’enseigne­ment, prend du temps long. Et cet accord de refondation s’étend jusqu’à 2027. On est donc sur un temps long.

— Qui sont les entreprises partenaires de l’UFE, et comment ces partenariats l’aide­ront-t-ils ?

— Effectivement, il y a un réseau important d’entreprises au sein du Conseil de surveillance de l’UFE, présidé par Pr Mounir Fakhri Abdel-Nour, ancien ministre du Tourisme, de l’Indus­trie et du Commerce. On y trouve Christalle Saghbini, directrice générale de Sanofi Egypte, Walid Sheta, président régional de Schneider, Yasser Chaker, directeur général d’Orange Egypte, Pierre Finas, directeur général de la banque Crédit Agricole Egypte. De plus, les anciens ministres de l’Enseignement supérieur, Pr Chérif Hammad et Pr Hani Hélal, l’ancien président de l’Organisme général du contrôle financier, Dr Chérif Sami, l’homme d’affaires Naguib Sawiris, et d’autres. De plus, nous avons contact désormais avec la Chambre de commerce franco-égyptienne, qui va égale­ment apporter son soutien à l’UFE. En effet, une université c’est la recherche et l’ascension professionnelle. Nous faisons de la recherche pour transmettre à nos étudiants les recherches et les pratiques les plus récentes. Cette recherche est appliquée, c’est-à-dire on doit apporter la meilleure technologie pour nos partenaires-entreprises. Et l’ascension profes­sionnelle se développe en réseau avec les entreprises. Cela fait partie des deux piliers indispensables du projet.

Les deux priorités cette année c’est de faire réussir la première promotion de la refonda­tion, et de mettre beaucoup de force sur la dernière année de nos étudiants qui sont en quatrième ou cinquième année, pour les prépa­rer à l’ascension professionnelle. Notre but est de former une nouvelle génération d’étudiants qui sont à la fois créatifs, responsables, mais surtout humbles.

Je souhaite que nous puissions avoir plus de stages pour nos étudiants au sein des entre­prises, ou même avoir le système d’apprentis­sage en alternance, qui existe en Allemagne ou en France, où les entreprises aident les étu­diants à financer leurs études. En contrepartie, ils sont un temps à l’université, un temps à l’entreprise.

— Pour quelles raisons, selon vous, l’UFE peut être attractive pour les étudiants fran­cophones, surtout qu’il y a une grande concurrence entre les universités en Egypte ?

— L’UFE est la seule université qui propose un diplôme égyptien et un diplôme d’Etat fran­çais. Toutes nos filières ont des partenariats avec des universités françaises, telles l’Univer­sité de Nantes, l’Université de Montbéliard, l’Université de Haute Alsace, etc. Ces filières permettent d’avoir à la fois le diplôme égyptien et le diplôme français. L’UFE se distingue éga­lement par ses formations, par exemple, dans les sciences de l’ingénieur, nous avons des filières énergétique, mécatronique et informa­tique réseau, qui vont être développées. De plus, nous allons ajouter des filières des sciences sociales et également informatique de gestion. Dans notre projet, nous avons égale­ment des filières anglophones, mais nous avons comme but que tous les étudiants de ces filières maîtrisent le français. A la fin de la troisième année, les étudiants, qu’ils soient anglophones ou francophones, doivent tous atteindre le niveau C1 du Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL), aussi bien en français qu’en anglais. Nous accueillons les étudiants dans un lieu dédié à la recherche dans un environnement multiculturel en rela­tion avec le milieu économique.

— Selon vous, quels sont les défis auxquels est affrontée l’UFE ?

— Le premier défi est la notoriété, l’UFE n’est pas assez connue est c’est notre travail de montrer que nos enseignants mettent tout ce qu’il faut pour la qualité des enseignements pour le bon accueil de nos étudiants. Un autre défi, c’est le recrutement de bons professeurs et maîtres de conférences et de futurs enseignants et chercheurs pour construire cette nouvelle université. Le corps professoral est la colonne vertébrale aussi bien de la qualité d’enseigne­ment que la qualité de la recherche. Nous devons également aller à la recherche du finan­cement de la part d’entreprises pour développer un écosystème, créer un incubateur, créer des vocations d’entreprises entre l’université et le monde économique. C’est un défi important d’assurer la position de l’UFE comme un lieu de recherche, mais également être un lieu en relation avec le monde économique.

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