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L'archéologie, terrain privilégié

Dalia Farouq, Lundi, 10 juillet 2017

Les recherches archéologiques, le Rafale, le métro du Caire, et le canal de Suez sont quatre icônes des relations franco-égyptiennes. Retour sur ces grands chantiers.

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Avec plus de 30 missions archéologiques françaises, opérant sur différents sites, la France est le plus grand partenaire de l’Egypte en la matière.

Cet intérêt de la part des Français pour l’égyptologie a commencé depuis bien longtemps lorsque l’égyptologue français Jean-François Champollion réalise son rêve en partant à la tête d’une expédition scientifique vers la terre des pharaons lors de l’Expédition française en Egypte entre1789 et 1801.

Pendant deux années, il ne cessera de lire et de traduire les textes anciens. A son retour, il publiera Description de l’Egypte et Monuments d’Egypte et de Nubie, qui deviendront des ouvrages de référence pour les égyptologues. Champollion a acquis sa renommée mondiale en 1822, en déchiffrant les hiéroglyphes figurant sur la pierre de Rosette. Auguste Mariette est ensuite envoyé en Egypte par le Musée du Louvre, en 1850, pour acquérir des manuscrits coptes. L’acquisition ne se fait pas, mais il utilise les fonds pour fouiller à Saqqarah, après avoir admiré la plaine depuis les remparts du Caire, ayant sous les yeux le spectacle des pyramides, du Nil, de la plaine de Saqqarah. « Il y avait là, presque à la portée de ma main, tout un monde de tombeaux, de stèles, d’inscriptions, de statues. Que dire de plus? » écrit Mariette dans ses mémoires. Quelques jours après, il campe au pied de la grande pyramide. En passant par le plateau de Saqqarah, il remarque, émergeant du sable, la tête d’un sphinx, il songe alors à la description, faite par Strabon, d’une avenue menant au Sérapéion, bordée de plus de 140 sphinx. C’est le Sérapium. En 1858, Mariette créa alors le service des antiquités de l’Egypte et le musée de Boulaq qui deviendra, quelques années plus tard, le Musée égyptien du Caire à la place Ismaïliya, l’actuelle place Tahrir, et il en devint le directeur. Il fait désensabler ensuite le temple d’Edfou, dédié au culte d’Horus. Cette entreprise met au jour l’un des monuments les mieux conservés de toute l’Egypte. L’archéologue fait d’importantes découvertes, en exhumant, entre autres, la célèbre statuette du Scribe accroupi.

Les missions se succèdent alors en Egypte. En 1880, Gaston Maspero est envoyé en Egypte à la tête d’une mission archéologique permanente, sous le nom de l’Ecole française du Caire. La mission de Maspero consiste à dresser le plan d’une école scientifique orientale dont le siège serait au Caire. Après la disparition de Mariette, en janvier 1881, Maspero prend la direction du service des antiquités égyptiennes et du musée d’archéologie de Boulaq, au Caire.

Lui aussi fait de multiples découvertes dont les textes des pyramides de Saqqarah en 1881. Ce sont des textes religieux et rituels, qui avaient pour fonction d’aider le mort à accomplir le passage funéraire et ils concernaient plusieurs pharaons. Au début de 1886, Maspero conduit les travaux de désensablement du Sphinx. Il pénètre dans le tombeau de Sennedjem, un fonctionnaire ramesside. Les découvertes sont acheminées vers le musée de Boulaq, qui devenait trop exigu pour le nombre important d’objets archéologiques, et Maspero projette de le transférer au centre du Caire.

Si Champollion, Mariette et Maspero sont à la tête des Français qui ont mis au jour une grande part de la civilisation égyptienne, d’autres de la même importance ont continué ce chemin et ont excellé au développement de cette science. Citons, entre autres, Jean-Philippe Lauer, Christiane Desroches De Noblecourt, Jean Leclanc, Nicolas Grimmal, Christian Leblanc, Alain Zivie et beaucoup d’autres.

Centres et institutions français
« La France est ainsi l’un des partenaires majeurs de l’Egypte en matière d’archéologie depuis l’Expédition française en Egypte. Ce sont les égyptologues et scientifiques qui l’ont accompagnée et qui ont attiré l’attention vers la richesse de la civilisation égyptienne et les trésors de son patrimoine », explique Ola Al-Egueizi, ex-doyen de la faculté d’archéologie à l’Université du Caire, ajoutant que les missions archéologiques françaises mènent des travaux de découverte, de restauration et de fouilles dans les quatre coins du pays depuis la côte de la Méditerranée et Alexandrie jusqu’à Louqsor et Assouan en Haute-Egypte, passant par le Delta et les oasis du Désert oriental. Pour sa part, Khaled Gharib, professeur d’archéologie gréco-romaine à la faculté d’archéologie de l’Université du Caire, assure que l’Institut Français d’Archéologie Orientale (IFAO) est la plus importante institution scientifique et archéologique en Egypte surtout avec ses publications périodiques de grande valeur, sa bibliothèque riche qui compte plus de 80 000 volumes et un service d’archives abritant un très riche fonds de photographies, de cartes et de plans. « Les stages de formation et d’entraînement dont bénéficient les archéologues du monde entier, notamment ceux égyptiens, sont en fait une autre vocation de l’IFAO », indique Gharib. Au cours de son histoire, l’institut fut à l’origine de véritables « grands travaux » de l’égyptologie. Le premier d’entre eux fut une série de relevés de textes hiéroglyphiques sur les monuments égyptiens les plus connus, à Tell Al-Amarna, dans les nécropoles de Thèbes, à Edfou, Philae, Esna, Kom Ombo et Saqqarah.

A cette institution grandiose vient s’ajouter, en 1967, la création du centre franco-égyptien d’études de Karnak qui travaille sur le site au temple de Karnak et qui a fait de remarquables découvertes et d’importantes reconstructions et restaurations des dizaines de monuments. En 1990, la fondation du Centre d’études alexandrines à Alexandrie, dirigée par Jean-Ives Empereur, était un pas en plus sur la voie du renforcement des relations franco-égyptiennes. Ce centre a pour mission d’étudier l’histoire d’Alexandrie à travers les fouilles archéologiques terrestres et pour la première fois, sous-marines. Ce centre a fait des découvertes importantes, surtout lors des fouilles sur le site du Phare d’Alexandrie et le site sous-marin de Qaïtbay.

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