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Mohamed Solaiman Abdel Malek : La passion d’écrire pour l’écran

May Sélim, Mercredi, 17 janvier 2024

Le scénariste égyptien Mohamed Solaiman Abdel Malek brille par ses séries télévisées diffusées sur les plateformes et le petit écran. Après les feuilletons à succès Sout wa Soura (avec preuve audio et vidéo) et Zeinhom, il se consacre à différents genres dramatiques.

Mohamed Solaiman Abdel Malek

En novembre dernier, il fuyait les amis, les fans et les proches qui lui demandaient tout le temps : qui a tué Essam Al-Sayad ? Il ne répondait pas à ces coups de fil et gardait son secret jusqu’au bout. C’est Mohamed Solaiman Abdel Malek, auteur et scénariste du thriller à succès diffusé sur la plateforme Watch It et sur la chaîne DMC, Sout Wa Soura (avec preuve audio et vidéo). Il a réussi à garder le suspens durant les 30 épisodes. Avant même la fin du feuilleton, sa deuxième création, Zeinhom, était diffusée aussi sur Watch it, recueillant les faveurs d’un large public jusqu’à fin décembre. « En fait, susciter la curiosité du public, l’initier à suivre une série télévisée de 30 épisodes sans tomber dans le piège de la longueur et de la monotonie est un signe de succès. Ces feuilletons faisaient partie d’un projet adopté par la société de production Aroma (Tamer Rady et Moustapha Al-Awady) qui vise à diffuser, hors de la saison ramadanesque, des séries qui ont les mêmes qualités et attraits que les séries du mois de Ramadan, qui ont toujours les meilleures conditions de production et qui ciblent un large public non seulement en Egypte, mais aussi dans le monde arabe », explique le scénariste. Et d’ajouter : « On doit admettre que le goût des téléspectateurs a changé ces dernières années. Tout le monde suit des feuilletons courts de quelques épisodes faute du temps. Le rythme est devenu plus rapide ».

Abdel Malek se présente comme un auteur qui se renouvelle rapidement. Il ne s’enferme pas dans un genre dramatique particulier. Au contraire, il aime mêler les genres. Dans Zeinhom, il s’agit à la fois d’une comédie légère, d’un thriller, d’une oeuvre sociale, d’une romance. Contrairement à son habitude d’écrire ses scénarios en personne seul, Abdel Malek a dirigé un atelier d’écriture pour ce dernier feuilleton. « Les ateliers d’écriture sont rarement faits pour une création originale qui exige du temps et une bonne entente entre les membres de l’équipe de tournage. Les sociétés de production ont recours à ces ateliers afin d’avoir un scénario le plus vite possible, avec un budget limité et partagé entre plusieurs écrivains. Et ce, pour se lancer dans le tournage le plus tôt possible. Dans ce sens, je refuse catégoriquement les ateliers d’écriture », lance le scénariste qui impose souvent ses critères. « Mais si on a assez de temps pour travailler, moi et les autres scénaristes, avec un bon budget pour créer un texte original et différent, je suis dans ce cas pour les ateliers d’écriture. De plus, certains sujets s’apprêtent à être rédigés avec une équipe et d’autres non », explique Abdel Malek.

Sout wa Soura ne pouvait pas être rédigé par une équipe de scénaristes, mais Zeinhom, si parce qu’il aborde une série de crimes à résoudre, ajoute Abdel Malek.

Ces jours-ci, le scénariste écrit son adaptation de la nouvelle d’Ihsan Abdel-Qoddous Embratoriyat Mim (l’empire de M). Un autre défi, puisque la nouvelle a été déjà adaptée pour en faire un film avec le même titre de celui réalisé par Hussein Kamal et ayant en vedette Faten Hamama. « Mon approche est contemporaine. Je reviens au texte original qui évoque la vie d’un fonctionnaire avec ses enfants dont les initiales débutent par un M. Cette nouvelle adaptation est ma troisième collaboration avec la star Khaled Al-Nabawy après Mamalek Al-Nar (royaumes du feu, 2019) et Raguéïne Ya Hawa (retour aux amours passées, 2022 », souligne-t-il.

Abdel Malek a toujours voulu se vouer à l’écriture, et plus particulièrement l’écriture cinématographique et télévisée. Poussé par sa passion et son talent uniquement, il suit des ateliers d’écriture hors d’Egypte, cherche à lire le plus possible de scénarios et à voir les films qui en résultent. Il puise dans les techniques de différents genres partout dans le monde. L’homme est prêt à tout faire pour aiguiser ses talents et pousser son potentiel jusqu’au bout. Sans suivre la formation académique d’un scénariste, il a pu, depuis 2010, prouver que son nom équivaut à un travail de qualité, différent et captivant.

A l’origine, ce scénariste n’était pas destiné au monde de la littérature et de la fiction. Il était étudiant en médecine à l’Université du Canal de Suez. « Je suis originaire d’Ismaïliya. Depuis mon tendre âge, je suis passionné de littérature et d’histoire. J’avais une grande passion pour les livres de poche pour jeunes publiés par l’Association arabe moderne, comme L’Homme de l’impossible et le Dossier de l’avenir. J’étais aussi un grand fan des ouvrages de Nabil Farouq et des romans d’Ahmad Khaled Tawfiq », affirme Abdel Malek. Mais il était encore trop jeune pour décider de son sort. « J’étais un bon élève. Ma famille, mes amis et tout le monde me voyaient médecin. C’était presque le seul rêve de mon père. Sous l’effet de cette pression sociale, j’ai rejoint la faculté de médecine. Mais dès ma deuxième année d’études, je me suis lancée d’une manière professionnelle dans l’écriture », raconte-t-il.

Un jour, l’Association arabe moderne a lancé un appel aux jeunes écrivains pour écrire des oeuvres à suspense. « J’ai débuté ma carrière d’écriture avec cette maison d’édition à l’âge de 19 ans en créant les séries à suspense Le bureau N°17 et Lotus. Demaä Fil Al-Maabad était aussi mon premier roman qui puise dans l’histoire de l’Egypte Ancienne ». Le jeune romancier a aussi signé quelques articles et reportages journalistiques et a participé aux revues de comics Bassem et Al-Arabi Al-Saghir.

Pourtant, écrire pour le cinéma et la télévision et devenir scénariste était son objectif. « Après la parution de mon roman Hayat Guédida, je l’ai transformé en scénario et j’ai été voir différentes sociétés de production afin de le tourner, mais en vain », dit-il. Mais ce petit voyage pour arriver au monde cinématographique n’a pas été inutile. Mohamed Solaiman Abdel Malek a fait la connaissance de certains producteurs et a réussi à capter l’attention de certains écrivains. Quelques années plus tard, il rejoignait l’équipe de scénaristes de Le monde de Sémsem et des sitcoms Tamer et Chawqiya, Al-Eyada (la clinique) et son nom paraît sur les génériques. Tout ceci parallèlement avec sa carrière académique, puisque l’étudiant en médecine est devenu professeur de santé publique. « Cette branche de la médecine est théorique. Dès le départ, mes réactions avec la médecine m’ont trahi : je ne supportais pas rester dans les salles d’opérations plus de cinq minutes ». Voir le sang partout, examiner un cadavre ou traiter les maux sévères des patients étaient des tâches difficiles pour ce jeune homme. « Avec un patient souffrant, je restais presque 3 jours sans dormir. Ce monde n’était pas fait pour moi », ajoute Abdel Malek. Mais au niveau théorique, l’étudiant a brillé à tel point d’être embauché comme professeur. Une situation qui satisfaisait les proches et l’entourage. Il a continué à exercer ce qu’il aimait : écrire des scénarios. « Un jour, après avoir réussi dans les ateliers d’écriture des sitcoms, j’ai eu l’occasion de présenter mon propre scénario d’un nouveau sitcom au producteur Khaled Helmi. A l’époque, il cherchait aussi un bon scénario pour la star Hanan Tork après sa réussite dans Hanem Bint Pacha. Je lui ai donc proposé l’idée d’Al-Qotta Al-Amiya. Le réalisateur du feuilleton, mon ami, Mahmoud Kamel, a lu mon scénario de Ezbet Adam. Et c’est lui qui a convaincu le producteur Karim Al-Sobki de le monter ». La sortie de son premier film, Ezbet Adam, en salle était un pas qui a bouleversée sa vie. Dès lors, le chemin de Mohamed Solaiman Abdel Malek était clair : se consacrer à l’écriture de scénario. « Je n’ai pas pensé aux réactions des autres. C’était ma conviction et une décision personnelle. J’ai quitté le travail académique et la médecine à jamais pour m’adonner entièrement à l’écriture ».

Le scénariste a beaucoup de projets et aussi des rêves. Il a un nouveau projet cinématographique, un feuilleton de 15 épisodes. Il veut revenir à l’écriture du roman, etc. « J’aime travailler étape par étape. Terminons d’abord l’Empire M pour le Ramadan, puis on verra ». Il avoue : « L’écriture de scénario est ma grande passion et toutes mes démarches dans l’écriture n’étaient que des tentatives pour arriver à réaliser ce rêve. Je partage souvent avec l’équipe de travail de longues discussions, les comédiens, l’équipe de tournage, de montage … je suis toujours présent », conclut Abdel Malek. Pour ce monsieur passionné d’écriture, un scénario n’est pas seulement un texte, mais c’est l’art d’écrire pour voir le charme et la magie sur l’écran.

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