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Ismaïl Ahmed : Avoir le basket dans la peau

Chourouq Chimy, Mercredi, 02 décembre 2020

Ismaïl Ahmed est le premier basketteur égyptien à conti­nuer à jouer à l’âge de 44 ans. Professionnel exceptionnel qui a joué en Egypte et au Liban, ayant la double nationalité, il a déjà réalisé de grands exploits. Mais toujours en deçà de ses ambitions.

Ismaïl Ahmed

« La grâce de Dieu et la chance m’ont aidé dans ma carrière spor­tive mais la seule chose dont je suis sûr est que j’ai toujours voulu être une star et devenir ce type de basketteur dont on se souviendra pendant des décen­nies ». Ces propos d’Ismaïl Ahmed, le célèbre basketteur égyptien, reflètent à quel point il a tout le temps cherché à devenir une star, à aller plus loin et à laisser son empreinte dans cette disci­pline. Les débuts de ce joueur alexandrin de basketball furent à l’âge de 5 ans. Il aimait accompagner son cousin qui jouait du basketball au club des Frères musul­mans à Chatbi. L’entraîneur de son cousin, Talaat Mahmoud, a remarqué qu’il était de grande taille, en comparaison avec les garçons de son âge. Ayant observé son talent exceptionnel, il a commencé à l’entraîner de façon exceptionnelle par rapport à ses collègues. « A ce moment-là, en principe, les joueurs s’en­traînent pendant une heure et demie, 3 jours par semaine. Mais outre le programme habi­tuel des autres joueurs, je m’en­traînais quotidiennement seul ou avec l’entraîneur pendant de longues heures. Le reste de la journée, je faisais de la boxe, du karaté et du football, rien que pour être fort en basketball. Mon entraîneur me soutenait et me traitait comme une star et cela m’a donné beaucoup de confiance en moi. Je suis tombé amoureux de cette discipline et j’ai décidé d’y investir toute mon énergie, pour y exceller », raconte Ismaïl Ahmed.

A l’âge de 10 ans, Ismaïl Ahmed intègre l’équipe de foot­ball de sa catégorie d’âge au club Smouha comme gardien de but grâce à sa taille exception­nelle. « Mais je n’ai jamais arrêté mes entraînements en basketball », note Somaa comme l’appelle son public fer­vent. Avec le temps, l’entraîneur Talaat Mahmoud a expliqué à Ismaïl que la loi interdit à tout athlète de pratiquer deux sports d’équipe en même temps. « Je savais bien que le football est le sport numéro 1 en Egypte et dans le monde entier. Mais le basketball était le sport numéro 1 à Alexandrie. Ma grande taille (2,02 m) était l’un de mes potentiels qui allait beaucoup m’aider à réaliser un grand succès. Alors j’ai arrêté le foot et je me suis adonné complète­ment au basketball », ajoute-t-il.

Plus tard, la sélection natio­nale juniors a choisi Ismaïl Ahmed pour participer avec l’équipe dans de différents tour­nois, tels le Championnat arabe au Liban, au début des années 1990. Somaa s’est bâti une belle réputation et a reçu 3 offres de 4 clubs égyptiens : 3 clubs cai­rotes, à savoir Ahli, Zamalek, Guézira ainsi qu’un grand club alexandrin : Ittihad. « L’offre d’Ittihad d’Alexandrie était la meilleure, mais je ne voulais pas le rejoindre, car il y avait beau­coup de grands joueurs, et je risquais de ne pas être la star comme je l’ai toujours voulu ». Raison pour laquelle Ismaïl Ahmed était sur le point de signer avec le club Ahli, mais le gouverneur d’Alexan­drie est intervenu en lui interdisant de jouer pour un autre club en dehors d’Alexandrie. Et, en fin de compte, Ismaïl Ahmed a signé avec Ittihad d’Alexandrie en 1993. En fait, ce club était le vrai début d’Ismaïl Ahmed dans le monde du bas­ketball. Il a beaucoup brillé avec Ittihad lors des Championnats nationaux et des Championnats arabes des clubs.

En 1995, Ittihad a signé avec un nou­veau directeur technique, Chérif Azmi. « C’était une tournure dans ma carrière en basketball. Azmi a beaucoup aimé mon jeu et a décidé de me soutenir pour être une grande star », raconte Ismaïl Ahmed, ajoutant qu’il s’entraînait seul avec lui et travaillait très dur pour pro­gresser. « Mon entraîneur Chérif Azmi m’a beaucoup inspiré et m’a poussé à développer mon talent et à atteindre mon objectif. Je lui dois une grande part de ma réussite. Il m’a appris à effectuer de durs entraînements individuels sur le sable et m’a transmis beaucoup de son expérience ».

Azmi était le genre d’entraîneur qui donne beaucoup d’intérêt aux jeunes de l’équipe. Ainsi, il a donné à Ismaïl la chance en 1996 de disputer le Championnat arabe au Liban comme joueur principal. Une opportunité qui lui a permis d’attirer l’attention de tous les experts du basketball présents à cet évé­nement et d’avoir par la suite plusieurs offres de professionnalisme.

L’année 1997 était marquée par un changement radical dans la carrière d’Is­maïl Ahmed, car il a signé avec le club libanais Al Wardiya. Il fait un booming avec le club, en réalisant une première dans l’histoire de l’équipe et en jouant en carré d’or du Championnat national libanais. Quelques mois plus tard, Al Wardiya a prêté Ismaïl Ahmed au club libanais Al Hikma, qui était le seul représentant du Liban au Championnat arabe des clubs. Et encore une fois et en un temps très limité, Ismaïl Ahmed a fait un exploit en remportant le titre avec Al Hikma. Un titre très précieux au Liban car il s’agit d’une première dans l’histoire d’une équipe liba­naise de remporter le titre du Championnat arabe. « Un exploit qui a gravé mon nom dans la mémoire du basket libanais », souligne Ismaïl Ahmed qui a enchaîné les exploits pendant plus de 15 ans avec de grandes équipes libanaises telles que Chanville et Al Reyadi.

En revanche, Ismaïl Ahmed n’avait jamais eu la chance de jouer en Europe ou aux Etats-Unis. En 2002-2003, il a reçu des offres d’essais pour quelques mois aux Etats-Unis, pays mère du basketball, respectivement avec les équipes Houston Rocket et Miami Hills qui font partie de la NBA. Mais ce n’était qu’une bonne expé­rience car Ismaïl n’a pas réussi à signer avec ces deux célèbres équipes.

« C’est une grande guerre entre les agents des joueurs. C’est plutôt politique que sportif. Mais enfin, c’était une très bonne expérience », commente Ismaïl Ahmed.

Il est vrai qu’Ismaïl Ahmed n’avait rien en tête à part le basketball, mais en 2002, il a pris la décision de se marier avec la soeur d’un ami libanais. « Je suis tombé amoureux d’elle. Je n’ai jamais planifié de me marier avec une fille libanaise. Mais elle est une personne exception­nelle. Elle est belle et possède toutes les bonnes qualités du monde. Je l’ai rencon­trée par pur hasard. C’est le plus beau hasard de ma vie ».

Le hasard a aussi rendu service à Somaa en 2004 quand le président du club Al Reyadi où il évoluait à l’époque a décidé d’inscrire son nom sur la liste des gens naturalisés par le président libanais. Une fois Ismaïl naturalisé, le président du club a pu l’intégrer comme joueur profession­nel. « Je n’ai pas hésité à accepter cette offre. J’avais 38 ans et c’était difficile pour les équipes libanaises de signer avec moi en tant que joueur profession­nel. C’est plus logique et facile de jouer en tant que Libanais. Un autre atout était de donner à ma fille la nationalité liba­naise car la loi libanaise ne permet pas à la mère de donner la nationalité à sa fille en épousant un étranger », explique Ismaïl Ahmed qui vivait au Liban comme une superstar du pays. Là-bas, tout le monde le connaît et lors des matchs, les gradins ne cessent de le soutenir.

En tant que superstar libanaise, il a tourné un film libanais où il était l’acteur principal devant le chanteur libanais Anthony Toma. Mais le film n’a point réussi car son producteur a eu recours à une équipe de travail qui n’était pas très expérimentée. « Le cinéma est une pro­fession qui exige de s’y consacrer totale­ment. Et moi, je me consacre entièrement au basketball », affirme-t-il.

En 2020, Ismaïl Ahmed a décidé de revenir en Egypte et de jouer pour Ittihad d’Alexandrie jusqu’à la dernière minute de sa carrière. « Il est temps d’être recon­naissant à mon club. Je lui dois tous mes succès. Je sais que je suis un joueur pro­fessionnel, mais jouer au sein de mon club signifie beaucoup pour moi ». En fait, le come-back de Somaa à Ittihad était assez fort. Cette équipe de basketball était loin des titres pour 5 saisons, mais la présence d’Ismaïl Ahmed parmi les joueurs et son expé­rience ont énormément influencé l’équipe qui a pu remporter 3 titres pendant la saison 2020 : le Championnat natio­nal, la Coupe d’Egypte ainsi que le Championnat combiné.

Cependant, la sélec­tion nationale égyp­tienne, et malgré ses engagements prochains, ne peut pas avoir recours à Ismaïl Ahmed qui a arrêté le jeu en 2007. « Je ne fais pas partie de la sélection nationale pour deux rai­sons. Premièrement, pour pouvoir continuer à jouer jusqu’à l’âge de 44 ans, je joue la saison de bas­ketball avec mon équipe. Et entre-temps, je me repose pour bien maintenir ma condition physique et travailler mes points faibles sans être perturbé par n’importe quel engagement. Deuxièmement, je pense que les camps et les préparatifs de la sélection égyptienne et le mode de vie des joueurs ne mèneront à rien même si une star comme Michael Jordan joue parmi leurs rangs. C’est donc une perte de temps pour moi », confie Ismaïl Ahmed qui n’a jamais regretté sa décision de ne pas faire partie de la sélection. Toutefois, il pense que sa carrière restera incomplète, du fait qu’il n’a pas réussi à participer avec l’Egypte à la Coupe du monde et aux Jeux olym­piques. Ceux-ci resteront, d’après lui, un rêve loin que l’Egypte ne parviendra pas à réaliser.

Somaa n’imagine pas un jour arrêter le basketball. Il a encore beaucoup à don­ner. Jouer à Alexandrie et au Liban, deux pays qui respirent le basketball, était vrai­ment exceptionnel. Etre le seul joueur égyptien à jouer jusqu’à l’âge de 44 ans est aussi un phénomène exceptionnel non seulement en Egypte, mais dans le monde entier. Car seuls l’Américain Karl Malone et le Saoudien Mohssen Seoudi ont res­pectivement joué jusqu’à l’âge de 41 et 52 ans. « Je ne pourrai jamais abandon­ner le basketball. Je rêve dans l’avenir proche de créer une académie pour la formation des stars de basketball. Je serai toutefois ravi d’avoir un poste au sein de la Fédération égyptienne de bas­ketball car j’ai plein d’idées qui pour­raient faire évoluer cette discipline en Egypte », conclut-il.

Jalons

23/9/1976 : Naissance à Alexandrie.

1997 : Vainqueur de la Coupe d’Afrique qualificative à la Coupe du monde juniors, en Australie.

2001 : Vainqueur du Championnat arabe avec le club Ittihad d’Alexandrie.

2004 : Obtention de la nationalité libanaise.

2011 : Vainqueur du Championnat asiatique des clubs avec Al Reyadi.

2020 : Vainqueur du Championnat national et de la Coupe d’Egypte avec l’Ittihad d’Alexandrie.

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