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Rowaida Mroue : Une globe-trotteuse de la paix

Houda Belabd, Mardi, 30 juillet 2013

Fondatrice du Centre international de la formation et de la résolution des conflits (ITCR), Rowaida Mroue est une journaliste et militante libanaise des droits de l'homme. Après plusieurs années de terrain, elle décroche, en juin 2013, le prix Premio Pavoncella Women Creativity en Italie.

visage
Rowaida Mroue

Son Centre international de la formation et de la résolution des conflits n’existe que depuis une poignée d’années. Aujourd’hui, Rowaida Mroue, sa fondatrice, oeuvre, telle une colombe, à gérer les conflits politiques du monde arabe, sans rien laisser au hasard. A Sabaudia (Italie), elle a décroché le 15 juin dernier le prix international Premio Pavoncella Women Creativity, destiné aux femmes influentes des différentes zones du globe.

Fondé en juillet 2010 à Beyrouth, le centre ITCR est une organisation non gouvernementale à but non lucratif. Reconnu par le ministère libanais de l’Intérieur, le centre est, selon cette entité, « indépendant, coopératif et pacifiste, il intervient dans la résolution des conflits internationaux à travers la médiation, la modération et la facilitation des procédures de la justice réparatrice ». Pour sa directrice et fondatrice, ce centre est une bouée de sauvetage destinée, en premier lieu, aux réfugiés politiques, aux victimes de la liberté d’expression et aux minorités ethno-religieuses dans le monde arabe. Il soutient aussi les personnes lésées par les lois discriminatoires qui sévissent au sein du monde arabe, telles les lois et traditions phallocratiques.

L’ITCR joue également un rôle d’arbitrage en ce qui concerne la rédaction et la diffusion des rapports et pétitions liés à la résolution des différends politiques de par le monde arabe. De plus, il s’oppose fermement aux atteintes commises contre les droits de l’homme et opte pour le terrain quand il s’agit de réaliser des documentaires qui facilitent le rôle du dialogue à l’échelle internationale.

A Genève, Vienne, Berlin, Paris ou Rome, mais aussi à Beyrouth, Bagdad, Gaza, Alexandrie, Tunis ou Rabat, Rowaida interpelle — grâce à ses innombrables déplacements — l’attention de l’opinion publique internationale et régionale. Le but en est d’inciter les hommes politiques qui prennent les commandes des zones de conflits, à trouver des solutions à leurs différends qui jouent, souvent, les prolongations aux dépens de la sacro-sainte paix.

« Après avoir cru en ma volonté d’oeuvrer pour la paix dans le monde en général et au niveau du monde arabe en particulier, des responsables au siège de l’Onu m’ont épaulée depuis mes premiers pas dans la sphère diplomatique », se souvient Rowaida Mroue. « Il faut dire que l’Onu est, grâce à ses différents organes subsidiaires, ouverte aux revendications des réfugiés politiques, des minorités ethno-religieuses, mais aussi des personnes oppressées, quelle que soit leur appartenance. Au niveau du monde arabe, nombreux sont les hommes politiques qui, tour à tour, asservissent et censurent leurs opposants, et ne gagnent ainsi qu’une mauvaise réputation à l’échelle internationale. De ce fait, force est de constater que les militants des droits de l’homme de ces mêmes pays doivent intervenir avant qu’on ne leur interdise le droit à la parole », ajoute-t-elle.

En plus du conflit palestino-israélien, des tueries à la frontière libano-syrienne, de l’ingérence involontaire des Etats-Unis en Iraq, la directrice et fondatrice de l’ITCR s’intéresse également aux supplices infligés aux réfugiés de Tindouf par l’armée du Polisario. « Nombreuses sont les personnes qui n’ont pas compris comment une militante libanaise des droits de l’homme pourrait défendre, avec autant de fougue, la question du Sahara marocain. Car l’attention des militants arabes est braquée, depuis près d’un siècle, sur des questions plus délicates, telles que la cause palestinienne, les guerres iraqiennes ou d’autres conflits au Proche et Moyen-Orient », témoigne-t-elle. « Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à cette question, j’ai décidé de passer quelques jours dans les camps des réfugiés de Tindouf, pour témoigner directement de leur vécu. A ce moment-là, j’ai réalisé que le problème du Sahara ne revêt pas uniquement d’aspect politique, mais demeure d’ordre humanitaire avant toute chose ».

Le parcours de Rowaida, lui, n’a rien à envier à celui des leaders de l’opinion publique internationale. En effet, après une licence en journalisme audiovisuel et un master en droit international et relations diplomatiques à l’Université américaine de Beyrouth, elle intègre diverses chaînes de télévision et rédaction de journaux libanais entre 2005 et 2008.

En 2008, elle rejoint le ministère libanais des Affaires étrangères. Elle y travaille pendant deux ans en tant que chargée des missions culturelles et du dialogue interreligieux. Cette expérience lui a également permis de chapeauter des sessions de formation en résolution des conflits politiques et interreligieux entre jeunes militants libanais. Et c’est exactement à ce moment-là que Rowaida Mroue a décidé de donner naissance à un centre pour gérer et chapeauter des conflits de haut calibre.

Elle a également participé aux sessions d’octobre 2010 de l’Assemblée générale des Nations-Unies à New York, aux sessions de dialogue du Conseil des droits de l’homme au siège des Nations-Unies à Genève (tenues entre mars et septembre 2011) et aux conférences annuelles de l’initiative « religions » des Nations-Unies. Elle a aussi et surtout parcouru un grand nombre de forums destinés à la jeunesse du monde. En février 2010, elle a co-animé le Forum arabe de la jeunesse à Alexandrie. En juillet 2011, elle a participé à la conférence annuelle de la ligue marocaine des droits de l’homme. La même année, elle a fait partie du forum de la justice à Barcelone ainsi que du premier forum pour les chercheurs allemands et arabes à Berlin. Et c’est dans le cadre de ces conférences et rencontres diplomatiques que Rowaida Mroue dénonce haut et fort les atteintes aux droits de l’homme dans le but de chercher des solutions à l’échelle universelle.

Cependant, elle n’a jamais prononcé le divorce avec le journalisme. En effet, cela fait près de dix ans qu’elle affûte sa plume au sein du journal Beyrouth Observer, spécialisé en politique internationale. Elle a également collaboré avec l’équipe de Middle East Online pour sa rubrique spécialisée en politique régionale et internationale. Ceci sans oublier les articles qu’elle publiait dans la presse algérienne et marocaine pour s’insurger contre le conflit du Sahara dont elle défend la marocanité. « Je crois dur comme fer en la marocanité du Sahara. La politique étrangère algérienne s’entête comme un enfant à ne pas écouter les plaintes des réfugiés marocains qui agonisent dans les camps de Tindouf, parce qu’ils ne veulent pas que leur Sahara natal se détache du Maroc, la mère patrie. Il s’agit là du noeud du conflit. Les deux pays doivent avouer leurs torts et parvenir à un terrain d’entente, coûte que coûte », entrevoit-elle, avant d’ajouter : « Les médias indépendants du monde arabe me permettent de m’exprimer et d’inciter les personnes qui pensent de la même manière que moi à militer contre les atteintes commises contre les droits de l’homme ».

A en croire ces problèmes sociopolitiques qui disparaissent comme par enchantement suite à la mobilisation des adeptes de Facebook, Twitter et Youtube, on en est à croire en une « renaissance électronique ». Pour Rowaida, s’agissant de cette question, la mobilisation reste le seul mot d’ordre. « La gestion des conflits ne pourra jamais se passer ni de la mobilisation des militants sociaux, ni de celle des spécialistes juridiques en droits de l’homme dans le monde arabe. Les nouveaux médias, en général, aident énormément dans cette optique ».

D’ailleurs, quoi que l’on raconte sur une certaine théorie conspirationniste complotée par l’Occident, sans Facebook, la révolution du 25 janvier en Egypte ne serait pas sortie des limbes. De plus, même si « le Printemps arabe » est une appellation qui laisse Rowaida Mroue sur sa faim, elle croit dur comme fer en « une nouvelle page dans l’histoire arabe ».

« Au début, plusieurs millions de citoyens arabes ont cru en un éveil intellectuel, artistique et politique. La démocratie était le seul mot d’ordre et la seule réponse aux questions relatives à l’avenir de ce que beaucoup appellent le Printemps arabe. Toutefois, force est de constater qu’aujourd’hui, ce vent de fraîcheur et de renouveau n’a soufflé que furtivement sur nos pays. A mon sens, pour qu’une révolution arabe puisse perdurer, les médias sociaux, pétitions et articles de presse doivent faire de l’arbitrage en tenant compte de la volonté de toutes les sociétés civiles arabes ainsi que celle des politiciens opposés à leur régime, afin d’analyser cette espèce de volonté collective. Je ne parle pas d’ingérence des autres pays, mais d’un certain échange d’expériences entre les militants des droits de l’homme au niveau du monde arabe », constate-t-elle.

Parler de Rowaida Mroue, c’est également parler d’une féministe qui défend, non sans ferveur, la possibilité d’une révolution féministe au monde arabe. Seulement voilà, malgré le respect qu’elle voue aux libertés individuelles, elle ne se voit pas représentée par le Femen.

« Leur nudité ne me représente pas. Afficher ses membres intimes au vu et au su de tout le monde est certes une liberté individuelle. Toutefois, il existe des formes d’insurrection qui réussiront mieux à défendre les droits de la femme. Ces femmes, dont le message politique est tout simplement : à bas les moeurs, n’ont qu’à ne plus suivre les traditions de leur pays et cela s’arrêtera là », affirme-t-elle. « A en croire leur insistance, on dirait qu’elles voudraient que d’autres leur emboîtent le pas, chose qui frôlerait le zèle », conclut-elle.

Jalons :

1986 : Naissance à Abidjan (Côte d’Ivoire).
2005 : Master en relations diplomatiques internationales.
2008 : Intègre le ministère libanais des Affaires étrangères en tant que chargée de mission.
2010 : Création à Beyrouth du Centre international de la formation et de la résolution des conflits.
2011 : Participe au Conseil des droits de l’homme aux Nations-Unies.
2012 : Publication d’articles de presse sur les révolutions arabes.
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