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Mgr Kyrillos William : Au service des plus démunis

Loula Lahham, Lundi, 20 avril 2020

Evêque d’Assiout et administrateur du patriarcat copte catholique, Mgr Kyrillos William est le chef spirituel de la plus grande communauté catholique de Haute-Egypte. Affable et dévoué, il s’est toujours investi pour venir en aide aux pauvres et aux personnes défavorisées. Comme beaucoup de membres du clergé, il célèbre la Semaine Sainte et Pâques dans une église loin de ses fidèles.

Mgr Kyrillos William

Originaire de Chanayna, un petit village du gouvernorat d’Assiout, à peine visible sur la carte géographique, le jeune Kamel, de son nom avant l’ordination sacerdotale, est le petitfils d’un grand maître menuisier. Ce grand-père paternel voulait qu’il se consacre à ce métier, d’où même sa volonté de ne pas l’amener à l’école et de le former comme apprenti artisan. « Je ne voulais pas du tout. Je voulais apprendre à lire et à écrire, mais pas dans une école ordinaire. Je voulais aller au Petit Séminaire, pour lire la Bible et devenir prêtre ». A 9 ans seulement, il rejoint le Petit Séminaire de Tahta (gouvernorat de Sohag, 450 km au sud du Caire). Il était en fait attiré par la personnalité du curé de son village, très peu instruit, mais remarquable sur le plan spirituel.

Au Petit Séminaire, il apprend difficilement la langue française. Cependant, grâce à des efforts assidus et une volonté de fer, il le parle couramment juste quelques mois après. Il découvre alors son amour pour les langues. Il apprend aussi l’italien pendant son séjour à Rome pour étudier la théologie et la philosophie qui, dans les années 1960, étaient enseignées en latin.

Mgr William est fortement impressionné par la grandeur de l’Italie. « Les Italiens ont un riche héritage culturel. En plus, j’avais des collègues venant de 70 pays différents et nous étions tous dans le même institut pour étudier la théologie et la philosophie. Malgré nos disparités, on se sentait comme une grande famille », dit Mgr William. De retour en Egypte en 1969, il se présente aux forces armées pour accomplir son service militaire et est choisi pour travailler comme traducteur auprès des experts soviétiques de l’époque. Il connaît maintenant 7 langues ! L’arabe, le français, l’italien, l’allemand, le latin, le russe et bien sûr la langue copte, qui est une langue sémitique dérivée de l’égyptien ancien (égyptien démotique).

Elle est partiellement la langue liturgique des chrétiens d’Egypte. Mgr William attend encore 4 ans pour pouvoir être ordonné. Il a maintenant 28 ans, et il vient de terminer son service militaire. Il sera ordonné prêtre le 10 juin 1974 à la petite église de son village natal, Chanayna, sous le nom de P. Kyrillos William. Tout de suite après, on le demande pour faire partie du corps enseignant du grand séminaire de Maadi, où il assume plusieurs fonctions d’instructeur et d’administrateur.

Quelques années plus tard, il est élu recteur du séminaire. Et au cours de la quatrième année de son mandat de 6 ans, on le choisit pour être l’évêque d’Assiout, après la démission de l’évêque de l’époque qui avait 75 ans. Notons que l’éparchie d’Assiout correspond aux limites administratives actuelles du gouvernorat d’Assiout, soit de la ville de Dayrout (332 km au sud du Caire, à la ville de Sedfa (419 km au sud du Caire) dans la vallée du Nil. L’éparchie compte environ une cinquantaine de paroisses et 70 000 fidèles.

« Quand je suis arrivé à Assiout, je m’étais fixé deux objectifs : la formation et le développement humain. Au séminaire, j’avais acquis beaucoup d’expérience dans le domaine de la formation. Et je sentais qu’il était de mon devoir de transmettre une connaissance et une perception chrétienne ouverte et mûre, d’abord, pour mes frères et soeurs les curés et les religieuses et ensuite, pour les jeunes. Cette connaissance devait être accompagnée d’une formation sociale et humaine régulière dans les grands moments de l’année scolaire, comme les vacances de mi-année et de fin d’année », dit-il. Kyrillos William choisit en fait un thème par année, qui se traduisait par des activités sociales et spirituelles, accompagnées d’ateliers de travail destinés à diverses catégories sociales. Cependant, tout semblait s’arrêter durant le mois d’août, en raison du pèlerinage de la Vierge célébré à Dronka, une colline de la région qui fut la dernière station du séjour de la Sainte-Famille en Egypte, et qui accueille environ 2 millions de pèlerins.

« En ce qui concerne le développement humain, en 1990, on ne possédait aucune activité. J’ai studieusement observé les programmes de développement de Minya, notre éparchie voisine, et imitait les activités de Mgr Antonios Naguib, que nous considérons tous comme le pionnier de notre Eglise dans le domaine du développement humain. A cette époque, nous avons commencé avec 3 employés et un petit projet de 10 000 L.E. ». Et de fil en aiguille, les projets se sont multipliés pour inclure le développement économique, la protection maternelle et infantile, la santé, la formation des jeunes, l’émancipation de la femme et l’alphabétisation.

« Nous avons aujourd’hui 40 employés à plein temps, dont 37 femmes, et 400 à mi-temps. On s’est étendu jusqu’à travailler dans le domaine de l’agriculture. Nous travaillions aussi en coopération avec plusieurs organismes internationaux, comme Misereor (Allemagne), Catholic Relief Services (Etats-Unis) et OEuvre d’Orient (France) et des dizaines d’autres partenaires nationaux et internationaux », ajoute Mgr Kyrillos William. Il se souvient fièrement du projet gigantesque opéré pour secourir des centaines de familles de cette région qui avait énormément souffert des conséquences des pluies diluviennes catastrophiques de 1994. La coopération de son diocèse avec l’Association de la Haute-Egypte et Caritas avait pu sauver des centaines d’individus, toutes confessions confondues, du bétail et des terres agricoles. « Il faut travailler en groupe. Ce n’est pas facile, mais ça donne de meilleurs résultats ».

Mgr William prend une minute de silence et ajoute : « Il est très douloureux pour nous les chrétiens de voir arriver la Semaine Sainte, que nous considérons comme un moment spirituel fort de l’Eglise, et de priver les fidèles d’y participer. C’est une première pour moi. Je n’ai jamais célébré des messes ou des prières liturgiques sans la présence des fidèles. Nous acceptons cela et savons très bien que cette décision est survenue pour protéger nos fidèles du coronavirus. Les rencontres et les groupements sont dangereux et nous ne pouvons en aucun cas mettre des vies en danger de contamination. Nous faisons beaucoup d’efforts pour convaincre certains de nos fidèles dont l’enthousiasme spirituel dépasse la logique et le bon sens. Surtout en milieu rural. A ceux-là je leur demande de patienter. Faisons ce sacrifice ensemble, nous et eux, pour notre bien commun ».

Mgr William, qui se trouve souvent contraint de répondre à des questions du genre « Comment voulez-vous que l’on célèbre la fête de Pâques à la maison ? Impossible », répond que cela se fait partout dans le monde pour préserver l’humanité entière et pas seulement l’Egypte. « Soyez sûrs que nous ne sommes pas loin de vous. Vous êtes tous présents dans nos messes et nos prières. Nous implorons Dieu pour qu’Il vous garde de tout danger et qu’Il exauce toutes vos intentions. Vous ne quittez point nos pensées et sachez toujours que l’Eglise sans fidèles perd son sens ». Et d’ajouter : « Ne croyez surtout pas que cela est facile pour nous en tant que prêtres, évêques ou même pour le pape. Nous vivons en communauté et nous nous remplissons de spiritualité et de bonheur rien qu’en voyant les fidèles sur les bancs de nos églises participer à nos célébrations liturgiques. Mais il faut faire la part des choses. Le plus important maintenant est de préserver les vies et non pas de se retrouver ensemble (…) J’ai aussi une pensée très spéciale pour mes frères prêtres défunts du coronavirus. Ils ont témoigné d’un amour infini envers les malades et Dieu les récompensera. Que leur âme repose en paix ». Mgr William conclut : « J’espère que cette période va vite se terminer. Nous allons la supporter ensemble. J’ai hâte de rencontrer mes fidèles et mes partenaires. Nous avons beaucoup de travail qui nous attend » .

Jalons :

1946 : Naissance dans un petit village du gouvernorat d’Assiout (387 km au sud du Caire).

1955 : Entrée au petit séminaire de Tahta, Sohag (450 km au sud du Caire).

1969 : Etudes de théologie à l’Université pontificale Urbaniana à Rome.

1974 : Ordination comme prêtre dans son village natal à Assiout.

1981 : Fin de ses études bibliques à l’Institut pontifical biblique à Rome et obtention d’un doctorat en théologie biblique.

1986 : Nomination comme recteur du grand séminaire de Maadi.

1990 : A 44 ans, ordination comme évêque de l’éparchie d’Assiout, la plus grande de Haute-Egypte.

2012 : Nomination comme administrateur patriarcal des coptes catholiques.

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