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L'animatrice Nadia Larguet: Histoire de crever l’écran

Houda Belabd, Mardi, 11 juin 2013

Animatrice télé à la vingtaine, productrice de programmes dans la trentaine et écrivain à 40 ans. Nadia Larguet a énergiquement marqué le paysage audiovisuel marocain depuis les années 1990. Elle publie cette année son premier livre.

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Nadia Larguet est une ancienne animatrice marocaine qui avait réussi, lors des années 1990/2000, à concilier les adeptes du tout cliquable et du tout jetable avec leur petite lucarne. Un pari de haut calibre qu’elle a réussi avec brio à une époque où l’audiovisuel maro­cain fut surnommé « l’odieux-visuel » par les pédants du pays. En février dernier et plus exactement le jour de son 40e anniversaire, elle a sorti son premier livre intitulé Entr’Act, comme l’émission télé qui l’a révélée au grand public.

Ce livre est un assemblage de scènes de vie, de sourires, de moments inoubliables accouchés sur des photographies commen­tées … Elle y parle, à coeur ouvert, de son parcours et de ses moments de bonheur partagés avec les siens, ainsi qu’avec les célébrités du monde. Selon ses mots: « La sortie de ce livre a été une magnifique aventure. Mais honnêtement, je n’ai pas pensé le livre de manière à retra­cer ma vie ou mon oeuvre, ou encore à faire mon bilan. Sincèrement, je pense que c’est un beau cadeau que je me suis offert, et que j’offre indi­rectement à beaucoup d’autres per­sonnes puisque je compte verser la totalité des recettes à des associa­tions caritatives ».

Toutefois, force est de s’interroger sur le déclic d’un tel événement : « Un jour, je faisais le ménage chez moi et je suis tombée sur une boîte. Dedans, il y avait plein de photos de moi avec des vedettes de l’acabit de Laurent Gerra, Franck Dubosc, Gad Elmaleh et beaucoup d’autres. Je me suis dit que dans ma carrière télé, j’ai eu la chance de recevoir ou de croiser un grand nombre de célébri­tés et que ce serait dommage de laisser ces photos dans cet état. C’est en tombant sur une photo où je suis avec Gad Elmaleh à Essaouira en 1999 que le déclic a eu lieu. Il a eu la gentillesse d’accepter de me faire la préface du livre ».

Le livre Entr’Act renferme plu­sieurs parties, dont une consacrée au Festival International du Film de Marrakech (FIFM). Celle-ci occupe une place dominante dans cet ouvrage. « J’ai couvert cet événe­ment durant de nombreuses années. Chaque année, cela m’offrait des rencontres magnifiques qui m’ont véritablement marquée et enrichie sur le plan relationnel », affirme-t-elle. Pour beaucoup, elle est aussi une lady, une VIP du FIFM. Ce fes­tival dont son mari Nour-Eddine Saïl est, aujourd’hui, le directeur général.

Quelques figures emblématiques de la scène cinématographique égyp­tienne occupent, elles aussi, une belle place dans ce livre plein d’hommages et de témoignages de sympathie. Parmi celles-ci, il y a lieu de nommer le défunt Youssef Chahine, qui a déjà été invité par Entr’Act (l’émission). Pour Nadia : « Les célébrités égyptiennes sont de véritables stars! J’en connais per­sonnellement quelques-unes, à l’ins­tar de Poussy, Nour Al-Chérif, Elham Chahine et j’en passe ». Toutefois, sa relation avec la comé­dienne Yousra reste spéciale. En effet, elle se souvient d’avoir passé l’un de ses anniver­saires chez cette diva au Caire.

Un joli minois, une allure décontractée, un QI culminant et une créativité comme on n’en fait plus. La potion magique qui l’a littéra­lement propulsée au rang de starlette ne fut pas si compliquée qu’elle puisse en avoir l’air. De même, sa licence en histoire de l’art, option cinéma et audiovisuel, à l’Université Paris VIII explique si bien son talent. En un rien de temps, son émission cultu­relle Entr’Act a réussi à se tailler la part du lion des téléspectateurs de 2M, et est devenue l’émission phare de toute une génération de cinéphiles et de mélomanes au Maroc. Aujourd’hui, elle-même constate la décadence des émissions de ce registre : « Mes interviews avaient peut-être un ton très décontracté. Toutefois, elles étaient très travaillées. D’ailleurs, le plus beau compliment que l’on m’a fait à l’époque, c'était que les spectateurs pensaient que l’émission s’enregistrait à l’étranger. Le public croyait que toutes les semaines, je pre­nais l’avion et que j’allais à la rencontre de célébrités étrangères. Une vraie nostalgie aujourd’hui quand j’allume la télévi­sion et que je ne retrouve plus tout cela ». De plus, bon nombre de Marocains et d’étrangers avouent avoir coupé le cordon avec la deu­xième chaîne marocaine après son départ.

Heureusement, en 2004, Nadia a réussi à garder « un pied » à la télé­vision marocaine même si elle a, comme on dit, changé de cap pour se diriger vers le monde de la produc­tion audiovisuelle. Cependant, elle est restée fidèle à ses penchants culturels à la fois juvéniles et andra­gogiques. Histoire de garder le lien avec cette génération qui la chéris­sait tant, et ce, cette fois-ci, sur les deux premières chaînes publiques marocaines. Mais bien juste avant de troquer l’animation contre la produc­tion, elle avait réalisé l’un de ses rêves les plus … sages !

« J’ai arrêté d’abord Entr’Act parce que je voulais passer à autre chose. Je trouvais que j’avais fait le tour dans ce style-là. J’avais remar­qué qu’il n’y avait aucune émission sur 2M (ndlr: la deuxième chaîne marocaine) avec une bande de chro­niqueurs. Je me suis alors dit que ça pourrait être sympa de le faire. Nous étions les premiers à proposer ce type d’émission à l’époque et à imposer un chroniqueur subsaha­rien. J’y tenais absolument parce que je trouvais que c’était représen­tatif du brassage ethnique dans les rues marocaines. C’est donc naturel­lement que j’ai animé Bande à part, ma deuxième émission télévisée. Par la suite, j’ai enchaîné vers la pro­duction », se souvient-elle.

Curieusement, Nadia n’arrête pas de multiplier ses retours. En effet, sa dernière émission produite date de l’année dernière. « Ma soeur et moi avons produit Diasporama, une série de portraits de Marocains résidents à l’étranger. C’était la première col­laboration des soeurs Larguet. Je suis très contente de la première saison, surtout que cela a été diffu­sée en plein Ramadan sur 2M et que l’émission était en français. Elle était sous-titrée en arabe, bien sûr, mais aussi adaptée aux malenten­dants, je tiens à le signaler parce que c’est une première. J’espère aussi pouvoir coproduire une deuxième saison », ajoute-t-elle

Nadia Larguet dérange. Nadia Larguet plaît. Ce qui est sûr, c’est que nul ne peut l’ignorer. Même pas les islamistes radicaux du Maroc qui la trouvent « occidentalisée », comme si c’était une honte de l’être. Décidément, c’est la témérité de cette femme de la télévision qui manque atrocement à ses admirateurs. En effet, parler de Nadia Larguet, c’est surtout parler de son franc-parler et de son audace qui dérangeaient quelques-uns, mais qui plaisaient à tant d’autres. Faisant partie de la jeu­nesse dorée du pays, cette Franco-marocaine (française de mère) et lauréate du prestigieux Lycée Descartes à Rabat ne pouvait et ne peut qu’être elle-même. Elle ne fai­sait, pourtant, qu’appeler un chat un chat. Quand elle exhortait les jeunes Marocains à s’amuser, mais sans oublier de se protéger, elle ne parlait certaine­ment pas des UV mais des préserva­tifs. En 2003, pour lever le voile sur ce non-dit, elle a ouvertement invité les jeunes — dans un épisode de Bande à part — à utiliser « les préservatifs » au cours de leurs relations sexuelles prénup­tiales pour échapper aux MST! Ce fut, alors, la première célébrité maro­caine à franchir ce pas. Chose qui n’a pas laissé les médias marocains sans avis …

Quelques années plus tard et plus exactement en 2009, alors qu’elle était enceinte de 8 mois, elle a posé en tenue d’Eve pour le magazine Femmes du Maroc. Ce fut, alors, une première dans le monde arabe de voir une couverture à la Demi Moore, mais d’une Marocaine, le ventre à l’air, couvrant sa poitrine de ses deux mains. Mais quels que soient son aplomb et la richesse de ses fulgurances, Nadia Larguet ne laisse personne indifférent. La presse marocaine, elle, tour à tour, la glori­fie, critique son côté rebelle, un tant soit peu provocateur, ou feigne de l’ignorer. Quoi qu’il en soit, beau­coup voulaient et veulent encore lui ressembler …

Cependant, la célébrité a un prix. Ne serait-ce que ces potins racontés ici et là. Car des rumeurs à son égard, il y en a à en construire des châteaux de sable, voire à en réaliser de très longues telenovelas mexi­caines. Tantôt elle est accusée d’avoir dragué Nour-Eddine Saïl, son ancien directeur général à 2M (alors qu’ils se sont aimés et mariés en adultes consentants). Tantôt elle est la Marocaine qui se prend pour une Française (alors qu’elle est Franco-marocaine tout simplement). Mais quoi qu’on dise, elle avance le coeur léger, sans remords ni rancune et surtout, sans prendre le temps de commenter ces racontars.

Jalons :

1973 : Naissance à Rabat (Maroc).

1992 : Baccalauréat au Lycée Descartes, Rabat (Maroc).

1996 : Licence en histoire de l’art. Option cinéma et audiovisuel à l’Uni­versité Paris VIII (France).

1997 : Rejoint l’équipe de la deuxième chaîne marocaine 2M.

2004 : Premiers pas dans l’univers de la production.

2012 : Emission Diasporama avec sa soeur.

2013 : Publication de Entr’Act, son premier livre, aux éditions Art Point.

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