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Darine Hamzé: En pleine ascension

Mireille Bridi, Mardi, 21 mai 2013

Joignant charisme à grand talent, la vedette libanaise du grand écran Darine Hamzé a tracé sa voie, enrichie de belles expériences acquises tôt sur les planches ou à la télévision, au Liban comme à l’étranger. Dans son dernier film Betroit, elle s’attaque à la violence exercée contre la femme orientale.

Darine Hamzé
La vedette libanaise du grand écran Darine Hamzé

Avec plus d’une dizaine de films à son actif et encore plus d’une douzaine de feuilletons télévisés, entre autres, la jeune comédienne libanaise, Darine Hamzé, estime qu’il reste encore beaucoup à faire, même si ses deux récents films, Beirut Hotel et Betroit, ont marqué un tournant dans sa carrière. « Beirut Hotel m’a ouvert grand les portes de l’étranger, dit-elle. J’ai actuellement des agents en Europe. Betroit de Adel Serhane est mon 4e film libanais. Il a obtenu un prix au Festival libanais du cinéma et de la télévision. Betroit est une contraction des deux termes Beyrouth et Detroit, vu qu’il a été tourné entre Beyrouth et Detroit, il traite d’une cause sociale cruciale et universelle : la violence exercée contre la femme, qui est toujours récurrente ». Projeté actuellement dans les salles libanaises, le film établit une comparaison entre une femme libanaise, Leila (incarnée par Darine), victime de violence dans son foyer, et une autre victime américaine. Cette dernière, à la différence de Leila, bénéficie de la protection de l’Etat qui lui accorde tous ses droits. « Betroit, ajoute Darine, est un cadeau offert à toutes les femmes victimes de la violence et un message adressé aux responsables pour élaborer ou du moins modifier les lois existantes en faveur des droits de la femme. C’est aussi un message adressé à la famille, car tout commence au sein de la famille. L’influence des parents est inéluctable ».

Le cinéma iranien, lui, a aussi ouvert la voie. « J’en suis à mon septième film iranien que j’interprète en langue persane », dit-elle, ajoutant : « Je retiens mon rôle par coeur, en persan, et je l’interprète ». En 2009, le film Book of Law l’a fixée définitivement sur la carte du cinéma de l’élite. Et prochainement, Betroit sera projeté à Dubaï, aux Etats-Unis, au Canada et en Australie. Pourquoi pas en Egypte ? « L’Egypte occupe une place importante dans mon coeur. C’est le berceau du cinéma arabe. J’aimerais bien voir la paix et la prospérité régner à nouveau dans ce pays qui a donné naissance à la belle industrie cinématographique. Nous avons grandi et adoré les films égyptiens qui nous ont fait tant rêver. Le peuple égyptien est bon et sympa. D’ailleurs, j’ai joué deux rôles principaux dans les deux feuilletons égyptiens Khoutout hamra et Zay al-ward, diffusés actuellement sur OSN et LBC satellite ; le public les a beaucoup aimés ». Et d’ajouter : « Je compte toujours de nombreux amis là-bas, à l’instar des comédiens Ahmad Al-Saqqa et le réalisateur Saad Hindawi ».

Si Darine parle de la sorte, c’est parce qu’elle est consciente du fait que la paix est essentielle dans tous les pays. Elle appartient à cette génération de jeunes qui a beaucoup souffert de la guerre civile au Liban. Et cela, elle ne l’a pas oublié. « En raison de la guerre civile au Liban, dit-elle, j’ai été contrainte de voyager, avec mes deux frères à Bath, en Grande-Bretagne, pour suivre mes études à l’International School of Choueifate. J’avais huit ans. Nous étions pensionnaires dans cette école, et nous ne nous réunissions en famille que durant les fêtes de Noël et les vacances d’été en France ».

Darine est née au Liban, à Souk el Gharb, une région très mouvementée et dangereuse à cette époque. Son père, ingénieur en aéronautique, et sa mère, diplômée en architecture d’intérieur, ont préféré offrir à leurs enfants un environnement calme et serein loin des bombardements et des déplacements continuels. Son séjour à Bath a été bénéfique pour elle puisqu’elle y a découvert, sur les bancs de l’école, le théâtre shakespearien et elle en a profité pour participer à toutes les pièces données à l’école. Ce fut la bonne base reçue sur la scène théâtrale et qui lui a donné plus tard cette assurance dans l’interprétation de ses rôles.

A la fin de la guerre civile, Darine rentre au Liban et poursuit ses études. En 1996, elle est admise à l’Académie des beaux-arts de l’Université libanaise, département de théâtre. Elle agrémente ses cours théoriques de divers rôles dans les feuilletons, chante et participe à des festivals de marionnettes et dans des ateliers à l’étranger. En 2001, elle obtient son BA en art théâtral de l’Université libanaise et reçoit le premier prix de l’Academic Excellence Awards pour son film de promotion Flat, Pale, White Hands, un court métrage qui sera diffusé en récompense sur la chaîne télé Future TV. L’année suivante, elle se découvre des talents de poète et publie à Londres, sur le Web, son recueil Poetry Art Book 7am Blink. Quelle carrière aurait-elle choisi entre ces trois passions, le théâtre, le cinéma ou la poésie ? « Mon apprentissage je l’ai fait au théâtre, j’adore le grand écran et mon esprit est en étroite relation avec la poésie », répond-elle spontanément.

Bûcheuse, dynamique et ambitieuse, Darine décroche en 2003 un MA en Media Arts Practice de l’Université de Westminster à Londres et enseigne au Liban l’histoire du théâtre, le Non Linear Editing, l’Introduction to Acting et le Political Media Planning et Mass Communication dans les universités libanaises, à l’AUB, l’AUST, l’Université antonine et la LIU. Mais son premier et dernier amour demeure le cinéma qui lui colle à la peau. Si bien qu’on confond parfois entre Darine l’actrice et Darine la personne. Elle est merveilleusement la même, au cinéma comme au naturel. Pareille et égale à elle-même, sans manières ni artifice.

De son allure sportive, en jean et chemise fleurie, des cheveux mi-longs et lisses et une large mèche couvrant le front, souriante, patiente, enthousiaste et déterminée, Darine a un style qui lui est propre. Elle interprète ses rôles avec une spontanéité remarquable au point que l’on se demande d’où lui vient cette force cachée. Elle est en effet capable de jouer tous les rôles et d’incarner tous les personnages. Et a même été l’une des rares artistes libanaises à avoir joué des scènes jugées « audacieuses », comme dans Beirut Hotel. Le regrette-t-elle ? « Pas du tout, réplique Darine. Je suis une comédienne professionnelle à l’échelle internationale et je prouve mon talent en interprétant les rôles les plus difficiles. Les études et l’expérience que j’ai acquises à travers mes rôles et les divers métiers que j’ai exercés au cinéma, sur le petit écran et dans les différentes universités ont consolidé ma maîtrise des techniques. On apprend de ce qu’on fait », assure-t-elle

Et maintenant, quels rôles aimerait-elle jouer ? « Eh bien maintenant, je trie et je choisis minutieusement ce qui me convient. Je lis beaucoup de scénarios et je refuse de nombreux rôles qui ne constituent pas un plus à ma carrière. Point de rôles à répétition qui ne contribuent pas à mon plein épanouissement, lance-t-elle. J’aime les rôles complexes qui exigent du talent et qui me posent un défi ».

N’empêche que dans sa vie quotidienne, Darine, à l’instar de tous les jeunes de son âge, pense aussi au mariage et aux enfants. Mais pour elle, « le mariage est sérieux et sacré. Il doit être bâti sur le respect et l’accord mutuels. C’est à partir de ces sacro-saints principes que l’amour s’épanouit », remarque-t-elle. L’amour seul ne suffit donc pas. De même, concernant les enfants, Darine estime qu’il faut « leur consacrer une attention totale du point de vue éducation, études, pour assurer leur plein épanouissement ». Ainsi, égale à elle-même, Darine mène normalement et joyeusement sa vie partagée entre son travail, le yoga et son sport favori, le jogging en hiver et la natation en été. « Je m’entraîne aussi régulièrement au club du tir à Adma. Je fais du tir au pigeon », dit-elle en souriant, avant de partir rejoindre ses amis à dîner. Et d’ajouter : « Je raffole de taboulé et de sushis. La cuisine libanaise et celle nippone sont toutes deux succulentes et saines ». Si elle adore son Liban, elle ne peut s’empêcher de faire régulièrement des sauts en Europe, en France, en Grande-Bretagne et en Espagne particulièrement. Elle rêve d’un Liban « modèle de la Suisse de l’Orient, d’un Etat de droit régi par des réglementations sévères et sérieuses. D’un pays bien irrigué, illuminé 24h sur 24 », remarque-t-elle. Autant de rêves pour son pays, pour la femme libanaise et arabe d’acquérir ses droits civils aux côtés de ses droits religieux. « J’aimerais dire aussi aux Libanais de rester à l’écart des dissensions confessionnelles car dans la guerre, il n’y a jamais de vainqueur, il n’y a que des vaincus. Il ne faut donc pas aller au suicide au ralenti. Notre pays est notre unique refuge, vivons-y comme ont vécu nos ancêtres avant nous ». A bon entendeur …

Jalons :

5 juillet 1978 : Naissance à Souk el Gharb (Liban).

1989-1991 : Etudes à l’International School of Choueifate (ISC) à Bath

(Grande-Bretagne).

2001-2002 : BA en Theatre Arts de l’Université libanaise.

2002 : Publication à Londres de son recueil de poèmes sur le Web,

Poetry Art Book 7am Blink.

2003-2005 : MA en Media Arts Practice à l’Université de Westminster (Londres).

2006 : Rôle aux côtés de son idole Faïrouz, dans la pièce Sah al-nom,

au Festival international de Baalbeck (Liban).

2011 : Projection de Beirut Hotel de Danielle Arbid.

2013 : Projection de Betroit de Adel Serhane

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