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Ahmad Zakariya Al-Cheleq : Dans toute interprétation, il faut se référer à la raison et aux exigences de la vie moderne

Rasha Hanafy, Mardi, 03 février 2015

Le renouvellement du discours religieux est l’un des principaux thèmes débattus dans les colloques en marge de la 46e Foire du livre du Caire. Ahmad Zakariya Al-Cheleq, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Aïn-Chams, propose la révision des manuels scolaires aussi bien que le discours des prédicateurs.

Ahmad Zakariya Al-Cheleq,

Al-ahram Hebdo : La 46e édition du Salon du livre du Caire cette année a mis à l’honneur l’imam Mohamad Abdou (1849-1905), un pionnier de la réforme religieuse de l’Histoire moderne. D’après vous, comment voyait-il le renouvellement du discours religieux ?

Ahmad Zakariya Al-Cheleq : Mohamad Abdou était le grand imam d’Al-Azhar et a également occupé la fonction du grand mufti d’Egypte jusqu’à sa mort en 1905. Il jugeait que le discours religieux était non seulement plein de mythes et d’illusions mais qu’il était surtout hostile à l’ijtihad (l’effort de réflexion). Abdou était soucieux de renouveler ce discours pour qu’il s’accorde avec la civilisation moderne. Contre l’ancienne interprétation des textes religieux, il proposait une nouvelle lecture qui favorise la raison. Il était convaincu que l’ancienne interprétation était liée aux anciennes traditions et civilisations, et qu’une nouvelle interprétation devait être basée sur l’évolution de la vie. Il plaidait pour l’élimination de tout ce qui est susceptible de diviser les musulmans. Aujourd’hui encore, on a besoin de cette logique. Dans toute interprétation, il faut se référer à la raison et aux exigences de la vie moderne. Et ce, parce que la science et la raison sont deux bases principales de l’islam. Avant Mohamad Abdou, le monde musulman dépendait en premier lieu d’interprétations et de textes archaïques.

— Ne pensez-vous pas que le renouvellement du discours religieux exige également un renouvellement de la pensée en général ?
— Bien sûr. Le discours religieux est un moyen pour transmettre le message des textes et de la pensée religieuse. Il s’agit d’un discours culturel qui exige avant tout un renouvellement de la culture en général. Parce que quand on parle de la réforme, c’est l’interprétation et la lecture qui sont en jeu, pas les textes sacrés, et cela suppose une évolution de la pensée et de la culture des croyants. Il serait donc indispensable de réviser les textes étudiés dans les lycées, les universités et les institutions religieuses. Il faut également revoir le système de formation des imams et des prédicateurs, pour qu’ils puissent communiquer le bon message aux fidèles.

— Dans quelle mesure les institutions de l’Etat sont-elles concernées ?
— A mon avis, le ministère de la Culture assume une grande responsabilité. C’était une bonne décision de rééditer les ouvrages de grands savants de l’islam, notamment ceux qui encouragent l’ijtihad, comme Mohamad Abdou, Moustapha Abdel-Razeq, Mahmoud Chaltout et Al-Maraghi. Mais cela n’est pas suffisant. Il faut que le ministère de l’Education purifie les programmes scolaires de tout ce qui relève de la superstition, pour faire place à une explication simple et claire de la religion. La même chose pour les facultés et les institutions religieuses, dont Al-Azhar. Les études dans ces institutions ne doivent pas être exclusivement religieuses. Les étudiants d’Al-Azhar par exemple, doivent étudier les arts, les lettres, l’histoire et les sciences humaines. C’est une responsabilité que doivent partager les ministères de la Culture, de l’Education, de la Jeunesse et Al-Azhar.

— Pensez-vous que l’appel à la réforme lancé par le président de la République soit suffisant pour initier un mouvement dans ce sens ?
— L’appel à renouveler le discours religieux est beaucoup plus ancien. Je pense que le président a vu qu’il était temps de concrétiser cet appel vu le contexte actuel où les pires brutalités sont commises au nom de la religion. Mais on doit réaliser qu’un tel projet demande beaucoup d’effort, et beaucoup de temps ... l

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