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Mohamad Abdel-Fattah : Il était très difficile pour moi de travailler en Egypte 

Doaa Badr, Mardi, 06 janvier 2015

Le lutteur gréco-romain, Mohamad Abdel-Fattah (Bougui), 36 ans, champion du monde 2006, entame une carrière d'entraîneur en signant un contrat de 2 ans avec la Fédération américaine de lutte pour entraîner sa sélection nationale. Entretien.

Mohamad Abdel-Fattah
Mohamad Abdel-Fattah, lutteur gréco-romain et champion du monde 2006. (Photo : Mohamad Moustapha)

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi avez-vous décidé d’arrêter le jeu et d’entamer une carrière d’entraîneur ?

Mohamad Abdel-Fattah: Aujourd’hui, à 36 ans, j’ai remporté le titre de cham­pion du monde, décroché un bon nombre de médailles internationales et disputé 4 éditions des Jeux Olympiques (JO) en commençant par les JO de Sydney 2000 jusqu’à ceux de Londres 2012. Ma car­rière en tant qu’athlète est longue. La seule raison qui m’a poussé à poursuivre cette carrière était mon rêve de rempor­ter une médaille olympique, mais après mon échec lors des derniers JO de Londres 2012, j’ai décidé d’arrêter le jeu et de commencer une nouvelle car­rière d’entraîneur.

— Comment s’est nouée votre rela­tion avec la Fédération américaine de lutte ?

— Je réside aux Etats-Unis depuis des années pour m’ent raîner avec la sélec­tion américaine. Mon premier séjour aux Etats-Unis remonte à 2005 après les JO d’Athènes 2004. Grâce à mon entraî­nement dans ce pays, j’ai pu remporter la médaille d’or aux Mondiaux 2006. En 2010, je suis retourné une autre fois aux Etats-Unis pour un stage de prépa­ration avant les JO 2012, et c’est à cette époque que j’ai commencé à aider l’en­traîneur américain. Officiellement, j’ai commencé ma mission en tant qu’en­traîneur après les JO 2012. La Fédération américaine a changé l’encadrement technique de la sélection et j’étais parmi les candidats pour devenir entraîneur de l’équipe de lutte gréco-romaine. Comme je n’avais pas de grande expérience, la Fédération a signé avec moi un contrat de six mois seulement pour évaluer mon niveau après les Championnats du monde qui se sont déroulés en sep­tembre 2014. Après avoir réalisé une bonne performance aux Mondiaux en décrochant une médaille et plusieurs bons classements, la Fédération améri­caine a signé avec moi un contrat de deux années d’ici jusqu’aux JO de Rio de Janeiro en 2016.

— Comment vous sentez-vous après avoir été désigné entraîneur aux Etats-Unis ?

— Je me sens totalement à l’aise. Le fait de résider aux Etats-Unis depuis des années m’a beaucoup aidé. Avant de prendre en charge cette équipe, je me suis marié avec une Egyptienne. Je vis avec ma petite famille dans un apparte­ment près du Centre olympique de Colorado Spring, lieu d’entraînement des lutteurs. Les responsables ne lési­nent sur aucun moyen pour me faciliter la tâche. La vie se passe bien en général. je ne vous cache pas qu’il y a des gens qui ne veulent pas de moi ici, mais grâce à la bonne organisation et au sys­tème parfait, tout ira bien.

— Que pensez-vous du système d’entraînement aux Etats-Unis ?

— Il y a une bonne organisation, de la flexibilité dans le travail et des facilités. L’entraînement se fait au Centre de Colorado Spring, l’un des meilleurs au monde. Il est équipé des meilleurs équi­pements. Tout est disponible afin de travailler convenablement. De plus, les meilleures nations du monde organisent leurs camps de préparation chez nous, ce qui nous permet de fréquenter les meilleurs du monde. Aux Etats-Unis, le système est ferme et s’applique à la lettre. Chacun est responsable de son travail. Quand je prépare un programme, personne n’intervient. Il s’applique à la lettre sans aucun retard. Ce qui est tout à fait différent en Egypte.

— Quels sont vos objectifs dans la période à venir ?

— Mon premier but est de remporter plusieurs médailles aux Mondiaux 2015. Ensuite, mon objectif principal avec la sélection américaine est de décrocher plusieurs médailles olym­piques aux JO 2016. Pour réaliser cela je travaille beaucoup sur les points faibles des Américains. Physiquement, ils sont excellents mais ils ont besoin de bonnes techniques. En effet, les Américains s’améliorent grâce au sys­tème de travail.

— Pensez-vous entraîner un jour la sélection égyptienne de lutte ?

— Au moment où j’étais en négocia­tion avec la Fédération américaine, je rencontrais les responsables de la Fédération égyptienne. Mais j’ai préféré commencer ma carrière d’entraîneur avec les Américains. Après avoir vécu en Egypte, et après avoir beaucoup souf­fert en tant que lutteur à cause de la mauvaise organisation, l’intervention de tous les responsables et la non-applica­tion des programmes, il était très diffi­cile pour moi de travailler en Egypte dans ces conditions. Je rêve bien sûr de retourner en Egypte et d’aider mon pays, mais en tant que responsable: président de la Fédération égyptienne par exemple

— En tant qu'entraîneur, pensez-vous que la lutte égyptienne puisse remporter une médaille olympique en 2016 ?

— Bien sûr. Les lutteurs égyptiens sont parmi les meilleurs du monde, ils sont très talentueux et doués. En fait, ils sont doués par nature, et ils ont besoin d’un bon programme de préparation et un bon système d’entraînement, afin de progres­ser. Il existe plusieurs athlètes capables de décrocher une médaille aux JO de Rio de Janeiro. En tête de la liste figure le nom du meilleur lutteur égyptien, Karam Gaber, champion olympique 2008 et vice-champion olympique 2012. Gaber est un lutteur qui jouit d’un talent extra­ordinaire qui est un don de Dieu. Grâce à sa technique très élevée, sa souplesse, sa vitesse, son âme de fer et son expérience due à son âge, 36 ans, il est favori pour monter sur le podium olympique en 2016. Il faut savoir que ce qu’il a réalisé à Londres 2012 était une grande surprise pour tout le monde. Il est encore capable de réaliser de nouvelles surprises. Les autres lutteurs, tels Hayssam Fahmi, Ahmad Osmane et Tareq Abdel-Salam, sont très jeunes et ont besoin d’acquérir de l’expérience.

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