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Mounir Fakhri Abdel-Nour : Un accord de libre-échange ne signifie pas une ouverture du marché sans contrôle

Névine Kamel, Lundi, 22 septembre 2014

Lors de sa visite la semaine dernière en Russie, le ministre de l'Industrie, du Commerce et des Petites et moyennes entreprises, Mounir Fakhri Abdel-Nour, s’explique sur l’accord de libre-échange dont il est question de conclure avec ce pays, et parle des investissements russes.

Mounir Fakhri Abdel-Nour
Mounir Fakhri Abdel-Nour (Photo : Névine Kamel)

Al-Ahram Hebdo : Votre visite en Russie était en premier lieu écono­mique, mais il s’agissait aussi de transmettre un message politique, surtout que votre visite est intervenue quelques jours avant celle du président Sissi aux Etats-Unis. Quel est le message que vous avez voulu transmettre ?

Mounir Fakhri Abdel-Nour : Toute relation économique forte cache des intérêts politiques. C’est normal. Ce sont les intérêts com­muns qui garantissent la réussite d’une coopération économique. Pour ce qui est de la date de la visite, notre but était d’assister à l’inauguration de l’exposition inter­nationale des produits alimentaires qui a eu lieu du 15 au 18 septembre. Cependant, la visite visait aussi à transmettre un message clair aux Russes, à savoir que l’Egypte est l’amie de la Russie, qu’elle salue toute coopération bilatérale et ne se plie pas aux pressions internatio­nales.

Elle veut en plus profiter de l’ex­pertise russe pour restructurer cer­tains secteurs de l’industrie égyp­tienne, mais aussi pour explorer les nouvelles alternatives en matière d’énergie renouvelable. La stabilité politique en Egypte et l’améliora­tion de l’environnement des affaires sont un autre message aussi impor­tant que nous avons voulu trans­mettre au cours de cette visite, afin de gagner la confiance de la société des affaires, et je crois que nous avons réussi dans cette mission. Une cinquantaine d’entreprises russes se rendront en Egypte à la mi-octobre, pour chercher des par­tenariats et des opportunités d’in­vestissement.

— Dans son dernier rapport publié la semaine dernière, la Cnuced recommande surtout aux pays du tiers monde de s’orienter vers d’autres pôles que les pays développés. Pourquoi l’Egypte ne suit-elle pas de telle stratégie ?

— L’organisation onusienne a appelé à renforcer les liens com­merciaux avec les pays en voie de développement, à varier les parte­naires commerciaux et à s’orienter vers d’autres pôles que les pays développés, en Asie et en Afrique. Mais il est très important pour l’Egypte de diversifier ses parte­naires économiques actuellement. Cela ne nous empêche pas de nous adresser aux pays africains et asia­tiques.

Ces pays possèdent un vrai poten­tiel de croissance. Mais cet avan­tage ne peut pas compenser nos relations avec les pays développés. En fait, les deux partenariats se complètent. Si les pays africains représentent un terrain fertile pour les exportations de l’Egypte, nous devons également prendre en consi­dération que ces marchés ont égale­ment une capacité limitée, si nous les comparons aux pays dévelop­pés. Ces derniers ne réalisent actuellement qu’un taux de crois­sance maximum de 3%, mais cela est dû à la saturation de leurs éco­nomies. Ces pays ont suffisamment crû et sont arrivés à leur maximum. Mais, ils demeurent toujours parte­naires essentiels et de poids pour l’Egypte. Ils absorbent une bonne partie des exportations égyptiennes et représentent un partenaire de poids du point de vue de l’investis­sement et de la technologie. L’Egypte doit être présente sur tous les fronts.

— L’Egypte entame des négo­ciations au sujet d’un accord de libre-échange avec la Russie. Certains affirment que ce genre d’accord réalise davantage les intérêts des pays développés. Qu’en pensez-vous ?

— Signer un accord de libre-échange avec la Russie ne veut pas dire que nous allons ouvrir le mar­ché égyptien sans contrôle devant les biens russes. Cela ne veut pas dire non plus protéger les intérêts du partenaire russe aux dépens des intérêts du marché local. L’Egypte a gagné une bonne expérience lors des négociations sur l’accord de partenariat conclu avec l’Union européenne, ce qui lui permet de protéger ses intérêts. De même, les structures des deux marchés se complètent et ne se contredisent pas, et cela donne un privilège à l’accord de partenariat. La Russie excelle en matière d’énergie, d’in­génierie, de produits métallur­giques, d’armement, etc. Bref, les industries lourdes. L’Egypte, par contre, a de l’expérience dans les produits agricoles. La différence du climat entre les deux pays donne à l’Egypte un autre atout.

— L’accord de libre-échange entre l’Egypte et la Russie inclu­ra-t-il l’importation du blé de ce pays ?

— Un accord de libre-échange avec la Russie aura sans doute des effets positifs sur la livraison du blé. C’est normal. Un tel accord nous donnera une priorité dans l’importation et le remboursement. Nous n’avons pas encore déterminé les articles de l’accord. Or, le blé aura sans doute une bonne place dans celui-ci.

— Les investissements russes en Egypte sont très limités et se chif­frent à 70 millions de dollars. Comment l’Egypte peut-elle aug­menter ce chiffre ?

— Tous les représentants et les hommes d’affaires russes que nous avons rencontrés ont montré leur intérêt à investir en Egypte. Nous les avons invités à assister au som­met économique qui aura lieu au mois de février prochain et ils ont confirmé leur participation. De même, nous avons finalisé les pro­cédures concernant la création d’une zone industrielle russe dans le cadre du projet de développe­ment du Canal de Suez. Une telle zone permettra une hausse et une diversification des investissements russes en Egypte.

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