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Moatazbellah Abdel-Fattah: « Les révolutions passent par cinq phases avant que la situation ne se stabilise »

Dina Darwich, Lundi, 20 janvier 2014

Le chercheur et l’intellectuel Moatazbellah Abdel-Fattah, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire et à l’Université Michagan aux Etats-Unis, décrypte les deux expériences révolutionnaires. Interview.

Moatazbellah Abdel-Fattah
Moatazbellah Abdel-Fattah

Al-Ahram Hebdo : La révolution du 30 juin a-t-elle balayé ce qui a été réa­lisé le 25 janvier ?

Moatazbellah Abdel-Fattah : Non, car les deux révolutions se complètent. La révolu­tion du 30 juin a propulsé une vague de révolutionnaires plus importante que celle du 25 janvier. Une situation qui ressemble à celle qui s’est déroulée en Russie qui a pro­voqué au mois de février 1917 un soulève­ment qui a entraîné la chute de l’Empire. Le pays a traversé une transition chaotique. Puis une autre vague révolutionnaire a eu lieu le mois d’octobre de la même année, connue sous le nom de la Révolution bol­chevique qui a ramené Lénine au pouvoir.

D’ailleurs, la Révolution française a duré environ 8 décennies avec des révoltes plus ou moins continues avant d’accéder à la stabilité.

— Mais certains accusent les manifes­tants présents durant la révolution du 30 juin de feloul qui se sont infiltrés dans leurs rangs ?

— A chaque révolution, les gens pré­sents sur la scène politique sont répartis en 4 catégories : les rebelles qui guident le mouvement révolutionnaire, les réforma­teurs qui tentent de tirer profit des fruits de la révolution en établissant des réformes législatives, les conservateurs (une grande partie du peuple que l’on a surnommée en Egypte Hezb al-canaba) et ceux à l’esprit rétrograde qui refusent tout changement. Souvent, ces derniers et les conservateurs se rangent dans le même camp car ils ont peur de l’effondrement des institutions de l’Etat. Mais les conservateurs peuvent y participer s’ils sont convaincus qu’ils vont tirer profit de leur participation. C’est ce qui s’est passé le 25 janvier. Les révolu­tionnaires, les réformateurs et les conser­

vateurs étaient tous dans le même camp. Le 30 juin, un miracle a eu lieu. Morsi a réussi à rassembler ces trois camps, et pour la première fois de l’Histoire, ceux qui n’avaient pas participé à la révolution du 25 janvier ont rejoint les autres pour revendiquer son départ.

— Pouvez-vous analyser l’avenir des deux révolutions ?

— Je pense que 2014 sera une année décisive. Nous traversons en ce moment-là une période transitoire qui suit souvent toute révolution où le chaos est le trait dominant. Mais c’est un passage obligé pour récolter les fruits de cette révolution. Souvent, les révolutions passent par cinq phases avant que la situation ne se stabilise. La première phase consiste à détruire l’ancien régime, la phase des rêves romantiques de la révolution, la troisième est celle de la fondation des institutions, puis c’est la phase de la réalité révolutionnaire, et le cycle se poursuit par la maturité des institutions de l’Etat. Depuis 3 ans, l’Egypte n’a traversé que les deux premières phases.

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