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Alaa Youssef : La profondeur des relations égypto-françaises se manifeste dans le dialogue constant et riche entretenu par les deux pays

Nevine Kamel , Mercredi, 10 juillet 2024

Alaa Youssef, ambassadeur d’Egypte à Paris, revient sur les relations entre l’Egypte et la France liées par un partenariat solide et à multiples dimensions.

Alaa Youssef

Al-Ahram Hebdo : A l’occasion du centenaire de la première représentation diplomatique égyptienne à Paris, comment évaluez-vous les relations entre l’Egypte et la France, qui se caractérisent par une longue histoire d’amitié et de confiance mutuelle ?

Alaa Youssef : Les relations entre l’Egypte et la France sont marquées par une histoire riche et une coopération profonde. Depuis l’ouverture de la première mission diplomatique égyptienne à Paris en 1924, nos relations ont évolué de manière significative au fil des années. La profondeur de ces relations se manifeste chaque jour dans le dialogue constant et riche que les deux pays entretiennent à tous les niveaux, aussi bien dans les domaines politique, économique et sécuritaire que dans les dossiers culturels, qui resteront à jamais un socle essentiel de cette relation historique unique. L’Egypte et la France ont construit ensemble des partenariats solides dans tous les domaines, démontrant ainsi la force de notre amitié et notre engagement réciproque à promouvoir la paix, la stabilité et le développement durable.

— Comment évaluez-vous l’évolution des relations égypto-françaises au cours des dix dernières années, en particulier depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah Al-Sissi en 2014 ? Et dans quelle mesure la relation personnelle étroite entre le président égyptien et le président français a-t-elle permis de renforcer la coopération bilatérale et de porter les relations au niveau d’un partenariat stratégique ?

— Depuis l’arrivée au pouvoir du président Abdel Fattah Al-Sissi en 2014, les relations entre l’Egypte et la France ont connu un véritable essor. En effet, au cours de ces dix dernières années, nos deux pays ont intensifié leur coopération dans tous les domaines stratégiques, ce qui a considérablement consolidé notre partenariat. En plus, les nombreuses visites réciproques de haut niveau ont renforcé davantage cette dynamique, témoignant de l’importance stratégique que nous accordons à cette relation bilatérale.

En effet, la relation personnelle étroite entre le président Abdel Fattah Al-Sissi et le président Emmanuel Macron a été déterminante dans le renforcement de notre coopération bilatérale et a permis de créer un climat de collaboration bénéfique pour nos deux nations. L’amitié, le respect et la confiance mutuelle entre les deux chefs d’Etat ont sans aucun doute facilité la mise en oeuvre de nombreux projets communs, accéléré les négociations sur des questions stratégiques et permis une coordination efficace sur des dossiers régionaux et internationaux.

— Quels sont les principaux domaines de coopération bilatérale entre l’Egypte et la France à l’heure actuelle ?

— Actuellement, les principaux domaines de coopération bilatérale entre l’Egypte et la France incluent la défense, l’économie, le transport, l’énergie, la culture, ainsi que l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche scientifique. La France continue de jouer un rôle important dans le développement de nos infrastructures, avec des investissements majeurs dans les secteurs des transports et des énergies renouvelables. Par ailleurs, la coopération culturelle, éducative et scientifique demeure également un pilier central de nos relations. Aujourd’hui, l’Egypte compte de plus en plus d’écoles françaises. Au niveau universitaire, de nombreux accords ont été signés entre les établissements et institutions de recherche des deux pays. Par exemple, l’Université Française d’Egypte (UFE), fondée en 2002, est un exemple emblématique de cette coopération. Elle offre des programmes académiques en partenariat avec plusieurs universités françaises, permettant aux étudiants égyptiens de recevoir une éducation de haut niveau selon les standards français. Les échanges de chercheurs et d’étudiants sont également fréquents entre les deux pays. Les bourses d’études offertes par le gouvernement français permettent à de nombreux étudiants égyptiens de poursuivre leurs études en France. De même, des chercheurs français travaillent souvent en collaboration avec leurs homologues égyptiens sur des projets de recherche communs, couvrant des domaines allant de la médecine à l’ingénierie. Par ailleurs, l’inauguration prévue avant la fin de cette année du nouveau campus de l’Université Senghor à Borg Al-Arab témoigne de l’engagement fort du gouvernement égyptien en matière d’enseignement et de recherche scientifique.

— Sur le plan régional, la France considère l’Egypte comme un pays pivot et un partenaire-clé dans la stabilisation du Moyen-Orient. De son côté, la France bénéficie d’un statut international et européen de premier plan. Comment la consultation et la coordination conjointes entre l’Egypte et la France contribuent-elles à relever les défis régionaux communs ?

— La consultation et la coordination entre l’Egypte et la France sont cruciales pour relever les défis régionaux. Ensemble, nous travaillons sur des questions de sécurité, de lutte contre le terrorisme et de stabilisation politique au Moyen-Orient. Nos efforts conjoints, fondés sur une vision partagée de la paix et de la stabilité, permettent de répondre efficacement aux crises régionales. L’Egypte et la France, en tant qu’acteurs-clés des deux rives de la Méditerranée, combinent leurs efforts pour promouvoir la sécurité et le développement dans cette zone stratégique.

Pour vous donner un exemple récent et concret, depuis le début de la guerre à Gaza, l’Egypte et la France travaillent en étroite coordination pour acheminer des tonnes d’aide humanitaire à la population civile de Gaza à travers de multiples opérations terrestres, aériennes et maritimes, comprenant des médicaments, des suppléments nutritionnels et des tentes. Le déploiement dans le port d’Al-Arich du porte-hélicoptères français Dixmude a ainsi permis l’accueil de beaucoup de patients et la prise en charge par une équipe médicale de centaines de blessés civils évacués de Gaza.

— Comment la coopération entre l’Egypte et la France dans les domaines de la sécurité alimentaire et de la sécurité énergétique peut-elle être renforcée ?

— La coopération entre l’Egypte et la France dans les domaines de la sécurité alimentaire et énergétique peut être renforcée davantage par l’échange de technologies avancées, le soutien à des projets agricoles et énergétiques durables et le renforcement des capacités locales. La France, avec son expertise technique et scientifique, peut jouer un rôle déterminant en aidant l’Egypte à développer des solutions innovantes pour améliorer la sécurité alimentaire et énergétique. Grâce à des partenariats stratégiques et des investissements ciblés, nous pouvons ensemble répondre aux besoins de nos populations et promouvoir un développement durable.

 — L’Egypte a porté la voix de l’Afrique dans de nombreuses instances internationales organisées par la France, notamment sur des sujets importants tels que le changement climatique et le financement concessionnel pour la transition des pays en développement vers une économie verte. Comment la France perçoit-elle l’importance du rôle égyptien dans la réalisation du développement sur le continent africain ?

— La France reconnaît, en effet, le rôle important de l’Egypte dans la promotion du développement en Afrique. La coopération entre les deux pays sur le dossier africain représente l’un des principaux piliers des relations franco-égyptiennes.

Par exemple, la France soutient les objectifs du Centre international du Caire pour la résolution des conflits, le maintien et la consolidation de la paix (CCCPA), qui joue un rôle crucial en termes de résolution des conflits et de maintien de la paix en Afrique, ainsi que dans le renforcement des capacités dans les domaines de la paix et de la sécurité en Afrique.

Par ailleurs, notre coopération sur des questions comme le changement climatique et le financement du développement durable démontre l’importance de l’Egypte en tant que porte-parole des préoccupations africaines sur la scène internationale. De son côté, la France continue de soutenir les efforts de l’Egypte pour promouvoir la transition verte et le développement économique en Afrique, renforçant ainsi la solidarité et les partenariats entre l’Europe et le continent africain.

— La France est le troisième partenaire commercial mondial de l’Egypte au niveau européen, comment évaluez-vous le volume des échanges commerciaux entre les deux pays ? Quels sont les principaux projets de coopération conjointe dans les domaines économique et commercial ?

— En effet, la coopération économique a connu un essor évident, notamment après la signature en juin 2021 d’un accord entre les deux gouvernements pour la mise en oeuvre de projets de développement prioritaires en Egypte, dans le cadre du « paquet de financement global » destiné à des projets civils dans les secteurs des transports, de l’énergie, du traitement de l’eau, de l’agriculture, de l’alimentation, du logement et de l’électricité. L’Egypte est le plus grand marché pour les exportations françaises au Moyen-Orient.

Nos relations économiques se sont diversifiées, englobant des secteurs tels que l’infrastructure, l’énergie, les transports et l’industrie. Les principaux projets de coopération incluent des investissements dans les infrastructures de transport et le développement des énergies renouvelables.

La présence des entreprises françaises en Egypte ne cesse de croître, stimulée par les opportunités offertes par le marché égyptien et les réformes économiques mises en oeuvre par le gouvernement. La Vision 2030 de l’Egypte, qui vise à diversifier l’économie et à encourager les investissements étrangers, crée un environnement favorable pour les entreprises françaises.

Le premier ministre, Dr Mostafa Madbouly, s’est récemment entretenu avec des chefs d’entreprises françaises et les représentants de plusieurs compagnies françaises en Egypte, il a indiqué que la France est l’un des principaux investisseurs en Egypte dans divers secteurs, avec des investissements atteignant environ 7,2 milliards de dollars à travers 940 entreprises françaises opérant en Egypte dans les domaines des infrastructures, des banques, des assurances, de l’énergie, des transports et des télécommunications.

— Quel est le rôle de l’ambassade d’Egypte en France dans la promotion des opportunités d’investissement en Egypte, la communication des développements liés aux réformes législatives et à l’amélioration des infrastructures, afin d’attirer les investissements du secteur privé français ?

— Je tiens régulièrement des réunions de travail avec les entreprises françaises installées en Egypte, dans le but de discuter des projets qu’elles mènent, de résoudre les problèmes éventuels et d’explorer de nouvelles opportunités de coopération.

En plus, en collaboration avec le bureau économique et commercial de l’ambassade, nous organisons régulièrement des forums et des rencontres avec des entreprises et des investisseurs français. Ces événements ont pour objectif principal de mettre en avant les opportunités d’investissement et les facilitations offertes par l’Egypte. Nous y présentons non seulement les réformes législatives et les incitations fiscales mises en place pour attirer les investisseurs étrangers, mais également les projets d’infrastructure en cours et les secteurs-clés de l’économie égyptienne. Ces forums jouent un rôle crucial dans le renforcement des relations économiques entre nos deux pays, facilitant les échanges d’informations et la création de partenariats bénéfiques tant pour les entreprises égyptiennes que pour leurs homologues françaises.

— Quelles opportunités d’investissement la zone économique du Canal de Suez offre-t-elle aux entreprises françaises opérant dans des domaines prometteurs, tels que l’industrie automobile et l’hydrogène vert ?

— Nous attachons une importance particulière à la promotion des échanges commerciaux entre nos deux pays, en particulier aux différents projets d’investissement dans la zone économique du Canal de Suez. C’est ainsi que l’Egypte s’efforce continuellement de mettre en place un cadre favorable aux investissements directs étrangers. La zone économique du Canal de Suez offre, en effet, des opportunités d’investissement exceptionnelles pour les entreprises françaises. Par exemple, des entreprises françaises mènent actuellement des projets pour développer un complexe situé près du port d’Al-Aïn Al-Sokhna dans la zone économique du Canal de Suez combinant la production d’hydrogène vert et la production d’énergie renouvelable.

Avec ses infrastructures modernes, ses incitations fiscales attractives et son emplacement stratégique, cette zone est idéale pour les entreprises cherchant à bénéficier de la croissance rapide et de la connectivité mondiale de l’Egypte. Les entreprises françaises peuvent tirer parti de ces avantages pour développer leurs activités et contribuer au développement économique de la région.

— Le citoyen français est connu pour son grand attachement à la civilisation égyptienne. Dans quelle mesure la dimension culturelle et historique représente-t-elle un facteur central dans le renforcement des relations entre l’Egypte et la France ? Et quels sont les principaux domaines et activités de coopération entre l’Egypte et la France, en particulier dans le domaine de l’archéologie ?

— La dimension culturelle est un pilier central dans le renforcement des relations entre l’Egypte et la France. Les échanges culturels, les expositions et les coopérations archéologiques renforcent les liens d’amitié et de respect mutuel entre nos peuples. La fascination des Français pour la civilisation égyptienne et l’égyptologie crée une base solide pour des initiatives culturelles et éducatives qui favorisent une compréhension et une appréciation mutuelles.

En particulier, la coopération entre nos deux pays dans le domaine de l’égyptologie et de l’archéologie est exemplaire. Des missions archéologiques conjointes, des programmes de restauration de sites historiques et des expositions internationales, telles que l’exposition « Ramsès et l’or des pharaons » qui a eu lieu à Paris l’année dernière, ou l’exposition « Toutankhamon, le trésor des pharaons » en 2019 à Paris qui avait attiré un record de 1,4 million de visiteurs, témoignent de l’importance de cette collaboration.

Par ailleurs, le dossier de la restitution des antiquités égyptiennes est considéré comme une réussite dans la coopération entre les deux pays. En 2021, l’Egypte a récupéré 114 pièces d’antiquités, suivies, l’année dernière, par la restitution de deux grands linteaux pillés sur le site archéologique de Saqqarah. Cette série de succès a été couronnée par un verdict historique du tribunal français, représentant un précédent judiciaire important en appliquant la loi égyptienne de 1983 sur la protection des antiquités, pour la première fois de l’histoire, dans un tribunal français. Cette décision pourrait avoir des implications importantes dans d’autres affaires, tant en France qu’en Europe.

— A l’occasion de la commémoration de la Révolution du 30 Juin, comment la France perçoit-elle les projets nationaux en cours d’exécution en Egypte et le succès de l’Etat égyptien dans l’élaboration d’une stratégie nationale de développement ?

— La France perçoit, en effet, positivement les différents projets nationaux en cours en Egypte, ainsi que notre stratégie de développement, et a toujours exprimé son soutien aux initiatives du gouvernement égyptien en matière d’infrastructure, de développement économique et social et de réformes institutionnelles, dont par exemple l’initiative Hayah Karima (vie décente), lancée en 2019 par le président Abdel Fattah Al-Sissi, et reconnue aujourd’hui comme la plus importante dans l’histoire de l’Egypte destinée au développement global des zones rurales.

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