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Mohammed Chia Al-Soudani : L’économie et le développement sont la clé de la convergence avec l’Egypte

Bagdad, Par Alaa Sabet, Mercredi, 27 mars 2024

Mohammed Chia Al-Soudani, premier ministre iraqien, revient sur les relations avec l’Egypte et les défis internes en Iraq.

Mohammed Chia Al-Soudani

Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous les rapports entre l’Iraq et l’Egypte ?

Mohammed Chia Al-Soudani : L’Egypte et l’Iraq représentent les foyers les plus profonds de la civilisation dans la région. Les peuples iraqien et égyptien partagent les mêmes préoccupations similaires et sont confrontés à des défis très similaires. Les deux pays ont la volonté nécessaire de faire face à ces défis. Ainsi, notre partenariat renforcera notre capacité à trouver des solutions, que ce soit à travers des projets d’intégration, la création de zones industrielles communes ou des zones franches et des accords commerciaux.

— Quels sont les principaux dossiers discutés avec les responsables égyptiens ?

— Les préoccupations de l’Egypte et de l’Iraq sont partagées, et nos intérêts pour la stabilité régionale et le développement durable sont également des intérêts communs. L’Egypte représente une profondeur culturelle et sociale pour l’Iraq, et vice versa. L’économie et le développement sont la clé de la convergence entre nous.

— Une Commission suprême mixte égypto-iraqienne a été formée pour renforcer les relations économiques bilatérales. Quels en sont les résultats ?

— La Commission travaille à renforcer les relations bilatérales dans divers domaines. La réunion qui a eu lieu au Caire en juin dernier a abouti à un ensemble de résultats, dont l’accord sur la régulation de l’entrée des entreprises égyptiennes en Iraq et l’augmentation des échanges commerciaux, les exportations égyptiennes ayant augmenté de 23 %. De plus, une coopération agricole globale est en cours, ainsi que la mise en oeuvre de la connexion électrique trilatérale. Les entreprises de construction égyptiennes ont déjà commencé à travailler sur des projets importants, tels que la décongestion du trafic, en plus de la cession à une entreprise égyptienne d’un projet de ville résidentielle à Al-Wardi. Nous avons également alloué dans le budget 150 millions de dollars aux entreprises égyptiennes exécutant des projets en Iraq. De nombreuses lettres d’intention ont également été signées dans divers domaines pour renforcer la coopération bilatérale.

— Quelles facilités offre l’Iraq aux investisseurs égyptiens ?

— Toutes les facilités sont disponibles pour les entreprises égyptiennes dans tous les domaines. J’ai rencontré une délégation d’hommes d’affaires égyptiens et nous avons discuté des opportunités dans l’industrie pharmaceutique en Iraq. Il existe également des opportunités dans l’industrie de construction, au moment où nous sommes sur le point de commencer la construction de cinq nouvelles villes. Il y a un ensemble complet de lois qui traitent de toute lacune législative ou obstacle à l’investissement. En plus, nous recevons régulièrement des délégations d’hommes d’affaires égyptiens, nous écoutons leurs commentaires et nous facilitons leurs affaires. La réussite de la réforme bancaire en Egypte a été une porte d’entrée pour encourager les partenariats entre les secteurs privés des deux pays. Notre confiance en nos frères égyptiens a été renforcée par la signature d’un contrat avec la société Ora pour le développement immobilier, dirigée par Naguib Sawiris, pour la construction de la ville Al-Wardiya, comprenant 120 000 unités résidentielles sur une superficie de plus de 61 millions de mètres carrés. Il s’agit de la plus grande ville de l’histoire de l’Iraq parmi les projets de villes résidentielles.

— Comment envisagez-vous les projets de coopération et d’intégration entre l’Egypte, l’Iraq et la Jordanie ?

— Les questions des investissements croisés et de l’interconnexion des infrastructures est toujours sur la table des discussions. Nous avons un travail commun dans le domaine de l’interconnexion électrique et de la construction de ponts avec les marchés mondiaux, ainsi que des arrangements de coopération dans les domaines de la sécurité alimentaire et de l’eau. L’élément le plus important est la reconnaissance par nos frères du rôle central de l’Iraq dans l’établissement de cette coopération, ainsi que l’engagement à respecter les principes de bon voisinage dans les relations régionales.

— Quels sont les principaux défis internes en Iraq ?

— Il ne suffit pas d’atteindre un objectif, l’essentiel est de maintenir ce succès dans la durée. Par exemple, nous avons réussi à toucher le plus grand nombre de bénéficiaires de l’aide sociale de l’histoire de l’Iraq après un vaste processus de recherche sociale, couvrant plus de 7,5 millions de personnes sous assistance. La prochaine étape consiste à poursuivre notre lutte contre la pauvreté et ses causes. Nous avons veillé à fournir une aide aux étudiants des familles bénéficiant de l’aide sociale afin qu’ils aient une chance d’accès à une éducation équitable, permettant ainsi à eux et à leurs familles de sortir durablement de la pauvreté. En ce qui concerne la production d’énergie, il ne suffit pas d’atteindre le plus haut niveau de production d’énergie de l’histoire de l’Iraq, soit 26 000 mégawatts. Il est également nécessaire d’optimiser l’utilisation des ressources et de garantir la durabilité des ressources énergétiques. Dans trois ans ou un peu plus, l’Iraq pourra subvenir à ses propres besoins en production d’électricité.

— Vous avez lancé un ensemble de promesses électorales axées sur le développement économique et sur la lutte contre la corruption. Où en est-on dans ces deux domaines cruciaux ?

— La lutte contre la corruption est notre priorité et est pratiquement une demande de chaque Iraqien. Je considère que la corruption est un fléau qui peut dépasser le terrorisme en termes de dangerosité. Nous avons dès le début entrepris de renforcer les institutions chargées de lutter contre la corruption et de coopérer avec des pays amis pour rapatrier les fugitifs, les traduire devant la justice iraqienne et récupérer les fonds détournés. Nous avons lancé le projet du « Nouvel Iraq » qui se caractérise par une série de réformes économiques, financières et bancaires dont les résultats sont déjà visibles. Nous avons dynamisé l’économie, en particulier l’économie non pétrolière, et apporté des changements profonds dans les services de santé et sociaux. Nous avons lancé le projet de la « Route du développement », un projet stratégique qui vise à développer la région dans son ensemble et non seulement l’économie iraqienne. Nous avons également lancé la plus grande campagne de développement de la capitale.

— Quels sont les moyens de mettre fin à l’agression israélienne à Gaza ?

— Ce qui se passe à Gaza n’est pas seulement une agression, c’est une exacerbation de l’agression et du crime. Nous avons averti et nous continuons à le faire que la poursuite de cette agression et de cette brutalité causera l’instabilité dans la région. Le possible élargissement du conflit peut atteindre même ceux qui pensent qu’ils sont loin. Quant à la communauté internationale, elle a beaucoup perdu à cause de sa faiblesse et de son incapacité à contenir l’agression et à soulager la famine qui sévit à Gaza. Nous avons demandé et continuons à demander l’arrêt immédiat de l’agression ; nous sommes prêts à contribuer à soulager notre peuple en Palestine et à fournir des soins de santé et de l’aide. S’il y a des efforts de reconstruction, nous ne serons pas en reste. Mais le point de départ est l’arrêt de l’agression.

— Pourquoi les forces américaines tardent-elles à se retirer d’Iraq ?

— Il n’y a pas de forces américaines en Iraq. Ceux qui sont présents sont des conseillers dans le cadre de la mission de la Coalition internationale de lutte contre Daech. Mais ce dernier appartient désormais au passé et ne représente plus une menace. Aujourd’hui, l’Iraq et les Etats-Unis veulent organiser la fin de la présence de la Coalition internationale de manière appropriée et réfléchie. Nos forces armées sont puissantes et solidement implantées sur le terrain. Elles assurent toutes leurs responsabilités sur l’ensemble du territoire. Les forces iraqiennes sont prêtes à affronter la menace de Daech et toute autre menace pesant sur notre sécurité nationale.

— Qu’en est-il de la résolution des dossiers délicats entre Bagdad et le Kurdistan ?

— Il y a eu des progrès et une compréhension claire entre le gouvernement fédéral et le gouvernement régional du Kurdistan pour résoudre les problèmes. Un accord pétrolier a été conclu en avril l’année dernière et il existe des accords et un travail commun sérieux pour assurer les salaires des employés de la région indépendamment du budget. Notre système démocratique constitutionnel est un système décentralisé qui favorise la prise de décision locale, conformément aux compétences des autorités locales dans les provinces ou des autorités régionales. Je suis tout à fait convaincu du sérieux du gouvernement du Kurdistan à surmonter tout obstacle qui entrave la consolidation de la stabilité.

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