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Alaa Aboul-Nasr : Tout peut être résolu à travers la Constitution de 2012

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 27 novembre 2013

Alaa Aboul-Nasr, secrétaire général du Parti de la Construction et du développement, branche politique de la Gamaa islamiya, allié des Frères, insiste sur la nécessité d’entamer une réconciliation dans le cadre de la Constitution suspendue.

tout peut etre
Alaa Aboul-Nasr

Al-Ahram Hebdo : Quelles sont les chances d’entamer une réconciliation et parvenir à une entente politique avec les Frères?

Alaa Aboul-Nasr : Malheureusement, les choses se compliquent. La rue est partagée en 2 camps opposés, l’un soutenant le coup d’Etat, et l’autre partisan de la légitimité. La tension reste donc vive et les heurts se poursuivent. Mais nous pensons que depuis le déclenchement de la crise, le pouvoir actuel refuse d’admettre la moindre initiative avant une reconnaissance de la feuille de route imposée par l’armée. A l’opposé, les partisans de la légitimité sont plus flexibles dans leurs propositions. Nous avons accepté de dialoguer même après un coup d’Etat.

En tant que Coalition du soutien à la légitimité, nous avons fait part de notre intention d’accepter tout dialogue, mais sans abandonner la légitimité. Mais vu ce qui se passe aujourd’hui, il serait difficile d’imaginer une chance pour cette réconciliation. Il est temps pour tous les acteurs sur la scène de comprendre qu’une vraie réconciliation est indispensable, et qu’il faut trouver un compromis qui permette le rassemblement de tous les Egyptiens pour que le pays soit remis sur la bonne voie.

Qu’est-ce qui entrave cette réconciliation à votre avis?

Comme je l’ai expliqué, il y a un minimum de revendications auxquelles nous tenons, telles que la légitimité constitutionnelle. Nous avons organisé un référendum sur une Constitution approuvée à 64 % des électeurs. Il suffit de partir de cette Constitution pour trouver une issue à tous les problèmes actuels, notamment le choix du président, ou la modification des articles de la Constitution qui ont fait l’objet de discorde. Le tout peut être résolu à travers cette Constitution de 2012, pourquoi donc l’annuler ? C’est à cette Constitution que nous tenons.

Mais une nouvelle Constitution sortira effectivement dans quelques jours

Nous ne reconnaissons pas ce comité dans lequel nous ne sommes pas représentés. Le courant islamiste est absent. Ni le parti salafiste Al-Nour, ni Al-Azhar ne nous représentent, car ils ont soutenu ce coup d’Etat.

D’autre part, le pouvoir actuel est en train de rédiger une nouvelle Constitution pour servir ses intérêts. Il est inacceptable de lancer un dialogue dans la répression. Nous avons fait une révolution le 25 janvier, et il n’est pas question de faire marche arrière. Nous n’accepterons ni pouvoir militaire, ni Etat policier, ni répression des droits à l’expression et à manifester. Il n’est pas question de nous faire taire de nouveau.

Le retour à la Constitution de 2012 est donc le principe de l’initiative présentée par la coalition?

Nous ne pouvons pas révéler à présent les termes de notre initiative. Mais nous avons des principes de base qui resteront inchangés concernant la légitimité constitutionnelle.

Mais plus de 10 initiatives ont été proposées, certaines par des proches des Frères?

La coalition accepte toute proposition garantissant cette légitimité. Qu’elles soient présentées par la coalition elle-même ou non, notamment celle de l’avocat Sélim Al-Awa. Mais si nous parlons de plus d’une dizaine d’initiatives restées sans effet, c’est parce qu’elles ont toutes été ignorées par l’armée et le pouvoir.

Vous affirmez donc que l’armée et le pouvoir en place entravent le processus de réconciliation?

Toutes ces restrictions qu’ils imposent ne signifient pas autre chose. L’armée veut écarter les islamistes de la scène politique. Ce qui est impossible. La scène ne peut être vidée ni des islamistes, ni des libéraux ni de la gauche. Il faut que les militaires sachent que cela ne mènera à rien. La coalition ne va jamais renoncer à ses revendications. Les manifestants resteront dans les rues jusqu’à ce que leur voix soit entendue. Il est temps pour que le pouvoir en place commence à se tourner vers l’intérêt du pays. Qu’il cesse la guerre qu’il mène contre les islamistes, soit à travers les médias ou l’arrestation quotidienne des manifestants islamistes.

Pourquoi entraveront-ils ce processus?

Pour leurs propres intérêts. Aujourd’hui, les militaires sont en train de renforcer leur pouvoir à travers la nouvelle Constitution. Le poste du chef suprême des forces armées est plus important que celui du président de la République. Le pays se dirige vers un retour de l’Etat militaire. Nous savons que c’est le général Al-Sissi qui dirige le pays et non pas Adly Mansour.

Mais cela ne signifierait-il pas d’échec de toute initiative de réconciliation?

Nous ne quitterons pas la scène politique. Nous allons poursuivre notre lutte dans l’opposition contre tout régime autoritaire. Nous n’arrêterons jamais nos manifestations quotidiennes pacifiques.

De toute façon, nous sommes face à deux voies parallèles : la voie révolutionnaire qui a commencé avec le coup d’Etat qui a renversé un président élu, et la voie politique, basée sur la réconciliation.

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