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Nivine El-Kabbag : L’Etat investit dans les générations futures

Dina Bakr , Mercredi, 19 juillet 2023

Nivine El-Kabbag, ministre de la Solidarité sociale, présente les programmes de soutien aux familles défavorisées, d’autonomisation de la femme, d’aide aux jeunes et aux handicapés. Entretien.

Nivine El-Kabbag
(Photo : Ahmad Réfaat)

Al-Ahram Hebdo : Comment le ministère de la Solidarité sociale aide-t-il les familles les plus défavorisées à faire face aux conditions économiques difficiles ?

Nivine El-Kabbag : La protection sociale est une priorité principale d’après la Constitution de 2014. L’Etat investit dans les générations futures. C’est pour cette raison que l’Etat a produit des allocations conditionnelles. Il s’agit d’obliger les familles à inscrire leurs enfants aux écoles ; les enfants prennent les prestations sanitaires et les mamans obtiennent les services présentés au niveau de la santé reproductive. L’allocation est devenue l’une des formes d’aide accrues au développement. Les programmes d’allocations familiales sont devenus un soutien financier en investissant dans la santé, l’éducation et le logement adéquat. Par ailleurs, un comité ministériel a été formé de plusieurs ministères chargés d’appliquer la justice sociale, comme ceux de la Solidarité sociale, de l’Approvisionnement, de la Main-d’oeuvre, des Finances, de la Santé et de l’Education. L’Etat a augmenté le nombre des familles qui reçoivent des allocations conditionnelles sous le titre de Takafol wa Karama (solidarité et dignité). En 2014-2015, le nombre de familles couvertes par cette allocation était de 1,6 million. Aujourd’hui, 5 millions de familles reçoivent cette allocation, dont la valeur totale a atteint 31 milliards de L.E., alors que les dépenses sur la protection sociale ont dépassé les 530 milliards de L.E. C’est-à-dire que la famille reçoit entre 500 et 600 L.E. par mois, auxquelles s’ajoutent d’autres aides comme l’approvisionnement, le pain, la gratuité de l’éducation et l’assurance médicale.

— Que fait le ministère pour aider les gens à monter leurs propres projets de travail ?

— Le ministère de la Solidarité sociale a instauré le programme Forsa (opportunité) qui vise à former des cadres afin de leur permettre de se passer du soutien monétaire et d’acquérir l’indépendance financière. Ce programme aide à créer des micro-projets et des unités collectives de production génératrices de revenus. Car la richesse est le produit du travail.

— Comment le ministère soutient-il l’autonomisation de la femme ?

— Il y a deux genres d’autonomisation économique : le travail chez quelqu’un et le travail chez soi. Pour le premier, le ministère fournit une formation aux femmes pour qu’elles puissent travailler avec un salaire fixe dans un atelier ou une petite usine. Quant au deuxième genre, le ministère appuie les coopératives de production, où les femmes obtiennent des outils de travail comme les machines à coudre, de popcorn ou de collecte laitière mécanisée. Le prêt à taux réduit de 1 % pourrait être également une solution. Il existe des femmes qui ont commencé leurs projets par des prêts à taux réduit et ont fini par devenir des femmes d’affaires qui exportent, comme Kamla dans l’industrie de l’osier et Yousriya dans la poterie. Les prêts à taux réduit ont atteint 3,2 milliards de L.E. pour 400 000 projets. Le ministère a une plateforme pour toutes les bénéficiaires de l’autonomisation économique et pour les organismes qui contribuent à leurs projets comme la banque Nasser, le Fonds du développement de l’industrie rurale et urbaine et les projets ruraux des femmes.

Il existe également le projet des familles productrices qui est un mécanisme pour l’autonomisation économique existant depuis 1964. Il aide les familles à travers des activités qui conviennent à la femme pouvant travailler de chez elle, dans un atelier ou une petite usine. Les familles productrices représentent une force douce car elles conservent le patrimoine, comme le khayamiya, le martelage sur du cuivre ou la sculpture sur le bois. Les familles productrices font vivre le patrimoine en Egypte et à l’étranger.

— Comment encourager le rôle de la société civile en tant que partenaire important du gouvernement ?

— La société civile est un bras exécutif essentiel du ministère de la Solidarité sociale et d’autres organismes. La loi 149 de l’année 2019 met la société civile sous l’égide du gouvernement en créant un système numérique unifié pour les organisations non gouvernementales. Ce système montre leurs domaines d’activités, les bénéficiaires et le montant du financement. La société civile a la capacité de mobiliser ses ressources à travers des campagnes de sensibilisation pour ne pas compter seulement sur les dons. La société civile a changé de peau et n’agit plus seulement dans le domaine caritatif. Au contraire, elle a un rôle dans le développement, défend le droit des handicapés et forme à l’autonomisation économique. Il est difficile de se passer de la société civile car l’Etat est en cours de présenter des services et des avantages aux citoyens loin de la bureaucratie. La société civile est capable, par exemple, de faire le suivi des crédits offerts aux femmes et de jouer le rôle de plusieurs ministères au niveau de la famille.

— Le secteur informel est un problème important de l’économie égyptienne. Quel est le plan du ministère pour régulariser le statut des travailleurs informels ?

— Les travailleurs irréguliers sont dépourvus de la protection et de l’assurance sociale. Ils n’ont pas la formation nécessaire pour faire du travail. Ils sont environ 11 millions, mais il est difficile de les mettre tous dans le même panier. Car parmi eux, il existe des commerçants riches qui ne versent pas de cotisations d’assurance, ne sont pas inscrits aux registres des entreprises et ne payent pas d’impôts. Nous avons élaboré en collaboration avec le ministère de la Main-d’oeuvre une stratégie pour les travailleurs du secteur informel qui englobe un projet de loi et un projet de création d’un fonds destiné à aider l’organisation des travailleurs informels, en connaissant leur nombre et leur domaine de travail. Le fonds va mettre sous les projecteurs une économie jusqu’ici invisible.

— L’Egypte compte 230 000 jeunes bénévoles. Comment peut-on les encourager dans leurs activités et attirer d’autres jeunes à faire du bénévolat ?

— Le bénévolat est un trésor national qui se trouve un peu partout en Egypte et qui est capable d’accéder aux différentes communautés en cas d’urgences, de sensibilisation, de collecte de sang ou au bénéfice du développement. Le bénévolat consolide le patriotisme chez les jeunes car ils rendent service à leur pays à des moments cruciaux. Les bénévoles aident au contrôle social dans la distribution de nourriture et de vêtements. Ils aident aussi l’Etat et les associations non gouvernementales à faire des recherches sur le terrain. La loi 149 de l’année 2019 a permis de lancer des initiatives pilotées par les jeunes qui sont un moyen d’intégration au sein de la société. Le ministère a adopté une stratégie en coopération avec l’Alliance nationale pour l’action civile et le développement afin de créer une base de données unifiée du bénévolat. Le but est de faciliter l’accès aux bénévoles et connaître leurs anciennes contributions afin de bien exploiter leurs compétences dans des projets d’avenir. Le ministère appelle à la formation d’une banque de bénévolat qui aide les bénévoles à économiser des heures dans cette banque. C’est-à-dire lorsque le bénévole présente 3 000 heures de bénévolat effectuées pendant une trentaine d’années, il pourrait récupérer ces heures dans sa vieillesse. On discute aussi de la possibilité de donner des avantages aux élèves d’école et aux étudiants d’université qui font du bénévolat.

— La loi du travail stipule que 5 % des offres d’emploi doivent être consacrées aux handicapés. A quel point les employeurs respectent-ils cette disposition ?

— Le ministère s’engage à recruter des handicapés dans plus de 7 % des postes de travail offerts. Nous oeuvrons pour défendre leurs droits. Il y a déjà deux institutions qui contrôlent l’application de cette loi : le ministère de la Main-d’oeuvre et l’Agence centrale d’organisation et d’administration. Les employeurs peuvent montrer dans leurs documents qu’ils respectent le taux de 5 %, alors que la réalité est tout autre. Notre mission est de booster l’apport des handicapés au travail. Commençant par éliminer toute forme de discrimination ou de brimade, partager la sensibilisation nécessaire au travail pour connaître les compétences que le handicapé peut fournir et faciliter les outils de sa formation car parfois la productivité des handicapés peut être plus importante que celle des normaux. De même, le ministère vient de lancer une application pour les femmes handicapées afin de les aider à obtenir leurs droits à la formation et au travail.

— Les employés veulent se rassurer du sort des cotisations sociales qu’ils versent au Fonds d’assurance sociale. Comment ces cotisations sont-elles investies pour garantir de meilleures pensions de retraite ?

— La loi 148 de l’année 2019 prévoit des modifications pour interrompre l’intersection du ministère des Finances avec l’Autorité nationale des assurances. Il est planifié que le ministère des Finances rend 46 trillions de L.E. sur une période de 50 ans. Le remboursement augmente chaque année de 5,9 %. L’Autorité des assurances a reçu jusqu’ici 500 milliards de L.E. et a formé un comité pour investir l’argent des assurances. Ce comité rassemble de grands investisseurs, des économistes, des représentants de la Banque Centrale et du ministère des Finances pour mettre en oeuvre des politiques favorables à l’investissement de l’argent des assurances. Nous avons également commencé à prendre des mesures contre les entités qui ont des dettes envers le Fonds d’assurance, comme la suspension de l’octroi de permis ou de documents officiels. La loi 148 a également arrêté les anciens abus exercés, comme ceux des 30 000 familles qui ont continué de toucher la retraite de l’employé après son décès et n’ont pas informé les organismes concernés.


(Photo : Ahmad Réfaat)

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