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Farrah El Dibany : J’aime partager la richesse des cultures

Amira Doss , Mercredi, 29 mars 2023

La mezzo-soprano égyptienne Farrah El Dibany vient de participer à la cérémonie dédiée à la Francophonie, tenue en Arabie saoudite. Elle révèle à Al-Ahram Hebdo l’impact de sa double culture sur sa carrière de cantatrice, ainsi que ses futurs projets.

Farrah El Dibany

Al-Ahram Hebdo : Vous venez de participer au concert « Sous les étoiles d’Al-Ula » en Arabie saoudite, célébrant la Francophonie. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

Farrah El Dibany : Depuis toujours je voulais chanter à Al-Ula, depuis qu’ils ont édifié la splendide salle de concert Maraya. J’y réfléchissais depuis deux ans déjà. Pour moi, c’était une magnifique nouvelle que j’allais chanter là-bas, en plus avec cette production française avec qui j’avais déjà tourné deux émissions. J’avais fait une à Marrakech (la fête de la chanson à l’orientale) et une autre sur France 3. Mais c’est en fait ma deuxième fois en Arabie saoudite, la première était en janvier, à Riyad, où j’ai fait trois concerts au musée national à l’occasion de l’inauguration d’une exposition tenue en collaboration avec le ministère saoudien de la Culture.

Lors de la cérémonie « Sous les étoiles d’Al-Ula », dédiée à la Francophonie et diffusée sur TV5, j’avais chanté ma propre version de la chanson Mon amour avec deux couplets en français et le reste en arabe. Dès que j’ai commencé à chanter en arabe, j’ai senti l’énergie dans la salle. Le public est devenu très enthousiaste et attentif. Puis, j’ai fait une petite interview sur scène avec les deux présentatrices française et saoudienne. J’ai exprimé mon admiration de cette salle de concert, cette oeuvre architecturale située en plein désert. A mes côtés se trouvait la star Enrico Macias qui, lui, a parlé de moi au public, essayant avec quelques mots en arabe de révéler ses sentiments, « Farrah, la fille d’Egypte, et moi le fils d’Algérie, nous rêvons de voir la paix prendre place dans le monde. Et Farrah, qui veut dire joie, est, comme le dit son nom, une véritable source de joie pour nous ». Ces paroles m’ont vraiment touchée.

— Vous incarnez une certaine image de l’Egypte à l’étranger, celle de l’Egypte glorieuse, élégante et diversifiée. Comment faites-vous pour faire circuler cette image ?

— En effet, j’ai vécu mon enfance et mon adolescence en forgeant en moi, au fil des ans, une Egypte multiculturelle, cosmopolite et, en plus, très ouverte aux autres. Une Egypte riche en cultures. Toutes ces valeurs font partie de moi instinctivement. A chaque occasion, je ne peux m’empêcher de me sentir fière de mes origines. Et peu importe l’endroit où je suis, je tiens à exprimer que je suis égyptienne. En même temps, je suis fascinée par les autres cultures ; j’adore cette richesse. Une richesse que l’Egypte incarne avec excellence. J’aime partager cette richesse de cultures. Je chante dans une dizaine de langues, les plus communes. Ce qui m’a ouvert beaucoup d’horizons.

— Est-ce que votre double culture et surtout les langues que vous maîtrisez ont facilité votre intégration à l’étranger ?

— Dès mon jeune âge à Alexandrie, j’ai été préparée pour ce destin. L’idée est de ne pas perdre sa propre identité en s’installant à l’Occident. Plus la personne arrive à préserver sa propre identité, plus elle arrive à s’intégrer dans la nouvelle société. Les gens qui ont des problèmes d’identité trouvent difficile de s’intégrer. Je suis fière de mon identité. Lorsque je me suis rendue en Allemagne pour faire mes études universitaires, je parlais parfaitement l’allemand. J’étais tellement intégrée que les gens pensaient que j’étais allemande. Même en France, on ne croit pas que j’y suis depuis seulement six ans. Mais, à chaque occasion, je tiens à faire le point sur qui je suis et d’où je viens, ce côté égyptien qui constitue mon identité et dont je suis fière. Que ce soit à travers les chansons égyptiennes que j’interprète sur scène, ou en saisissant toute occasion pour parler de mon pays, ou en tentant de promouvoir le tourisme, l’art culinaire, peu connu à l’étranger. C’est ce duo que je vis, l’ouverture à l’autre tout en gardant ma propre identité.

— Vous avez interprété La Marseillaise suite à la réélection du président Emmanuel Macron. Comment ce choix a-t-il été fait ?

— Tout s’est déroulé à la dernière minute, rien n’a été prévu d’avance. J’ai appris la nouvelle la veille. C’est un producteur français qui me connaît et qui s’occupait de l’organisation de la cérémonie de la réélection qui a eu cette idée et en a parlé avec le président français, Emmanuel Macron, qui a bien apprécié ma participation. J’avais moins de 24 heures pour m’entraîner vocalement à La Marseillaise. Je n’imaginais ni l’ampleur, ni le nombre aussi important de l’audience qui était présente ce jour-là au Champ-de-Mars, ni les chaînes de télé qui diffusaient en direct l’événement. Un moment historique pour le pays, et pour moi. Suite au spectacle, le président Macron m’a remerciée pour avoir accepté, ce qui m’a vraiment émue. J’ai plus tard chanté lors de la Coupe du monde, à la finale qui a opposé la France et l’Argentine.

— De succès en succès ces dernières années en Europe, quels sont vos futurs projets ?

— En ce moment, je veux autant que possible étendre ma présence à l’étranger en animant des spectacles dans des pays dans lesquels je ne me suis pas encore rendue. J’ai des projets pour l’Albanie, New York, Séoul, Londres, Jordanie, Liban, Inde. Je reçois des demandes de régions et publics assez variés. Après avoir tenu des concerts à Bahreïn, Dubaï et Riyad, je veux explorer de nouvelles audiences. En France, je viens de présenter deux importants concerts à l’Olympia, ce théâtre emblématique dans lequel la diva Oum Kalsoum avait chanté. Le but de ces concerts était de collecter des dons en faveur des peuples de la Syrie et de la Turquie, touchés dernièrement par des séismes. J’ai un autre projet que j’étudie depuis quelques années, celui de faire des albums.

— Quelles sont les causes humanitaires que vous soutenez ?

— J’ai au cours des dernières années soutenu des campagnes de l’UNHCR pour aider les réfugiés. J’ai chanté au siège principal de l’Unesco lors de la cérémonie de célébration de ses 75 ans, en présence du président Sissi et plus de 30 chefs d’Etat. Une autre campagne que j’ai soutenue et qui me touche profondément est l’initiative Save The Children, en collaboration avec l’institution Hady Bady qui oeuvre pour la motivation des enfants à la lecture en arabe. J’ai, lors de cet événement, lu sur scène un livre pour enfants sur l’opéra Aïda en arabe. Avec UN Woman et Vodafone, j’ai soutenu une campagne visant à aider les femmes à trouver des opportunités de travail décent. Récemment à l’Opéra du Caire, j’ai tenu un concert caritatif pour l’association Kheir we Baraka.

— Quel genre de femmes est Farrah El Dibany ?

— Je suis une femme indépendante, émotionnelle, sensible, mais aussi forte. Je suis correcte, je prône la justice et je suis directe. Je partage avec le personnage de Carmen cette liberté de l’âme. Mais Carmen est vraiment libre de tout ; moi, je respecte certaines contraintes et normes sociales. J’ai un côté révolutionnaire depuis mon adolescence, mais je suis aussi très rationnelle et mûre.

— Dans quel état d’esprit êtes-vous lorsque vous vous trouvez sur scène ?

— Je me transforme en plusieurs personnages, je vis plusieurs sentiments, tout se passe à l’intérieur de moi. Comme si je deviens une autre personne pour ces quelques instants. Je ressens que j’ai beaucoup d’énergie à transmettre au public et que je veux partager avec lui tout ce que je ressens comme émotions. Pour moi, être sur scène est surtout un moment de partage. Je vis ce moment au maximum et je m’y prépare mentalement au préalable. Une fois sur scène, j’oublie toute ma vie, j’oublie tout ce qui existe et qui va exister. Comme si le temps s’arrêtait et que c’est le seul moment à vivre.

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