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Khaled Miri : Une conférence doit être organisée au niveau arabe pour régler les problèmes de la presse

Chourouq Al-Chimy , Mercredi, 01 mars 2023

Candidat à la présidence du syndicat des Journalistes, Khaled Miri revient, dans un entretien exclusif à Al-Ahram Hebdo, sur l’enjeu des élections, le rôle du syndicat et le statut salarial des journalistes.

Khaled Miri
(Photo  : Mohamad Abdou)

Al-Ahram Hebdo : Avant de commencer, pouvez-vous nous parler de ce qui a motivé votre candidature à la présidence du syndicat des Journalistes ?

Khaled Miri: Laissez-moi vous dire que j’ai commencé mon parcours professionnel dès ma première année à l’université à la Fondation Al-Ahram sous la houlette de l’écrivain Abdel-Wahab Motawie qui m’a appris les secrets de ce métier et avec qui je suis resté trois ans. Quand j’étais en dernière année d’université, le rédacteur en chef du journal Al-Akhbar a contacté le doyen de la faculté de mass médias de l’Université du Caire pour choisir les cinq étudiants les plus brillants de la promotion afin qu’ils travaillent dans son journal. En 1997, j’ai été recruté par le journal Al-Akhbar et j’ai intégré le syndicat des Journalistes. J’ai ensuite obtenu pendant trois ans successifs le prix de la meilleure couverture journalistique du syndicat des Journalistes. J’ai ensuite gravi tous les échelons de ce métier, à commencer par chef de service adjoint, puis chef de service, jusqu’à devenir directeur de la rédaction à un très jeune âge.

En 2017, j’ai été nommé rédacteur en chef. Je vous raconte tout ça pour vous montrer que j’ai commencé à zéro dans ce métier pour arriver à ma position actuelle. Par conséquent, je connais très bien les problèmes du métier. Mes premiers contacts avec le syndicat des Journalistes étaient lors de la controverse sur la loi 95, qui était une menace pour l’indépendance et la liberté de la presse. Le syndicat des Journalistes, avec à sa tête Ibrahim Nafie, avait fait preuve d’unité et a réussi à faire annuler cette loi sans entrer en confrontation avec les institutions de l’Etat. J’ai vu comment Ibrahim Nafie a resserré les rangs des journalistes des divers courants politiques et idéologiques, malgré leur diversité. Il a su parfaitement mener les négociations avec l’Etat et a été capable de diriger l’assemblée générale pour obtenir cette grande victoire que je considère comme la plus importante de l’histoire du syndicat depuis sa création en 1941. Etant donné ma carrière journalistique et syndicale, je pense que je peux contribuer, via ce poste, à trouver des solutions aux problèmes dont souffre la presse.

— Le monde de la presse traverse actuellement une crise aigüe en raison notamment du recul des recettes publicitaires et de la hausse du prix du papier. Comment y faire face selon vous ?

— Cela fait 12 ans que je suis membre du conseil du syndicat, et j’ai obtenu le nombre de voix le plus élevé aux élections de 2011, 2015 et 2019. J’ai travaillé sur plusieurs dossiers comme le statut salarial des journalistes et les primes mensuelles que leur paye le syndicat, ainsi que sur la loi de la presse. En tant que secrétaire général de l’Union des journalistes arabes depuis 6 ans, je suis parfaitement conscient de la crise économique à laquelle est confrontée la presse arabe. J’ai été moi-même témoin de la fermeture de grands journaux et du licenciement des journalistes en Jordanie, en Arabie saoudite, au Maroc et en Tunisie après la crise sanitaire du Covid-19. La presse souffre aussi en raison de la guerre en Ukraine qui a donné lieu à une hausse vertigineuse du prix du papier et de l’encre au moment où la distribution et les recettes publicitaires sont en baisse. Cette situation s’est répercutée directement sur le statut salarial des journalistes. Pour trouver des solutions à tous ces problèmes, je pense qu’une conférence regroupant des représentants des gouvernements arabes et des experts doit être organisée en coordination avec l’Union des journalistes arabes afin de trouver des solutions aux maux de la presse. Je pense que nous devons profiter des expériences des pays européens.

— Les journalistes souffrent d’un statut salarial modeste. Comment améliorer leurs conditions de vie ?

— Mon programme est intégral et répond aux aspirations et aux ambitions des journalistes. Au niveau des salaires, j’ai commencé des négociations avec le gouvernement pour augmenter les salaires et les primes des journalistes. En effet, j’ai obtenu l’accord de l’Etat pour augmenter la prime versée aux journalistes à 3600 L.E. mensuellement. J’ai obtenu l’approbation de l’Etat pour verser 25 millions de L.E. au projet des soins médicaux des journalistes. Pour les retraités, la pension de retraite augmentera de 500 L.E. J’ai aussi un programme pour développer les services administratifs fournis au sein du syndicat, comme le renouvellement des passeports et des cartes d’identité. En parallèle, il faut trouver des moyens pour augmenter les ressources du syndicat.

— Justement, avez-vous des idées pour augmenter ces ressources ?

— Les ressources actuelles du syndicat sont très limitées et ne dépassent pas un million de L.E. par an. Elles proviennent essentiellement des cotisations des journalistes. Mon premier objectif est de trouver d’autres ressources. L’une des idées proposées est de louer le centre de formation du syndicat à de grandes entreprises. Je pense que cette idée peut fournir au syndicat 20 millions de L.E. qui permettront de combler le déficit dont souffre le secteur des pensions de retraite et qui est de l’ordre de 4,5 millions de L.E.

— Comment régler les divergences qui peuvent survenir entre les membres du conseil du syndicat et son président ?

— Je ne les considère pas comme des divisions mais comme des points de vue différents qui ne sont pas censés nous diviser. En tant que journaliste et membre du conseil du syndicat, j’ai travaillé avec 5 anciens présidents: Ibrahim Nafie, Galal Aref, Yéhia Qallach, Abdelmohsen Salama et Diaa Rashwan. Ils ont tout fait pour unifier les rangs des journalistes. Si je suis porté candidat, ce n’est pas pour provoquer des crises, mais pour apporter des solutions. J’accepte les différents points de vue; je m’engage volontiers dans les discussions afin de parvenir à des solutions satisfaisantes pour tout le monde.

— Qu’entendez-vous faire au sujet des journalistes détenus ?

— C’est un dossier épineux que le président actuel du syndicat, Diaa Rashwan, a cherché à régler. Si je suis élu à la tête du syndicat, je ferai de mon mieux pour fermer définitivement ce dossier. Je pense que le syndicat peut coopérer avec Diaa Rashwan, président de l’Organisme général de l’information et coordinateur du Dialogue national, afin de trouver une issue à ce problème.

— Pensez-vous que la loi actuelle sur la presse réponde aux aspirations des journalistes ?

— J’ai travaillé sur ce dossier avec tous les anciens présidents du syndicat. La loi actuelle ne renferme pas de clauses permettant l’emprisonnement des journalistes pour délit d’opinion. Les journalistes qui ont été pénalisés étaient impliqués dans des affaires criminelles. Selon la Constitution, un journaliste peut être pénalisé pour diffamation, pour incitation à la violence ou pour discrimination. La loi actuelle protège les droits des journalistes et aucun journaliste n’a été pénalisé ou détenu provisoirement sauf dans les trois cas que j’ai cités.

— Comment voyez-vous l’avenir de la presse en papier face à la presse électronique ?

— Je pense que le journal en papier va subsister face à l’émergence de la presse électronique. Le passage au numérique est pour les médias une étape nécessaire sur la voie de la modernisation, mais je ne crois pas que la presse en papier va disparaître. En tant que rédacteur en chef d’Al-Akhbar, je peux vous dire qu’on réalise encore des gains financiers en vendant le journal en papier. Je suis pour l’association des deux supports, papier et électronique, comme c’est le cas avec certains journaux européens.

— Certains journalistes se plaignent de ne pas avoir toujours accès à l’information. Qu’en pensez-vous ?

— Je ne peux pas nier ce problème. L’accès aux sources est parfois difficile, ce qui influence négativement le contenu journalistique. Ce dossier fait partie de mes préoccupations. Il faut trouver les moyens de mettre le journaliste en contact direct avec les sources afin qu’il ait facilement accès à l’information. Cela mettra fin aux rumeurs et aux informations non vérifiées.

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