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Moataz Zahran : Il s’agit de développer les différents aspects de coopération entre les pays africains et les Etats-Unis

Sahar Zahran , Mercredi, 14 décembre 2022

Washington accueille du 13 au 15 décembre le Sommet des dirigeants Etats-Unis-Afrique. L’ambassadeur de l’Egypte à Washington, Moataz Zahran, revient sur les enjeux de cette rencontre qui doit relancer le partenariat entre les deux parties.

Moataz Zahran

Al-Ahram Hebdo : Deux événements majeurs marquent les relations égypto-américaines, le sommet des dirigeants Etats-Unis-Afrique, du mardi 13 à ce jeudi 15 décembre, et le centenaire des relations bilatérales ...

L’ambassadeur Moataz Zahran : Les Etats-Unis et l’Afrique célèbrent leur centenaire avec un long itinéraire de relations diplomatiques. Les deux parties sont unanimes sur l’importance du partenariat stratégique qui les lie et qui réalise les intérêts communs entre eux. Il s’agit d’un partenariat prospère. Il ne se limite pas uniquement aux aspects politiques, mais également militaires et sécuritaires; et s’étend aux domaines économiques, commerciaux, énergétiques et climatiques.

Nous estimons que les Etats-Unis réalisent parfaitement que le poids politique et régional que représente l’Egypte est la pierre angulaire et le garant essentiel de la paix et de la stabilité régionale. Ainsi, la coordination américano-égyptienne se poursuit dans les différents dossiers vitaux de la région, avec en tête la cause palestinienne, la situation en Libye, en Syrie, au Yémen, entre autres, avec en tête le danger du terrorisme. Le dialogue stratégique entre les deux pays, qui a commencé en 2021 au niveau des ministères des Affaires étrangères, est intervenue pour refléter l’intérêt mutuel à faire évoluer cette relation et à l’approfondir. Les relations économiques bilatérales ont récemment connu un essor, ce qui s’est reflété sur le volume des échanges commerciaux, qui sont passés de 7 milliards de dollars en 2020 à 9,1 milliards en 2021. Les aspects de coopération se sont accrus dans les domaines de climat et de l’investissement.

Le sommet intervient à un moment où les relations bilatérales connaissent une effervescence. La participation égyptienne intervient après quelques semaines de la rencontre qui a réuni les deux présidents en marge de la conférence des Nations-Unies pour le changement climatique, COP27. Cette rencontre a été précédée du sommet de Djeddah, tenu en juillet 2022.

— Quel est l’agenda de ce sommet ?

— Le sommet aborde, sur 3 jours, les moyens de développer les différents aspects de coopération entre les pays africains et les Etats-Unis dans le cadre de l’exécution de l’agenda de développement africain, 2063. Depuis l’autonomisation des jeunes au rôle de la société civile en passant par des sujets tels que la paix, la sécurité et la gouvernance. Ajoutons à cela les partenariats dans les domaines de la santé, de la sécurité médicale, du changement climatique et de l’énergie. En parallèle, ce mercredi, se tient le forum des affaires entre les Etats-Unis et l’Afrique. Il doit aborder l’avenir des relations commerciales et d’investissements entre le continent et Washington, ainsi que les moyens de financer l’infrastructure et le transfert énergétique. Seront discutés également les partenariats dans les domaines de l’agriculture, de la transformation numérique et de la sécurité alimentaire.

— Le continent africain souffre de multiples crises depuis des années et l’indifférence internationale a exacerbé ses crises internes. Ce sommet aura-t-il impact sur l’avenir du continent ?

— Le sommet est une étape importante dans l’instauration du dialogue et de la transparence entre les Etats d’Afrique et les Etats-Unis. Les Etats-Unis, en tant que superpuissance, peuvent soutenir toute initiative au profit de la stabilité dans les foyers de tension. Cependant, ce rôle est complémentaire aux efforts africains qui sont effectivement poursuivis à travers les cadres institutionnels de l’Union africaine. Et ce, conformément aux priorités continentales et nationales des différents Etats et en fonction des principes de respect, d’égalité, d’intégrité et de souveraineté. Ensuite, vient le rôle le plus important consistant à relancer les efforts de développement dans le continent via l’injection des investissements et le raffermissement de l’échange commercial qui répond aux intérêts des deux côtés.

— Croyez-vous que le sommet raffermira l’engagement américain vis-à-vis des priorités sécuritaires dans le continent ?

— Comme je l’ai déjà mentionné, les cadres institutionnels africains en vigueur à travers l’Union africaine et le Conseil de paix et de sécurité africain sont les mécanismes-clés pour la réalisation de la paix et de la stabilité continentale. Ce sont ces cadres qui sont chargés de parvenir à des règlements pacifiques dans les foyers de tension. C’est à ce niveau-là qu’intervient le rôle de la communauté internationale et des puissances comme les Etats-Unis qui est complémentaire aux efforts africains. Il soutient les solutions proposées par les Etats africains par le biais de leurs mécanismes. Il est fondamental alors de renouveler l’engagement américain vis-à-vis des causes prioritaires en matière de sécurité.

— La guerre en Ukraine a donné lieu à des changements majeurs sur la scène mondiale. A votre avis, est-ce que l’intérêt américain au continent africain vient à l’ombre des craintes américaines de ne plus y trouver place, alors que les différentes puissances se livrent une concurrence en Afrique ?

— Effectivement, les tensions internationales actuelles impactent négativement tous les Etats du monde, et notamment les pays en développement, parmi lesquels les pays africains, qui ont été affectés par la crise alimentaire, la crise énergétique ou encore l’instabilité des chaînes mondiales d’approvisionnement ; auxquelles s’ajoute la crise économique qui sévit un peu partout. Il est certain que l’Afrique n’est pas à l’ombre de tous ces impacts, et par conséquent, elle tient à ne pas devenir une arène où se jouerait une compétition internationale féroce, mais elle se considère un partenaire à part entière et un joueur principal. Notre vision est claire. Nous sommes ouverts à toute coopération avec toutes les parties internationales de façon à contribuer à réaliser la paix, la sécurité et la stabilité internationale. Nous tenons beaucoup à relancer les efforts de développement, de sécurité, de santé et de commerce qui sont extrêmement prioritaires pour l’Afrique.

— Comment évaluez-vous le rôle de l’Egypte, qui est la voix de l’Afrique dans les différents forums ?

— L’Egypte se trouve en tête des participants au sommet. Le Caire a toujours été une voix de l’Afrique dans tous les forums mondiaux et déploie énormément d’effort pour préserver l’unité africaine. L’importance de la participation de l’Egypte au sommet des leaders Etats-Unis-Afrique émane non seulement de son appartenance au continent et son avant-gardisme dans un nombre de domaines, mais également pour avoir accueilli avec succès la COP27. De là émane l’importance de raffermir les partenariats intra-africains et avec les différents joueurs internationaux. Il est également question de faire face aux défis émergents et nouveaux en essayant d’assumer les fardeaux en collectif. Le Caire a commencé à partir de 2014 à considérer le continent africain comme l’une des priorités de sa politique étrangère. Pour ce faire, l’Egypte a dépendu tout au long des dernières années sur un cadre stratégique bien examiné, afin de réactiver les relations avec l’Afrique et les différentes institutions de l’Union africaine.

Les dernières années ont vu une intensification des relations bilatérales entre l’Egypte et toute l’Afrique. Le Caire a accueilli, à plusieurs reprises, des leaders africains, afin de relancer les relations bilatérales et concerter avec eux sur les causes régionales. En outre, l’Egypte a toujours communiqué avec les partenaires stratégies de développement, afin d’exécuter les projets dont rêve l’Afrique.

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