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Moustapha Al-Fiqi : La Bibliotheca Alexandrina est devenue la plus importante bibliothèque au Moyen-Orient

Nasma Réda, Mercredi, 20 avril 2022

A l’occasion de la parution de son dernier livre, le directeur de la Bibliotheca Alexandrina, Moustapha Al-Fiqi, revient sur les différentes étapes de sa vie de diplomate et d’homme politique.

Moustapha Al-Fiqi,

Al-Ahram Hebdo : Dans votre dernier ouvrage, « Le Roman … Voyage dans le temps et dans l’espace » (Al-Rowaya … Réhlat Al-Zaman wal Makan), vous avez parlé de plusieurs étapes dans votre vie. Pourquoi vous ne le considérez pas comme une biographie, comme vous le dites dans la préface ?

Moustapha Al-Fiqi : Chaque chapitre du livre retrace de façon détaillée une phase importante de ma vie. Cet ouvrage n’est ni un journal intime, ni une biographie, mais je suis allé au-delà de tout cela pour montrer avec honnêteté, aux nouvelles générations, ce long chemin parcouru. Je me suis plongé dans la vie de l’exprésident Gamal Abdel-Nasser en tant qu’observateur. En ce temps, j’étais encore jeune et je faisais mes premiers pas en politique après avoir obtenu mon diplôme en 1966 de la faculté d’économie et des sciences politiques à l’Université du Caire. Je cherchais encore à trouver mon avis personnel. Quant à l’époque du président Mohamad Anouar Al-Sadate, j’ai participé à la vie politique en tant que membre du ministère des Affaires étrangères, mais je suis resté comme spectateur qui évalue de près les circonstances politiques. Enfin, j’ai participé à la vie politique pendant l’époque du président Mohamad Hosni Moubarak. Ma vie est faite de hauts et de bas, de victoires et de revers, de réussites et d’échecs. Mon parcours confirme aux nouvelles générations que la vie n’est qu’un moyen pour atteindre notre objectif.

En rédigeant mon nouveau roman, je n’ai pas prétendu ce que je n’ai pas fait. Je me suis appuyé plutôt sur ce que j’ai concrètement réalisé, ce que j’ai vu ou entendu. Je ne me suis pas permis d’inventer un fait ou de prétendre à l’héroïsme. Ce livre est plein d’informations, de narration de faits qui se disent pour la première fois. Bref, c’est un résumé d’une expérience de vie qui fait partie de la mémoire de toute une génération qui gardera un grand amour de la patrie.

— D’après les vingt chapitres, on constate que votre carrière en tant que diplomate vous a beaucoup influencé. Est-ce que cette période est considérée comme étant un vrai tournant dans votre vie et votre personnalité ?

— La diplomatie égyptienne est l’une des plus anciennes au monde, et c’est un honneur d’en faire partie. L’histoire a commencé depuis que j’ai obtenu mon diplôme en sciences politiques de l’Université du Caire. J’ai travaillé dans différents pays d’Europe, en Inde et ailleurs. A cet égard, je me souviens que l’ambassadeur de Grande-Bretagne m’a dit un jour que la diplomatie égyptienne est l’une des trois grands corps diplomatiques au monde avec sa capacité de traiter, de négocier et d’échanger les relations diplomatiques. Ainsi, en fêtant son centenaire cette année, j’adresse mes salutations les meilleures à ce grand corps.

— Quelles sont les périodes considérées comme « glorieuses » pour la diplomatie égyptienne ?

— La diplomatie égyptienne jouit d’une longue histoire. Mais sa politique a changé pendant ces cent ans. J’avoue que les premières années étaient liées, surtout à de grandes personnalités tel Ahmed Farag Taîye, premier ministre égyptien des Affaires étrangères, qui a été nommé ainsi après la Révolution de 1952, et le renversement de la monarchie et la proclamation de la République. De même, je peux également citer le nom de Mahmoud Fawzy, qui est devenu ministre des Affaires étrangères pendant la crise de 1956 (la Guerre de Suez opposant l’Egypte à l’Alliance de la France, de la Grande-Bretagne et d’Israël après la nationalisation de la Compagnie du Canal de Suez). Par sa sagesse et sa diplomatie, Fawzy a pu jouer un rôle important dans les négociations internationales évitant à l’Egypte d’avoir plus d’ennuis. De même, la diplomatie était toujours côte à côte avec l’armée égyptienne, et cela est apparu à la suite de la défaite de juin 1967 et l’occupation israélienne de la péninsule de Sinaï jusqu’à la victoire en 1973.

— A propos des guerres, pensez-vous que le monde risque une troisième guerre mondiale en raison de la crise Russie-Ukraine ?

— Tout le monde en parle malheureusement. On ne le souhaite pas, mais les répercussions de la crise russoukrainienne s’aggravent jour après jour. Je crois qu’il est temps que les deux parties s’assoient à la table de négociation sans l’intervention d’une troisième partie pour résoudre rapidement cette crise. J’ai été choqué par la menace d’utilisation d’armes nucléaires. A cet égard, je dois saluer la position de l’Egypte envers cette crise qui est jusqu’à maintenant très équilibrée et en même temps raisonnable. En effet, l’Ukraine doit réaliser que son destin n’est pas garanti par des pays étrangers, mais par son peuple. D’autre part, la Russie doit respecter le droit international.

— D’après les chapitres de votre livre, vous avez occupé plusieurs postes. Lequel préférez-vous ?

— J’adore porter plusieurs casquettes … Je suis diplomate, parlementaire, journaliste, universitaire et un homme de politique. J’avoue qu’après des années en tant que secrétaire de l’ex-président Hosni Moubarak, j’ai vécu un âge d’or. Je la retrace en détails, dans le neuvième chapitre de mon ouvrage que j’ai intitulé : « La sortie du bureau présidentiel … Une nouvelle vie ». J’ai commencé ma nouvelle carrière en enseignant dans les universités égyptiennes et ailleurs ainsi qu’à l’Institut des études diplomatiques. J’ai fondé et présidé pendant trois années consécutives l’Université britannique au Caire et j’ai écrit une trentaine de livres dont un grand nombre a été traduit en anglais et en français en plus de mes articles réguliers publiés dans les journaux égyptiens. Je préfère tous ces surnoms parce que je suis convaincu des personnalités « encyclopédiques » riches par leurs connaissances dans différents domaines et qui utilisent toutes leurs compétences pour aboutir à leurs buts et réussir dans des domaines multiples dans leur vie.

— Comment voyez-vous votre mission en tant que directeur de la Bibliotheca Alexandrina depuis le 28 mai 2017 ?

— Cette bibliothèque est un important établissement culturel qui aspire à faire revivre l’esprit de l’ancienne bibliothèque disparue depuis des milliers d’années, et qui avait joué un rôle culturel important, puisqu’elle regroupait une collection culturelle représentant toutes les civilisations de la Méditerranée : égyptienne, romaine, grecque et même celle de l’Europe moderne. L’actuelle bibliothèque est devenue, surtout pendant les dernières années, la plus importante bibliothèque au Moyen-Orient. Elle se charge non seulement du soutien culturel, mais aussi de la préservation du patrimoine et de la créativité.

Elle collabore dans différentes activités avec de grandes institutions mondiales comme l’Unesco, l’Institut du monde arabe, la bibliothèque du Congrès américain, ou avec le Musée britannique. C’est un centre culturel conservant des milliers de livres variés et une collection rare d’ouvrages dans différents domaines en plus de ses musées d’antiquités et ses recherches archéologiques et culturelles. Durant mes cinq années à la tête de ce géant établissement, j’ai déployé tous mes efforts afin de garantir qu’elle soit pionnière dans toute la région arabe et celle du Moyen-Orient. En vue de montrer son importance, on organisera dans quelques semaines, probablement en mai, de grandes festivités célébrant son 20e anniversaire.

— Alors, pourquoi avez-vous offert dernièrement toute votre collection de livres ?

— J’avais chez moi plus de 10 000 ouvrages dans des domaines variés, dont une collection de livres rares de grande valeur historique, et la Bibliothèque d’Alexandrie est le meilleur endroit pour les préserver et les offrir aux générations futures.

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