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Gabriel Sawma : Nous ne pouvons pas fermer le pays et le mettre à l’arrêt à cause du virus

Amira Doss, Mardi, 31 mars 2020

Alors que les Etats-Unis sont devenus cette semaine le nouvel épicentre de la pandémie, l’Administration américaine est fortement critiquée pour sa gestion de la crise. Gabriel Sawma, membre du comité consultatif du président américain Donald Trump, explique à Al-Ahram Hebdo les raisons de cette politique controversée.

	Gabriel Sawma

Al-Ahram Hebdo : Les Etats-Unis ont dépassé cette semaine l'Italie et la Chine en enregistrant quelques 140 000 cas. Face à cela, de vives critiques fusent concernant la réaction tardive de l’Administration américaine. Qu’en pensez-vous ?

Gabriel Sawma : L’Etat n’a pas tardé à prendre les mesures nécessaires pour faire face à ce fléau et éviter la forte accélération du nombre de cas. Lorsque l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait déclaré que l’Europe était devenue l’épicentre de la pandémie, le président Donald Trump a tout de suite décidé de fermer les frontières avec les pays européens.

On lui a même reproché d’avoir pris cette décision sans prévenir les chefs d’Etat européens. Mais ce qui comptait pour lui, c’était d’éviter la transmission du virus dans nos territoires. Nous avons ensuite décidé la suspension de tous les vols. L’état d’urgence national, annoncé le 13 mars, a permis d’accélérer la mise en place des tests de dépistage. Aujourd’hui, la raison derrière ces chiffres élevés, c’est que nous avons effectué plus de tests que n’importe quel autre pays du monde et notre capacité de dépistage continue à croître. Nous avons effectué en 8 jours le même nombre de dépistage fait en Corée du Sud en 8 semaines. Nous possédons le test le plus avancé au monde. Nous avons également isolé les lieux de forte propagation. Malgré les chiffres en hausse concernant le nombre de personnes atteintes, le taux de mortalité relativement bas représente une lueur d’espoir, à savoir 1,5 % comparé à 7,7 % de l’Espagne et 10 % de l’Italie. Notre but est d’aplatir la courbe, de ralentir le nombre et la vitesse à laquelle de nouvelles personnes sont infectées.

— C’est à New York, capitale économique du pays, que l’accélération du virus est la plus forte. Quelles mesures ont été prises pour apporter de l’aide à cet Etat ?

— Le virus frappe en principe les lieux de grande densité. Tel est le cas de New York qui compte, à elle seule, la moitié du nombre de décès recensés dans le pays. Aujourd’hui, cette ville est à l’arrêt en raison du confinement. Le taux de nouvelles infections double tous les trois jours. Ce qui a nécessité des décisions exceptionnelles pour venir en urgence. Le président a approuvé d’y construire 4 hôpitaux provisoires de secours qui pourront accueillir au moins 1 000 cas, chacun. Et ce, en plus d’un hôpital de secours qui vient d’être achevé et qui sera opérationnel à Manhattan cette semaine. Des hôpitaux entiers seront exclusivement consacrés aux patients atteints du Covid-19, pour éviter le risque de contamination parmi les autres patients. Nous allons également utiliser les hôpitaux flottants appartenant à l’armée ainsi que des géants centres commerciaux comme Javits Center situé à New York. Le président Trump a aussi ordonné au constructeur automobile General Motors de fabriquer des respirateurs artificiels dans le plus proche délai possible. Nous sommes conscients des secours du personnel de santé qui manque, dans certains centres, d’équipements de protection. Nous allons aussi fournir des gants et des masques en grandes quantités.

— Le président américain s’est prononcé réticent face au prolongement du confinement. Il a même laissé entrevoir une levée des restrictions avant Pâques, le 12 avril. Comment cela peut-il être possible dans de telles conditions ?

— L’Administration sait que cette échéance a soulevé de vives polémiques. Certains l’ont même jugée catastrophique, avançant que cela risque de provoquer un deuxième pic de contamination. Mais le président a demandé le conseil d’une équipe d’experts scientifiques et décidera prochainement, selon leurs directives, de l’approche à prendre. Le président estime qu’un confinement prolongé pourrait détruire le pays et qu’une grave récession pourrait faire plus de victimes que celles dues au virus. Il espère rouvrir le pays d’ici Pâques. L’impact de la pandémie sur l’activité économique est lourd, 46 millions de personnes pourraient se trouver sans emploi. Nous anticipons une perte de 350 milliards de dollars du Produit Intérieur Brut (PIB). L’indice Dow Jones est tombé cette semaine à son plus bas depuis novembre 2016.

Le président avait déclaré que le remède pourrait être pire que le mal. A la fin des 15 jours de semi-confinement, il tentera de trouver des compromis. Nous désirons que le pays soit bientôt ouvert aux affaires, retourner au travail plus tôt que les gens ne le pensent, tout en respectant la distanciation sociale. Pour le président, on peut détruire un pays en le fermant de cette façon. Et une grave dépression peut faire plus de morts que l’épidémie. La grippe saisonnière a tué 34 000 personnes en 2018-2019 aux Etats-Unis et on n’a pas mis le pays à l’arrêt.

— Ce désir de rouvrir bientôt le pays ne révèle-t-il pas que l’Administration est en train de minimiser la menace ou de la sousestimer ? — Bien au contraire. Les décisions prises par l’Administration pour soutenir l’économie prouvent à quel point elle est consciente de l’ampleur du danger. Le président a même comparé la crise actuelle à celle du 11 Septembre. Nous proposons une reprise graduelle de l’activité dans certaines régions du pays, les moins touchées par le virus. Nous avons prévu un gigantesque plan de relance. Le Sénat a approuvé un plan historique de soutien à l’économie de 2 000 milliards de dollars. La Banque Centrale américaine a de son côté promis de continuer à prêter de l’argent aux petites et moyennes entreprises, qui sont les plus vulnérables en raison du ralentissement très fort de l’activité. Un budget sera consacré aux allocations chômage. Le secrétaire au Trésor a promis que le plan d’aide permettrait aux entreprises de réembaucher les nouveaux chômeurs. Nous avons prévenu une aide pour les prêts étudiants qui représentent un lourd fardeau pour les travailleurs américains. Le président a demandé d’acheter à très bon prix de grandes quantités de pétrole brut pour le stockage.

Mais la crise économique risque d’être plus meurtrière que le virus. Quand le monde se met à l’arrêt, c’est la psychose qui progresse. Il y a trois semaines, nous avions la meilleure économie de notre histoire. Nous ne pouvons pas attendre que la crise du coronavirus provoque une pénurie alimentaire.

— Les médias américains diffusent des appels de secours de la part du personnel de santé, qualifiant la situation dans les hôpitaux d’alarmante. Comment allez-vous réagir ?

— La situation varie d’un Etat à l’autre. Dans certaines régions, le besoin de lits d’hôpitaux supplémentaires est urgent. Nous admettons qu’il existe un manque de matériel médical, surtout en matière de respirateurs artificiels. Nous faisons tout pour que les hôpitaux, notamment les soins intensifs, ne soient pas débordés de patients. Nous sommes en train de revoir tout le système d’assurance médicale. Un grand nombre d’individus ne bénéficient pas de remboursement des frais de santé dont le coût peut souvent être très élevé. Nous révisons également le droit des travailleurs à demander des congés maladie avec maintien de salaire et de restreindre le droit des employeurs de licencier des salariés malades.

— Malgré l’aspect global de la crise actuelle, la communauté internationale n’a pas pris de mesures collectives pour faire face à ce danger ...

— En effet, la situation est très complexe. Chaque Etat a ses propres calculs. Les pays se sont repliés sur eux-mêmes, les solutions n’ont été ni cohérentes ni coordonnées, elles ont même parfois été chaotiques. Ce n’est pas l’heure de faire des comptes. Mais une fois la crise révolue, nous allons demander des explications à de nombreux pays, notamment ceux qui ont tardé à prévenir l’OMS de l’apparition des premiers cas du Covid-19 dans leurs frontières, et ceux qui ont refusé d'apporter de l’aide en matière d’équipements de santé. Pourtant, des discussions sont en cours avec des représentants de l’OMS, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, afin d’aider à éliminer la pandémie et à en minimiser l’impact économique.

— Le monde est en course à la recherche d’un vaccin contre le virus. Où en sommes-nous ?

— Nous sommes très optimistes par rapport aux recherches effectuées dans ce domaine jusqu’à l’heure actuelle. Je suis sûr que tout remède ou vaccin produit aux Etats-Unis sera accessible à toutes les populations du monde et à prix abordable .

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