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Mohamad Al-Orabi: « Aujourd’hui la diplomatie égyptienne est faible »

Propos recueillis par Osman Fekri, Mardi, 28 mai 2013

Ancien ministre des Affaires étrangères et membre du Front National du Salut (FNS), Mohamad Al-Orabi regrette que l’Egypte n’ait plus de ligne diplomatique claire. Il estime qu’il est urgent de renforcer les liens avec l’Afrique et les pays arabes. Entretien.

Mohamad Al-Orabi
Mohamad Al-Orabi

Al-Ahram hebdo : Vous avez été ministre des Affaires étrangères au lendemain de la révolution de janvier 2011. La diplomatie égyptienne a-t-elle changé d’orientation avec le nouveau régime ?

Mohamad Al-Orabi : La diplomatie égyptienne passe par une phase de faiblesse. Quand la situation interne est fragile, la politique et les relations étrangères en sont affectées, c’est normal. Il faut d’abord mettre de l’ordre chez soi, il faut que la situation politique se stabilise, c’est cela qui permettra à l’Egypte de trouver son chemin.
L’Europe, les Etats-Unis, les pays africains et ceux du Golfe, bref tout le monde observe l’Egypte pour voir où elle va atterrir. C’est pourquoi j’appelle la présidence, les Frères musulmans, le gouvernement et l’opposition, y compris le FNS, à dépasser leurs divergences et à placer l’intérêt national avant tout pour que l’Egypte retrouve son leadership dans son entourage arabe et africain.

— Au niveau des relations avec l’Afrique, d’abord quelle est la situation ?

— L’Egypte a négligé l’Afrique durant les années Sadate et Moubarak. D’autres pays comme le Qatar et Israël ont exploité le vide laissé par l’Egypte. Mais il n’est jamais trop tard. Je souhaite que l’on puisse trouver des solutions aux problèmes qui empêchent le renforcement de nos relations avec les pays africains qui se situent surtout au niveau de la communication et du transport.

— Parlant de l’Afrique, comment percevez-vous le déplacement en Ethiopie de Mohamad Morsi pour participer au sommet de l’Union africaine ?

— Bien qu’elle semble n’avoir rien apporté de concret, cette visite était importante dans la mesure où elle a permis au président Morsi de rencontrer beaucoup de dirigeants africains. C’est très important pour faire fondre la glace entre l’Egypte et les pays du continent.
Pour l’Egypte, l’Afrique est une passerelle économique importante. Le Nil se trouve en tête des intérêts économiques de l’Egypte. Il représente 95 % de nos ressources en eau. Les rencontres du président Morsi à Addis-Abeba s’avèrent importantes pour les négociations autour de ce dossier.

Nous devons reconnaître que pendant longtemps, nous avons traité les pays du Bassin du Nil avec arrogance, sans tenir compte de leurs intérêts. Ce qu’il faut faire aujourd’hui, c’est coopérer avec eux pour pallier les problèmes qui résulteraient du barrage qu’entend construire l’Ethiopie sur le Nil.

— Passons aux pays du Golfe. Les relations diplomatiques sont-elles en perte de vitesse ?

— J’insiste d’abord sur le fait que la sphère arabe est la plus importante pour les relations étrangères de l’Egypte. Or, il se trouve que les relations avec les pays arabes sont pour le moment en panne, elles sont figées. On ne peut pas dire que l’Egypte entretient de relations particulières avec tel ou tel pays arabe. Cette situation est à la fois dangereuse pour nous et pour eux.

Bien que dans son premier discours après son élection, Morsi ait promis que l’Egypte n’exporterait pas sa révolution vers les pays voisins, dont ceux du Golfe, les crises se sont aussitôt manifestées avec l’arrestation aux Emirats des membres d’une cellule se revendiquant des Frères musulmans, et avec une affaire similaire au Koweït.

Le président Morsi a changé de ton lors de son discours au sommet de Doha, en affirmant que l’Egypte ne se permettrait pas de s’ingérer dans les affaires des autres pays et ne permettrait à personne de s’ingérer dans ses propres affaires. En tant que diplomate, j’estime que ce genre d’allusions ne doit pas avoir lieu dans un discours public. La gestion des crises se fait dans la discrétion, à huis clos.

— Beaucoup d’Egyptiens considèrent l’Iran avec appréhension. Cette suspicion est-elle justifiée ?

— Quand j’étais chef de la diplomatie, j’étais contre un rétablissement rapide des relations avec l’Iran. J’estimais qu’il fallait d’abord s’engager avec eux dans un dialogue stratégique qui leur permettrait de connaître la position égyptienne vis-à-vis des importants dossiers de la région, et qui nous permettrait aussi de connaître leur vision. Personnellement, je ne crains pas l’influence politique de l’Iran, ce que je crains par contre, c’est son influence économique qui risque d’être négative à un moment où la situation économique de l’Egypte est très préoccupante.

— Craignez-vous une islamisation ou une « frérisation » du ministère des Affaires étrangères ?

— Non, aucune crainte à ce niveau. La diplomatie égyptienne est une institution patriotique, et c’est aussi une institution qui demande des compétences techniques très pointues. Ce qui me préoccupe, c’est le message dont la diplomatie égyptienne est aujourd’hui porteuse. Il faut s’entendre sur le message que nous avons à adresser au monde extérieur. Jusqu’à maintenant, je n’arrive pas à l’identifier. Ce message doit être formulé le plus tôt possible, faute de quoi la diplomatie égyptienne restera dans son état actuel de faiblesse.

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