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Jihad Maqdissi : Une trêve militaire, sans processus politique, serait un échec

Samar Al-Gamal, Jeudi, 02 mars 2017

Jihad Maqdissi, ancien porte-parole du ministère syrien des Affaires étrangères et chef du « Groupe du Caire » de l’opposition syrienne à Genève, appelle Staffan de Mistura à mener des négociations multipartites sur le modèle du Conseil de sécurité. Entretien.

Jihad Maqdissi : Une trêve militaire, sans processus politique, serait un échec
Jihad Maqdissi : Une trêve militaire, sans processus politique, serait un échec.

Al-Ahram Hebdo : Qu’est-ce que vous avez achevé jusqu’à présent à Genève ?

Jihad Maqdissi : Nous discutons encore de la forme que doivent prendre les négociations. Staffan de Mistura cherche à encourager l’opposition syrienne à négocier avec un groupe unifié. Cette tentative n’est pas nouvelle, mais nous ne pensons pas que ce soit aussi important.

— Qu’en est-il des négociations multipartites ?

— Toutes les négociations qui se tiennent à l’Onu impliquent plusieurs centaines de personnes qui parviennent à un compromis. C’est le cas au Conseil de sécurité, qui compte 15 membres. En 2014, une seule délégation de l’opposition a rencontré celle du régime, pourtant, aucune issue n’a été trouvée. A mon avis, les méthodes de De Mistura ont besoin de changer.

— A quel type de changement pensez-vous ?

— Nous lui avons, par exemple, proposé de suivre un modèle similaire à celui du Conseil de sécurité lorsqu’il a affaire à plusieurs groupes. Il s’agit de proposer un texte avec les points proposés par les différentes délégations, le pouvoir et l’opposition. Le représentant onusien nous a proposé un document sur 3 sujets : les amendements constitutionnels, la gouvernance et les élections. Il devra donc préparer un papier pour chaque thème, inspiré de son expérience de presque 6 ans sur le dossier syrien. L’idée c’est qu’il propose une vision qui puisse servir de base pour ensuite réunir les différentes parties autour d’un texte commun. La finalité est de parvenir à un texte qui reflète la vision de toutes les parties. Nous attendons sa réponse.

— Mais comment procède-t-il dans les négociations en cours ?

— Il m’est difficile de répondre. Hormis la séance d’ouverture, nous n’avons rencontré M. De Mistura que deux fois, et nos discussions ont surtout porté sur les procédures formelles. Même en parlant des 3 paniers de discussions, il dit qu’un accord est tributaire d’une entente sur les 3 thèmes. Une avancée sur l’un ne servirait donc à rien si un autre est bloqué.

— Qu’est-ce qui a changé à Genève 4 par rapport aux précédentes négociations ?

— Probablement, le rapprochement turco-russe qui a eu lieu à Astana et qui a servi de coup d’envoi pour Genève 4. C’était aussi une occasion pour les groupes armés de s’engager à respecter une solution politique.

— Le représentant de l’Onu ne s’attend-il pas à une percée au cours de ce nouveau round ?

— Peut être. Mais il veut surtout maintenir l’élan pour éviter l’enterrement du processus politique ou la conclusion d’une simple paix entre une armée régulière et des groupes armés. Il cherche une avancée sur les dossiers, en dehors de ce qui se passe sur le terrain. Nous ne nions pas qu’il y ait un problème militaire, mais le politique est la question principale. Une trêve militaire, sans processus politique, serait un échec. Nous voulons une paix et non pas un gel du conflit.

— Aujourd’hui, quel est le principal obstacle pour parvenir à cette paix ?

— Certains sont venus à Genève par obligation, mais ils veulent une victoire absolue. Je pense que la principale entrave est qu’ils ne sont pas totalement convaincus que le processus de négociation est l’unique solution. Je fais référence aux faucons des deux parties. Les faucons du pouvoir et ceux de l’opposition.

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