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Richard Banks : Il faudra dévaluer la livre. Cela va faire mal

Marwa Hussein, Mercredi, 28 septembre 2016

Entretien avec Richard Banks, Consultant éditorial des conférences Euromoney pour la région MENA.

Richard Banks : Il faudra dévaluer la livre. Cela va faire mal
Richard Banks

Al-Ahram Hebdo : A quel point l’effet social des réformes annoncées par le gouvernement, comme l’application de la TVA ou la baisse des subventions, vous inquiète-t-il ?

Richard Banks : L’effet social des réformes doit être limité. Les subventions sont injustes, il vaut mieux donner l’argent aux gens et les laisser décider comment le dépenser. L’une des raisons des problèmes dans les budgets des pays émergents est le système de subvention. Cela ne veut pas dire priver les gens qui en ont besoin, mais leur donner l’argent pour qu’ils paient au prix du marché.

— La hausse des prix des carburants et de l’énergie a un effet immédiat sur les prix et l’inflation, les classes démunies vont en pâtir. Qu’en dites-vous ?

— Les plus vulnérables dans la société sont pris en considération et reçoivent des aides du gouvernement. La majeure partie des subventions à l’énergie va vers les usines et les riches, ce sont les plus grands consommateurs. En fait, les subventions sont utilisées pour subventionner ceux qui n’en ont pas besoin.

— Qu’en est-il de la classe moyenne qui se plaint déjà ?

— Avec les subventions, le système n’est pas dans le vrai monde. Il y a trop de distorsion sur le marché. Pour passer vers un système réel, le gouvernement ne peut pas continuer à subventionner. Il faut par contre qu’il maintienne un système de santé et d’éducation acceptable.

— Mais les gouvernements occidentaux subventionnent les agriculteurs. Pourquoi éliminer les subventions dans des pays plus pauvres ?

— Je crois que le système des subventions agricoles en Occident est ridicule et crée des distorsions, il ne doit pas exister non plus. Je ne suis pas d’accord avec ce système, pourtant, il existe. Donc peut-être que vous devez subventionner l’agriculture égyptienne, mais vous devez aussi la rendre plus efficace. Le système est le même depuis des centaines d’années, les fermes doivent être élargies et il faut introduire plus de technologie, cela change le tissu social. En Grande-Bretagne, on a seulement 1,5 % de la population qui vit de l’agriculture contre 25 % en Egypte. L’Egypte doit bouger dans cette direction, mais la question est comment le faire sans exclure les gens et sans qu’ils en souffrent. La chose la plus importante que nous avons entendue du gouvernement, de la Banque mondiale et du FMI est qu’ils comprennent qu’il n’est pas possible de gérer une économie sans prendre en considération l’effet sur les plus démunis, ce qu’ils ne comprenaient pas il y a 20 ans. Il faut arrêter les subventions et restructurer l’économie, mais il faut que la priorité soit de voir comment cela affecte les plus démunis et comment limiter cet effet. La classe moyenne va en souffrir, il faudra survivre avec. En Grande-Bretagne, on subventionnait l’hypothèque immobilière et bien d’autres choses, maintenant, la classe moyenne n’a plus cela. Le gouvernement ne pouvait plus soutenir le même niveau de dépenses. Cela fait mal, mais il n’y a pas d’autres choix.

— Le gouvernement a imposé des restrictions sur les importations et le transfert d’argent à l’étranger pour alléger la crise monétaire. Combien de temps cela peut-il durer ?

— Je ne sais pas jusqu’à quand cela durera, mais je crois que dans 3 à 6 mois, il faudra dévaluer la livre. Cela va faire mal, mais ce sera fait une bonne fois pour toutes. Je crois que le FMI et toutes les autres institutions vont encourager ces politiques. Mais en tout cas, l’Egypte doit réduire ses importations.

— Qu’est-ce qui vous rend optimiste quant aux réformes à venir ?

— Les propos des responsables lors de la conférence ont été satisfaisants et réalistes, ils reconnaissent les problèmes et que la situation est difficile, que la reprise sera lente. C’est un changement important par rapport aux années précédentes, quand le gouvernement se satisfaisait de vanter ses plans et parlait de grands projets alors que d’autres priorités nécessitaient moins de temps et de ressources, comme les systèmes de canalisation, les routes et l’électricité.

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