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André Parant : Les relations franco-égyptiennes ont rarement été aussi bonnes

Aïcha Abdel-Ghaffar, Mercredi, 16 décembre 2015

A l'occasion de la visite en Egypte du président français, François Hollande, prévue au cours du premier semestre 2016, l'ambassadeur de France au Caire, André Parant, revient sur les relations bilatérales, la lutte contre le terrorisme et la situation régionale. Interview.

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L'ambassadeur de France au Caire, André Parant

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous les relations franco-égyptiennes ?

S.E. M. André Parant : Les relations bilatérales sont excellentes, elles ont rarement été aussi bonnes, il y a une longue tradition d’amitié entre les deux pays, et je crois que la visite du président Sissi à Paris en novembre 2014 a donné un élan à nos relations dans tous les domaines.

— La France contribuera-t-elle à certains des projets lancés par le président Sissi ?

— Le président Sissi souhaite que les entreprises françaises participent à ces grands projets, notamment ceux qui sont prévus dans le cadre du développement de la zone du Canal de Suez. Des entreprises françaises ont effectivement exprimé leur intérêt. Des discussions sont en cours pour la construction d’un certain nombre d’infrastructures dans la zone du Canal, ou pour des projets industriels qui seront créés dans cette zone. Il y a aussi le projet de la nouvelle capitale pour lequel la France est sollicitée, notamment au niveau de l’expertise. Il y a beaucoup de projets de coopération, mais les trois plus grands sont ceux de la nouvelle capitale, de la construction d’une ville nouvelle sur la côte méditerranéenne à côté de Alamein, et d’une ville nouvelle sur la mer Rouge du côté d’Al-Aïn Al-Sokhna. Il y a une demande égyptienne exprimée au plus haut niveau de voir les entreprises françaises apporter leur concours pour la réalisation de ces projets. Des opérateurs français viendront en Egypte pour discuter avec les autorités égyptiennes pour voir exactement quelles sont les attentes égyptiennes, et pour voir comment les entreprises françaises pourraient participer à ces grands projets. Le résultat final dépendra des discussions que ces entreprises auront avec les autorités égyptiennes.

— L’Egypte et la France sont concernées par le phénomène du terrorisme. Comment la France entend-elle contrecarrer ce fléau ?

— Sur le plan interne tout d’abord, un certain nombre de mesures ont été prises. Il y a aussi un volet extérieur, puisque la menace provient à l’origine de Daech en Syrie et en Iraq. La France a immédiatement décidé, au lendemain des attentats de Paris le 13 novembre, d’intensifier ses frappes contre Daech dans ces deux pays. Le président de la République a envoyé le Charles de Gaule et le groupe aéronaval, d’abord en Méditerranée, et maintenant en mer Rouge et dans l’océan Indien, pour renforcer les capacités militaires de la lutte contre Daech, en même temps, il y a toute une action diplomatique qui s’est développée, c’est une action que la France ne peut pas mener seule, donc, la France souhaite mener en coordination et en concertation étroites avec tous ceux qui partagent ce même objectif de lutte contre Daech et de lutte contre le terrorisme. Cette action diplomatique a été menée auprès de nos principaux partenaires pour les convaincre eux aussi d’intensifier leurs actions en matière de lutte contre Daech. S’agissant de l’Egypte, elle ne fait pas partie de la coalition contre Daech, en revanche, nous avons en matière de lutte contre le terrorisme une coopération de plus en plus étroite avec l’Egypte et une collaboration au niveau des services de renseignements.

— Outre le terrorisme, l’Egypte et la France ont des points de vue convergents sur un nombre de dossiers, notamment régionaux. Pouvez-vous nous en parler ?

— Sur le processus de paix israélo-palestinien, nous avons la même position, nous sommes les uns et les autres convaincus que la situation actuelle ne peut pas durer éternellement, il faut d’une façon ou d’une autre reprendre la dynamique de ces négociations, pour essayer de mettre un terme au conflit. Sur la Syrie, on a des positions assez voisines, nous sommes convaincus qu’il ne peut y avoir qu’une solution politique. C’est un problème de sécurité extrêmement important pour l’Egypte, nous en sommes bien conscients, mais c’est un problème de sécurité nationale pour nous. En Libye aussi, on voit les terroristes développer leurs activités et leur présence. Il y a des flux de terroristes qui arrivent à travers le Sahara sur les côtes libyennes, et qui ensuite débarquent en Europe par bateaux à partir de la Libye. On est d’accord qu’il faut mettre un terme le plus rapidement possible au chaos qui règne dans ce pays. Ce que nous faisons avec l’Egypte et d’autres pays aussi c’est d’essayer de convaincre les parties libyennes de signer le plus rapidement possible l’accord mis au point sous l’égide des Nations-Unies le 21 septembre, et qui prévoit notamment la création d’un gouvernement d’union nationale et un conseil présidentiel. Parce que l’idée est que les institutions libyennes sont divisées, et il est très difficile de soutenir la Libye dans sa lutte contre le terrorisme, alors que les Libyens consacrent l’essentiel de leur énergie à se battre entre eux.

— Comment évaluez-vous la COP21 et la participation du président Sissi à cette grande conférence ?

— Le président Sissi était invité par le président Hollande pour la session inaugurale de la COP21 comme les chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier. Il a également participé à un sommet organisé à l’initiative du président Hollande sur les initiatives en faveur de l’Afrique dans le domaine de l’environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique. Le président Sissi a eu un certain nombre d’entretiens bilatéraux avec des responsables français, à commencer par le président Hollande, le premier ministre, le ministre de la Défense, le ministre de l’Intérieur. Essentiellement, ces pourparlers ont tourné autour de la lutte contre le terrorisme, des dossiers régionaux, la Libye, la Syrie et les questions bilatérales, notamment la coopération dans les domaines économique, militaire et sécuritaire ....

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