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Moustapha Kamel Al-Sayed: les prochaines élections seront dominées par les indépendants

May Atta, Mardi, 11 août 2015

Après un report de plusieurs mois, les élections législatives se tiendront avant la fin de l'année. Moustapha Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire, revient sur les enjeux du scrutin, et commente les récents amendements des lois électorales.

Moustapha Kamel Al-Sayed
Moustapha Kamel Al-Sayed (Photo: Mohamad Moustapha)

Al-Ahram Hebdo : Les élections légis­latives devraient, en principe, se tenir avant la fin de l’année. Comment voyez-vous le paysage politique à quelques mois du scrutin ?

Moustapha Kamel Al-Sayed : Le paysage poli­tique est plus que jamais éclaté et hétéroclite. Une multitude de forces et de partis politiques opèrent sur la scène, allant de la gauche à la droite en passant par les islamistes. Mais je crois que les indépendants joueront un rôle prépondé­rant dans ces élections. Selon la nouvelle loi électorale, 448 sièges sur les 568 du prochain parlement seront pourvus au scrutin uninominal et 120 au scrutin de liste. Cela veut dire qu’il y aura beaucoup de candidats indépendants sans étiquette politique claire. Du côté des partis politiques, je crois que ceux qui ont plus de moyens comme le parti des Egyptiens libres de l’homme d’affaires Naguib Sawirès, le Néo-Wafd ou la liste Fi Hob Masr (pour l’amour de l’Egypte) sont mieux positionnés pour faire des résultats, car l’argent comptera pour beaucoup dans ces élections. Je crois aussi que le parti salafiste Al-Nour est bien placé pour faire un score. Les salafistes sont très actifs dans les gouvernorats, les mosquées, les associations caritatives et en plus ils ont un parti.

— Et les Frères musulmans, pensez-vous qu’ils se présentent ?

— Ils ne se présenteront pas sous l’étiquette de la confrérie bien évidemment. Je pense que certains d’entre eux se présenteront en tant qu’indépendants en mettant à profit l’argent et les relations familiales.

— pensez-vous donc qu’il n’y ait pas de majorité claire au sein du prochain parle­ment ?

— Exactement. Je pense qu’il sera difficile d’avoir une majorité nette et claire au sein du prochain parlement, ce qui risque de compliquer sa tâche, car il y aura beaucoup de divergences.

— Pour la première fois, il n’y ait pas de parti étatique pour soutenir le président. Pensez-vous que cette situation se répercute sur les relations entre le chef de l’Etat et le prochain parlement ?

— Je ne crois pas que la relation avec le pro­chain parlement soit facile pour le président Abdel-Fattah Al-Sissi. On peut s’attendre à une collision entre le président et le parlement, sur­tout en ce qui concerne le domaine économique et la politique intérieure. Le président doit prendre quelque peu ses distances et laisser le parlement accomplir ses devoirs législatifs.

— Pensez-vous que les lois électorales récemment amendées soient conformes à la Constitution ?

— La classe politique est divisée sur cette question. Il existe deux points de vue. Certains trouvent que les lois électorales comportent tou­jours des failles, et qu’il n’est pas exclu qu’elles soient à nouveau déclarées inconstitutionnelles. Les interrogations portent surtout sur le scrutin de liste absolu, considéré par beaucoup comme injuste. D’autres trouvent, au contraire, que les lois électorales sont parfaitement conformes à la Constitution et excluent leur invalidation par la Cour constitutionnelle. Je crois que seule la Cour constitutionnelle a le droit de déterminer si les lois sont constitutionnelles ou non, si un jour un appel est engagé devant la Cour contre la constitutionnalité des lois.

— Est-ce que vous pensez que le scénario de 2012 et la dissolution du parlement ne se répéteront plus ?

— Je ne crois pas que ce scénario se répète, car la Cour constitutionnelle n’est plus obligée d’examiner les recours contre la constitutionna­lité du parlement dans un délai de 5 jours comme c’était le cas par le passé. La Cour peut prendre son temps et se prononcer au moment qu’elle juge opportun. Un projet de loi est actuellement en cours de préparation pour immuniser le parlement. En vertu de ce projet, si la Cour constitutionnelle décide que le parle­ment est inconstitutionnel à cause de l’inconsti­tutionnalité des lois, sa décision n’aura pas d’effet rétrospectif, et le parlement ne sera pas dissous. Mais ce projet de loi n’a pas été pro­mulgué jusqu’à présent. En tout cas, l’éventua­lité d’une dissolution du parlement existe même si elle est faible.

— Pourquoi dites-vous que le scrutin de liste absolu est rejeté par beaucoup ?

— En vertu de ce scrutin, la liste du parti qui obtient 50 % + 1 des voix rafle tous les sièges, alors que la liste qui obtient 49 % des voix n’a aucun siège. Une seule voix peut donc éloigner un parti du parlement. Je pense que ce scrutin est contre le principe de l’égalité stipulé par la Constitution. En outre, ce système ne se trouve que dans certains pays totalitaires comme la Corée du Nord. Le grand défaut de ce système est qu’il n’assure pas une grande variété au sein du parlement, surtout en ce qui concerne les courants et les partis politiques .

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