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Georges Ishaq, « Ceux qui ont voté oui vont regretter leur choix »

Propos recueillis par Héba Nasreddine, Mardi, 18 décembre 2012

Le Front du salut national, une coalition des mouvements d’opposition, refuse les résultats de la première phase du référendum, la qualifiant d’invalide. Entretien avec Georges Ishaq, l’un des fondateurs du Front, pour qui les protestations doivent se poursuivre jusqu’à ce qu’un nouveau scrutin soit organisé.

Georges Isaac

Al-Ahram Hebdo : Le « oui » arrive en tête de la première phase du référendum. Comment évaluezvous son déroulement ?

Georges Ishaq : C’est un nouveau scandale dans l’histoire du nouveau régime. C’est vrai qu’il ne s’agit pas encore d’un résultat final, mais nous le rejetons définitivement car il est invalide. Nous avons des rapports effectués par plusieurs organisations de la société civile affirmant que le scrutin a témoigné de nombreuses infractions et irrégularités. Entre autres, je peux citer la mobilisation des islamistes devant certains bureaux de vote pour influencer les électeurs et les inciter à dire « oui ». Il n’a été permis qu’aux observateurs islamistes d’assister au référendum ; la supervision judiciaire n’a pas été au rendezvous devant toutes les urnes et de simples fonctionnaires ont assumé cette mission délicate. Plusieurs bureaux de vote ont fermé leurs portes quelques heures avant la fin de l’heure annoncée, ce qui a empêché un bon nombre d’électeurs de voter … Nous avons aussi recensé quelques personnes qui ont été payées pour voter « Oui », et dans certains bureaux de vote, on a remplacé les urnes par d’autres remplies de bulletins marqués d’avance.

La liste est encore longue et montre l’insistance du régime sur le fait de faire passer ce projet de Constitution à tout prix. Je me contente d’emprunter l’expression du président du Centre du Caire pour les droits de l’homme, Bahieddine Hassan, qui a qualifié ce scrutin de « référendum à la Moubarak », étant donné le nombre d’irrégularités. C’est typiquement ce qui arrivait sous l’ancien régime.

— Qu’est-ce que le Front du salut national entend faire après ce résultat ?

— Le fait que la Haute Commission des élections a annoncé ce résultat et a fermé les yeux sur les fraudes montre qu’il y a une manoeuvre pour faire adopter ce texte. Le Front réclame qu’un nouveau scrutin soit organisé. D’ailleurs, l’avocat et ancien candidat à la présidence, Khaled Ali, a engagé un procès à cet égard. Nous tenons des réunions afin de sensibiliser les électeurs des provinces à dire « Non ». Les protestations et les sit-in vont se poursuivre jusqu’à ce que nos revendications soient satisfaites. Nous ne craignons rien.

Mais le Front ne peut pas agir seul, notamment parce que nous faisons l’objet d’une campagne de manipulation par les islamistes qui nous accusent d’être financés par des feloul (vestiges de l’ancien régime). Le peuple, lui aussi, devrait répondre à notre démarche. Je demande à tout électeur qu’on a empêché de voter ou qui a remarqué une fraude, de déposer une plainte pour mettre fin à cette farce avant qu’elle ne se répéte lors de la deuxième phase.

— Cela signifie-t-il que l’agitation va s’emparer du pays puisque les décisions de la Haute Commission des élections sont protégées contre tout recours ?

— Bien sûr, le pays se trouve aujourd’hui dans une vraie impasse. La tenue de ce référendum a été l’une des causes principales de la vague de protestations qui a frappé le pays ces dernières semaines. On s’attend même à ce que les jours à venir témoignent de confrontations violentes entre les pro et anti-Constitution. La deuxième phase du référendum sera, sans doute, plus agitée ...

— Quel sera donc le rôle de ce front qui cherche le salut national, dans la période à venir ?

— Le salut national ne se réalise jamais aux dépens de la démocratie et des libertés, premières revendications de la révolution.

Nous allons faire tout notre possible pour réaliser nos buts. Ce « Oui » nous ramène à la case départ. A mon avis, le problème réside dans le fait que ceux qui disent « Oui » pensent voter pour la religion, pour la tendance islamiste. La plupart de ces électeurs sont des analphabètes et des personnes démunies. D’autres estiment que ce « Oui » va rétablir la stabilité dans le pays après une période de transition agitée depuis la chute de l’ancien régime en février 2011. C’est tout à fait le contraire. Ceux qui ont voté « Oui » vont regretter leur choix. Les protestations et les manifestations vont se répandre dans tout le pays. Nous ne cesserons pas de dénoncer l’invalidité de ce projet de Constitution approuvé par des ignorants qui ne s’y connaissent pas en politique.

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