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L’or, aubaine ou malédiction ?

Amira Samir , Dimanche, 06 août 2023

En Afrique, l’or est à la fois une ressource stratégique et un catalyseur de conflits. Focus.

L’or, aubaine ou malédiction ?

Avec plus de 680,3 tonnes produites annuellement, l’Afrique fournit environ un quart de la production mondiale totale d’or. Pour redresser leurs économies perturbées par les crises mondiales successives, plusieurs pays africains ont commencé dernièrement à augmenter considérablement l’exploration et la production de ce métal, considéré comme une valeur refuge par excellence.

En effet, la production mondiale d’or a augmenté au cours de l’année 2022 d’environ 2,2 % pour atteindre 3 000 tonnes. Selon la plateforme Energy Capital & Power, 5 pays africains ont fait de nouvelles découvertes d’or en 2022, à savoir l’Ouganda, la Guinée, l’Egypte, le Ghana et le Maroc. Par ailleurs, la région de l’Afrique de l’Ouest renferme, à elle seule, 3 des 5 principaux pays producteurs d’or du continent, à savoir le Ghana, le Mali et le Burkina Faso. Selon les données du World Gold Council, le Ghana est le seul pays africain à figurer dans le top 10 mondial des pays producteurs d’or avec environ 117,6 tonnes. L’Afrique du Sud représente 4,2 % de la production mondiale d’or avec environ 100 tonnes. Ce pays d’Afrique australe est la deuxième plus grande réserve mondiale d’or et abrite un total de 86 mines d’or, y compris la plus grande ressource d’or du monde : le bassin de Witwatersrand. Il abrite également la mine de Mponeng, la plus profonde du monde, ainsi que la mine de South Deep, la plus importante en termes de réserves. Le continent noir compte d’autres mines d’or importantes, comme la mine de Loulou au Mali, la mine de Lihir en Nouvelle- Guinée et celle de Kibali en République démocratique du Congo.

Les « royaumes d’or »

Mais le métal précieux est aussi une source de conflits en Afrique. Derrière les attaques des groupes terroristes dans la région du Sahel en Afrique se cache une lutte pour le contrôle de ce que l’on appelle les « royaumes d’or ». Le Mali et le Burkina Faso sont parmi les pays les plus attractifs pour les groupes terroristes en Afrique. Le Mali, quatrième producteur d’or du continent (63,4 tonnes), abrite environ 350 sites d’extraction artisanale d’or. Plus de 10 % de la population de ce pays dépendent du secteur minier comme principale source de revenus. Selon le ministère des Mines, l’or y représente 75 % des exportations et 25 % du budget. Le Burkina Faso, cinquième producteur africain (45 tonnes), possède l’un des secteurs miniers les plus dynamiques de la région. L’exploitation minière dans ce pays représente les deux tiers des recettes d’exportation et 12 % du PIB, en plus de son rôle dans la fourniture de 61 000 emplois directs et indirects.

Au Mali et au Burkina Faso, les groupes terroristes se battent pour le contrôle de l’or. Les plus grands sites d’extraction dans le nord du Mali, comme celle d’Intaka à Gao, qui échappe au contrôle du gouvernement, sont placés sous la mainmise des groupes terroristes. Et ce, contrairement aux mines situées au sud et à l’ouest du pays, qui sont loin des terroristes. Outre les groupes terroristes, les sociétés minières internationales se disputent également les mines d’or comme c’est le cas au Mali. « Les groupes armés s’emparent de sites d’extraction d’or dans des zones où l’Etat est faible ou absent », explique Rahma Hassan, spécialiste dans les affaires africaines, avant de souligner : « Le conflit autour de l’or en Afrique a plusieurs dimensions, internes et externes. Outre les groupes terroristes, la rivalité entre les sociétés minières multinationales et la concurrence entre les grandes puissances sont un autre défi ».

Marchés illégaux

Selon la spécialiste, les répercussions de la concurrence internationale autour de l’or en Afrique sont nombreuses, comme notamment l’émergence de marchés illégaux. « Certaines parties externes jouent un rôle déstabilisateur en soutenant les groupes hors la loi qui contrôlent les mines d’or afin de maximiser leurs propres intérêts », explique Rahma Hassan. Par ailleurs, les organisations terroristes se battent avec le groupe privé russe Wagner, qui déploie ses membres dans plusieurs pays du « filon désertique », cette région qui s’étend du Soudan à l’est du continent jusqu’à la Mauritanie à son extrême ouest. Ce groupe russe est accusé de mener des activités minières en plus de sa mission principale qui est la lutte contre le terrorisme. Selon les analystes, l’entrée de Wagner dans la région a alimenté davantage les conflits autour de l’or dans cette région, surtout après qu’il eut acquis 78 % des actions de la société nationale malienne spécialisée dans l’or, Marena Gold. L’exploitation minière illégale est un autre défi. Le processus d’investissement dans la découverte de nouvelles sources d’or est financièrement non garanti. « En raison des conflits internes et de l’instabilité sécuritaire et politique, les opérations illégales d’exploration aurifère en Afrique connaissent une croissance continue », souligne Rahma Hassan. Et de conclure : « Les pays africains devraient mettre en place des cadres législatifs afin de réglementer le rôle des acteurs étrangers travaillant dans le secteur de l’extraction et de renforcer le rôle des entreprises nationales opérant dans ce secteur. L’Union africaine doit jouer, quant à elle, un rôle essentiel pour lutter contre les activités transfrontalières et faire face aux groupes armés en Afrique qui s’emparent des sites aurifères ».

Les 10 plus grandes réserves d’Afrique

1. Algérie (174 tonnes).

2. Afrique du Sud (125 tonnes).

3. Libye (117 tonnes).

4. Egypte (80,73 tonnes).

5. Maroc (22,12 tonnes).

6. Nigeria (21,37 tonnes).

7. Maurice (12,44 tonnes).

8. Ghana (8,74 tonnes).

9. Tunisie (6,84 tonnes).

10. Mozambique (3,94 tonnes).

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