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Football : La saison de tous les maux

Karim Farouk , Jeudi, 04 juillet 2024

Avec un arbitrage polémique, une mauvaise gestion du calendrier et des problèmes en série, le Championnat égyptien de foot est dans la tourmente. Une action est plus que jamais requise pour redresser la barre.

Football : La saison de tous les maux

Il ne passe plus une semaine sans que l’on assiste à un nouvel épisode du feuilleton bouillonnant du Championnat de football. Le foot égyptien fait désormais couler beaucoup d’encre et pas pour de bonnes raisons. Présidents des clubs, membres de la Fédération Egyptienne de Football (FEF), représentants de la Ligue Egyptienne Professionnelle (LEP) ne cessent de se critiquer mutuellement dans les médias en raison de la mauvaise gestion du football égyptien.

L’arbitrage est le dossier qui fâche. La rencontre entre Zamalek et Masry le 17 juin dernier a provoqué la colère des Blancs en raison d’une balle douteuse qui a coûté à l’équipe une défaite de 2-1. Le penalty, exécuté par Ahmad Al-Sayed (Zizo), a heurté la barre et est retombé dans les buts, mais les images et les ralentis de la télévision ne permettaient pas d’affirmer que le ballon avait franchi entièrement la ligne de but. L’arbitre a ainsi refusé d’accorder le but. Par la suite, Zamalek a décidé de boycotter le match contre Ahly qui était prévu le 25 juin, en guise de protestation contre la gestion de la compétition, notamment au niveau de l’arbitrage.

L’Ittihad d’Alexandrie s’est vu refuser un but légitime samedi 29 juin pour hors-jeu, suite à une grave erreur de l’arbitre assistant, alors que la technologie de la VAR était en panne. Moqaouloun a aussi porté plainte contre Mohamad Al-Hanafi, arbitre de son match contre Pyramids FC, dimanche 23 juin, sous prétexte qu’il n’était pas éligible pour ce match après avoir échoué aux tests physiques.

« Sur les 18 clubs du championnat, 15 ont présenté des plaintes officielles contre l’arbitrage. A chaque saison, il y a des plaintes, mais il faut admettre que cette saison les erreurs sont nombreuses et beaucoup de plaintes sont fondées. Nous allons discuter avec le chef du comité des arbitres (Vitor Pereira) pour mettre la main sur les problèmes et essayer d’y remédier le plus vite possible », a dit Ahmad Diab, président de la LEP. L’ancien arbitre portugais Vitor Pereira avait été recruté en mars 2023, en succession à l’Anglais Mark Clattenburg pour diriger le comité des arbitres et relever le niveau. Un objectif qui n’a pas été atteint, du moins jusqu’à présent. Ce n’est pas une question d’erreurs individuelles, mais c’est tout le système d’arbitrage qui est mis en cause. « Pereira est mon ami, mais honnêtement, je ne pense ni qu’il ait fait un progrès ni qu’il ait eu un bon impact sur l’arbitrage égyptien. Les arbitres manquent de formation et il faut leur fournir une plus grande assistance technologique, notamment la technologie de la ligne de but, pour faciliter leur travail. Il faut aussi qu’ils soient bien rémunérés, puisqu’ils sont un élément essentiel dans une organisation qui dépense des milliards. Les arbitres doivent aussi être mieux protégés des critiques et des pressions », explique Gamal Al-Ghandour, ancien chef du comité des arbitres.

Un calendrier fou

On est en juillet et on est encore en plein milieu de la saison avec un retard de presque deux mois sur les calendriers similaires (septembre-mai). Depuis l’année 2020 où le pays a été frappé par la pandémie de Covid-19, les délais ne sont pas respectés en raison des nombreux engagements et exceptions accordés aux clubs. Cette saison, le championnat s’étalera à nouveau sur plus de dix mois, et sa fin est prévue à la mi-août. Et même, pour arriver à ce deadline, les équipes sont confrontées à une allure infernale en disputant un match tous les trois jours. « Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, on ne pourra pas maintenir ce rythme pour longtemps. Et cela aura un impact négatif sur les conditions physique et mentale des joueurs soumis à des pressions continues, même si on fait tourner les effectifs. Le niveau que vous voyez est le résultat de la fatigue. Les joueurs n’ont pas assez de temps pour récupérer et se préparer. Pour nous, l’essentiel c’est de continuer à gagner seulement, afin de rester dans la course au titre », a déclaré l’entraîneur d’Ahly, Marcel Koller, après le match contre Pharco FC (2-1).

Mais l’ambiguïté du calendrier ne s’arrête pas là, car il y a un décalage des matchs qui a causé une grande différence entre les équipes. Un simple regard sur le top 3 au classement permet de noter que Pyramids FC mène la course avec 62 points après avoir joué 25 matchs, Ahly est deuxième avec 48 points après avoir joué 20 matchs seulement et Masry est en troisième position avec 45 points collectés de 27 matchs ! Une grande disparité à un tournant important de la saison. « Ces grandes différences affectent le fairplay de la compétition. Mais en plus, il y a un manque d’équité dans l’ordre des matchs. On a commencé à jouer les matchs retour, alors qu’il y a des équipes qui n’ont pas encore terminé les matchs aller ! », explique Ahmad Salem, porte-parole de Zamalek.

Ahmad Diab pense qu’il est impératif que la prochaine saison soit transitoire, avec un format différent, pour raccourcir la compétition et revenir aux délais normaux du calendrier. « Nous avons beaucoup d’engagements et nous n’avons pas d’autres choix. Nous sommes en discussion avec les clubs pour arriver à la bonne formule, mais il faut qu’ils montrent plus de souplesse. On comprend leurs réserves concernant les droits de diffusion et les revenus commerciaux, mais il faut trouver un compromis », dit-il.

Crises en série

Les malheurs de la saison se succèdent à tel point qu’on se demande si c’est une malédiction ou une crise de gestion. De l’altercation entre deux joueurs (aujourd’hui examinée par les tribunaux civils) à la confrontation sur la touche entre un entraîneur et un arbitre, en passant par le forfait de Zamalek du grand derby cairote ou encore le match abandonné en raison d’une panne d’électricité entre Pyramids FC et Smouha, les problèmes n’en finissent pas. Et la polémique s’installe en raison du retard des décisions et du manque de fermeté. « Le chaos qui règne cette saison est dû à la non-application des règlements. La fédération et la ligue essayent de trouver des compromis, mais ce n’est pas la bonne façon de gérer une industrie comme le football, et on voit les résultats. Il faut être plus précis, plus rapide et plus strict », dit Ayman Younès, ancien membre de la FEF et attaquant de Zamalek.

Au vu de la polémique actuelle, la question essentielle est la suivante : que faut-il faire pour remédier aux maux du foot égyptien ? Il n’y a pas de réponse universelle, mais on peut envisager plus de soutien à l’arbitrage, une application plus stricte des règles et un calendrier plus juste au cours des prochaines saisons. Reste à savoir si cela arrive et à quel prix, et si les différentes parties seront prêtes à le payer.

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