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CAN 2023 : La grande désillusion des Pharaons

Karim Farouk , Jeudi, 01 février 2024

Après une défaite sur pénalties face à la RD Congo aux 8es de finale, la sélection d’Egypte a été éliminée de la Coupe d’Afrique des nations. Une nouvelle déception.

CAN 2023 : La grande désillusion des Pharaons
(Photo : AP)

La traversée du désert continue encore pour l’Egypte. Les Pharaons, qui rêvent d’un premier sacre en Coupe d’Afrique des Nations (CAN) depuis 2010, ont vécu une nouvelle déconfiture en s’inclinant face à la RD Congo sur pénalties (8-7) après un nul de 1-1 en temps réglementaire, dimanche 28 janvier, aux 8es de finale au Stade de Laurent Pokou. C’est une énorme déception pour cette génération de joueurs qui avait frôlé la gloire à deux reprises en 2017 et en 2021 et espérait que cette 3e fois serait la bonne, notamment qu’elle risque d’être la dernière pour de nombreux d’entre eux qui ont franchi la barre de la trentaine. Mais en Côte d’Ivoire, la désillusion était plus forte et l’équipe a trébuché à la marche des 8es de finale, faisant figure pâle tout au long du parcours. « Nous avons bien préparé cette équipe pour la compétition, mais parfois, tu déploies tout ton effort et les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Les joueurs étaient très bons, mais on n’a pas eu de chance. En tant qu’entraîneur, c’est moi le responsable de cette équipe et des résultats. C’est ça le football, il y a des moments de joie et des moments de tristesse. Maintenant, il faut nous concentrer sur nos prochains objectifs et penser calmement », a dit l’entraîneur Rui Vitoria lors de la conférence de presse qui a suivi le match face à la RDC.

Aucune victoire

Du haut de leurs 7 titres en CAN et rassemblés autour de la vedette de Liverpool Mohamed Salah, les Egyptiens partaient pourtant confiants. Mais leur orgueil a été touché d’entrée par un nul de 2-2 face au Mozambique, qui dispute à peine sa 5e CAN de l’histoire. Ils se sont qualifiés en tant que deuxièmes de leur groupe avec 3 points seulement après des nuls contre le Ghana (2-2) et le Cap-Vert (2-2), pour terminer la phase de poule sans aucune victoire pour la première fois depuis 1992. Au total, en 4 matchs, les hommes de Rui Vitoria ont marqué sept buts et en ont concédé autant pour exposer la grande fragilité de la défense. « Le gardien Mohamad Al-Chennawy est excellent avec Ahli, mais il était loin de son niveau avec la sélection. Idem pour les défenseurs Mohamad Abdel-Moneim et Ahmad Hégazi, qui ont pourtant présenté une grande forme avec leurs équipes en Coupe du monde des clubs il y a à peine quelques semaines. C’est un problème d’organisation, car on a vu comment la défense était perméable tout au long du parcours », avait dit Waël Gomaa, ancien défenseur international des Pharaons.

On ne peut pas dire que cette défaillance est due au jeu offensif de l’équipe (7 buts en 4 matchs) en comparaison à l’Angola et la Guinée équatoriale (9 buts) et le Sénégal (8 buts en 3 matchs seulement, résultat du match contre la Côte d’Ivoire non communiqué). Cette prouesse offensive est plutôt due à l’exploit individuel de l’attaquant Mostafa Mohamad, qui a signé 4 buts, pour devenir le premier joueur égyptien à marquer dans 4 rencontres consécutives lors d’une même édition de CAN.

Des absences handicapantes

« Nous ne sommes pas à 100 %. Nous avons affronté beaucoup de malchance et perdu beaucoup de joueurs avant même le début du parcours, mais on doit s’adapter et faire notre maximum », avait dit Vitoria lors de la conférence de presse qui a précédé le match contre le RD Congo.

Le technicien portugais avait dû faire un changement de dernière minute et convoqué le milieu Mohannad Lachine et le défenseur Yasser Ibrahim pour remplacer les blessés Ahmad Nabil et Ossama Galal. Mais le coup dur a été celui de l’absence du capitaine et joueur star Mohamed Salah, qui est sorti face au Ghana lors du deuxième match. Un coup technique dur, mais aussi moral, notamment en raison du débat qui a été ouvert suite à l’annonce de son retour à Liverpool pour compléter sa rééducation. L’infirmerie des Pharaons est devenue pleine avec le gardien titulaire Al-Chennawy, forfait de la compétition avec une blessure à l’épaule, le talentueux milieu Emam Achour, suite à une commotion cérébrale, l’attaquant Omar Marmoush, qui a piqué un froid la veille du match contre la RDC, et le latéral gauche titulaire Ahmad Fattouh, blessé en cour du match. Des absences qui ont été difficiles à compenser car, à l’exception de Mahmoud Trézéguet, les remplaçants n’ont pas pu combler ce vide.

Vitoria sur la sellette

La frustration s’est vite transformée en colère et Vitoria a été pointé du doigt. « C’est l’une des pires versions de l’équipe d’Egypte en CAN que j’ai jamais vues. Vitoria était complètement hors d’action et semblait incapable de gérer ni les matchs, ni la compétition. C’est un grand échec et il faut qu’il y ait un changement car on ne peut pas continuer comme ça », a lancé l’ancienne gloire et sélectionneur d’Egypte Farouq Gaafar. D’un autre côté, Gomaa a, lui, critiqué toute la stratégie de Vitoria et pas seulement sa gestion de la CAN. « Vitoria a été embauché pour nous qualifier à la Coupe du monde 2026 et préparer une équipe capable de faire une bonne performance. Or, si vous observez notre effectif, vous allez voir que la majorité des joueurs ont dépassé la barre de la trentaine, et en cas de leur participation au Mondial de 2026, ils auront entre 35 et 38 ans ! Où sont les jeunes joueurs qui vont intégrer le groupe et qui sont censés acquérir de l’expérience dans ce genre de tournoi pour prendre la relève ?! », s’exclame-t-il. En effet, des 27 joueurs que Vitoria a accompagnés avec lui, 13 sont au-dessous de la barre des 30 ans et uniquement le gardien Mohamad Sobhi (15 juillet) et l’attaquant Omar Marmoush (7 février) n’ont pas encore fêté leur 25e anniversaire.

La vague de critiques a aussi frappé les responsables du football égyptien. « C’est une fin logique. Il était clair qu’on allait arriver là. Il n’y a ni programme, ni projets pour cette sélection. Cette fédération a échoué dans tous ses objectifs, car aucune sélection n’a remporté de titre, et même l’équipe nationale n’a pas eu la bonne préparation. Nous avons besoin d’une fédération qui puisse faire un vrai changement et redresser la barre du football dans le pays », a dit Alaa Nabil, ancien entraîneur adjoint de la sélection d’Egypte.

Le vent du changement souffle donc sur le football égyptien, comme à chaque fois en cas de défaite, et on pourra témoigner d’un chamboulement de hiérarchie dans les jours à venir.

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