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Michel Iannacone : Depuis mon arrivée, les supporters d’Al-Ahli me traitent comme si j’étais Cristiano Ronaldo

Propos recueillis par Amr Moheb, Lundi, 20 avril 2020

Le Belge Michel Iannacone, ancien entraîneur des gardiens de but des clubs belges Sporting Charleroi et AFC Tubize et actuel entraîneur des gardiens d’Ahli, explique comment il est venu

travailler en Egypte et parle de ses objectifs avec l’équipe ainsi que du coronavirus. Entretien.

Michel Iannacone :

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes le premier entraîneur de gardiens de but non égyptien à travailler avec l’équipe de football du club d’Ahli. Que ressentez-vous ?

Michel Iannacone : Oui, je sais, on me l’a dit en arrivant au club et c’est vraiment un honneur pour moi. Le fait de travailler avec Al-Ahli est un grand plaisir pour tous les entraîneurs; c’est le plus grand club d’Afrique et le plus titré du continent. Rien que l’histoire de mon arrivée en Egypte pour tra­vailler avec Ahli est exceptionnelle : Lorsque j’étais entraîneur de gardiens de but au club belge Sporting Charleroi, René Weiler et son assis­tant David Sesa travaillaient avec le club Anderlecht. Lors d’un match entre mon équipe Charleroi et Anderlecht, étant donné que je parle l’allemand et l’Italien en plus de la langue française, après le match, j’ai sympathisé avec René Weiler en alle­mand et avec son adjoint David Sesa en italien. Puis je suis resté en contact avec Sesa. Lorsqu’est venue la propo­sition d’Al-Ahli, l’entraîneur des gar­diens Max de Jong, qui travaillait avec Weiler en Belgique, a préféré rester à Anderlecht, alors Weiler m’a proposé à travers Sesa de rejoindre leur staff technique et de partir entraî­ner Al-Ahli en Egypte. La proposition m’a été soumise une vendredi et je devais donner une réponse immédia­tement et être dimanche en Egypte pour commencer le travail avec Ahli. J’ai tout de suite accepté et je me suis excusé auprès de l’AFC Tubize, dont j’entraînais les gardiens après avoir quitté le Sporting Charleroi. Ainsi j’ai répondu « présent » à la proposition de Weiler. C’est une chance incroyable pour moi de travailler avec Ahli. J’ai dû envoyer mes photos de passeport dans la journée et ai reçu mon billet d’avion dans la foulée pour le dimanche après-midi. J’ai même dû envoyer ma femme acheter une valise plus grande, je n’en avais pas et je ne savais pas quand j’allais revenir en Belgique. Franchement, je dois beau­coup à ma famille, qui m’a fortement soutenu lorsque j’ai pris la décision de partir travailler en Egypte. Ils savaient que ce serait un nouveau défi profes­sionnel pour moi et ils m’ont encou­ragé.

— Avant de venir en Egypte, aviez-vous une idée sur Al-Ahli ?

— Oui, avant de partir en Egypte, je savais déjà qu’Al-Ahli était l’un des grands clubs d’Afrique et que c’est le club le plus titré du continent. Un peu comme le Real Madrid en Europe. C’est un très grand club avec des mil­lions de supporters. Un club qui, malgré la pression de ses supporters, arrive à gagner et à remporter des titres. A vrai dire, depuis mon arrivée, je sens partout la grande valeur du club Ahli. Les supporters d’Al-Ahli me traitent comme si j’étais Cristiano Ronlado; ils prennent des photos avec moi et je sens toujours que je suis une star pour eux. Déjà avant de venir en Egypte, j'avais avec moi au club belge R.A.E.C. Mons l'ancien défen­seur international égyptien Hani Saïd, et au club RSC Charleroi, j'avais le joueur Cristian Benavente (Pérou), qui a joué plus tard pour le club égyp­tien Pyramids.

Ahli est connu par la bonne performance de ses gardiens de buts …

— Oui, je sais. Je sais aussi que tout au long de l’histoire du football égyp­tien, la majorité des gardiens de but des équipes nationales égyptiennes étaient des gardiens d’Al-Ahli. Lors des 3 participations de l’Egypte à la Coupe du monde, les gardiens de but étaient des gardiens d’Al-Ahli : Mourad Fahmi en 1934, Ahmad Chobeir en 1990 et Mohamad Al-Chennawi en 2018. Je viens de Belgique, un pays dont la tradition est le bon niveau des gardiens de but. Je prends du plaisir à travailler avec de bons gardiens comme ceux d’Al-Ahli. Avant de venir en Egypte, je connais­sais déjà Mohamad Al-Chennawi, dont j’ai suivi la bonne performance en Coupe du monde, surtout lors du premier match des Pharaons contre l’Uruguay. Al-Chennawi a été l’homme du match, malgré la défaite de l’Egypte 0-1. J’ai vu les arrêts exceptionnels qu’il a réalisés devant de grandes stars de football, tels Suarez de Barcelone ou Cavani de Paris Saint-Germain. Je connaissais aussi déjà Chérif Ekrami. J’ai vu des vidéos de ses matchs et je savais qu’il avait évolué en Europe et qu’il était l’un des gardiens les plus expérimen­tés d’Egypte. C’est vraiment un grand plaisir pour un entraîneur de gardien de but de travailler avec des gardiens talentueux comme Al-Chennawi et Ekrami.

— Ekrami a pris la décision de quitter Al-Ahli à la fin de cette sai­son et de rejoindre le club Pyramids. Est-ce que cela va poser un pro­blème à l’équipe? Faudra-t-il trou­ver un nouveau gardien pour rem­placer Ekrami ?

— Non. Nous n’avons pas besoin de nouveaux gardiens de but. Nous avons au sein du club beaucoup de bons gardiens qui attendent l’occasion de montrer leur talent, comme Ali Lotfi et le jeune Moustapha Chobeir. Lotfi et Chobeir sont de très bons gardiens, bien qu’ils ne participent presque jamais avec l’équipe aux matchs officiels. Ils ont un très bon niveau et chacun d’eux a le potentiel d’être le gardien numéro 1 de l’équipe.

— Le niveau d’Al-Chennawi a beaucoup évolué depuis qu’il a commencé à s’entraîner avec vous …

— Je suis heureux de travailler avec un gardien d’une expérience aussi vaste que Mohamad Al-Chennawi. Il est l’un des meilleurs gardiens d’Afrique et l’un des joueurs les plus expérimentés de l’équipe. Il joue un rôle important pour ses coéquipiers, que ce soit dans les vestiaires ou sur le terrain. Al-Chennawi est un grand joueur et il travaille sans cesse pour s’améliorer. Il s’entraîne sérieuse­ment, et en dehors du terrain, il passe des heures à la salle de gymnastique. C’est un modèle à suivre pour les jeunes joueurs de l’équipe. Il est concentré, que ce soit lors des entraî­nements ou pendant les matchs. Et c’est un leader sur le terrain. Durant les matchs, il parle aux joueurs de l’équipe, les guide et leur donne des conseils. Il est comme un deuxième coach sur terrain. A la mi-temps aussi, dans les vestiaires, il encourage ses coéquipiers et leur donne des conseils.

— Quel est votre rôle auprès d’un joueur aussi expérimenté qu’Al-Chennawi, notamment avant les grands matchs ?

— Un joueur comme Al-Chennawi sait ce qu’il doit faire. Avant les grands matchs, je ne dois rien lui dire sur l’importance du match ou sur ce qu’il doit faire, car c’est un joueur expérimenté. Mon rôle, avant les grands matchs, est de le bien préparer pour qu’il soit prêt physiquement et techniquement. A mon avis, Al-Chennawi a le profil pour rejoindre un grand club en Europe. Il a joué un rôle important dans les bons résultats de l’équipe lors des derniers matchs, que ce soit en Championnat national ou en Coupe d’Afrique. Grâce à ses arrêts exceptionnels dans certains matchs, il a réussi à sauver l’équipe. Je n’oublierai jamais ses deux arrêts exceptionnels, contre Platinum au Zimbabwe, au moment où les Zimbabwéens menaient 1-0, et son arrêt exceptionnel au début du match face à Sun Downs, au match aller au Caire. Les points que j’ai améliorés avec lui sont la concentration, sa vitesse de réaction ainsi que son coa­ching pour ses coéquipiers, et son jeu pendant le match, en lui conseillant de jouer très haut comme tous les gar­diens modernes. J’ai travaillé cela avec lui et nous avons réussi à amélio­rer ces points. J'ai également amélioré avec lui son jeu de pieds. Dans le football moderne, le gardien de but doit avoir un bon jeu de pieds, comme les autres joueurs. C’est vrai qu’il ne doit pas avoir les techniques d’un Messi ou d’un Ronaldo, mais il doit au moins avoir un jeu de pieds qui lui permet de donner des solutions tech­niques au besoin durant le match.

— Les supporters rêvent de rem­porter la Coupe de la Ligue des Champions d’Afrique. Comment évaluez-vous les chances d’Al-Ahli de remporter l’édition actuelle ?

— Nos chances sont grandes. Nous nous sommes qualifiés pour les demi-finales. Nous avons avec nous le Wydad, le Raja de Casablanca et Zamalek. Ces 3 équipes sont fortes, mais je pense qu’elles ne sont pas plus fortes que nous. Je pense que nous avons de fortes chances de remporter le titre. Nous devons croire à nos chances, bien nous concentrer et tra­vailler sérieusement pour offrir la Coupe d’Afrique de cette saison aux supporters du club.

— Comment vivez-vous la crise actuelle du coronavirus ?

— C’est vraiment dur… Mes collè­gues du staff technique et moi sommes venus en Egypte pour travailler et pour aider le glorieux club d’Al-Ahli à faire de bons résultats et à remporter des titres. Le calendrier des matchs était surchargé, on jouait tous les 3 ou 4 jours et on se déplaçait sur le conti­nent pour jouer les matchs de la Ligue des Champions d’Afrique. Aujourd’hui, nous vivons une période à laquelle personne ne s’attendait à cause du coronavirus. Ce virus a arrêté toutes les activités dans le monde entier, pas seulement en Egypte. Tout ce que nous pouvons faire en ce moment est de respecter les instructions du gouvernement égyp­tien pour se protéger et protéger ceux qui nous entourent. Je pense que nous ne devons pas avoir peur du coronavi­rus, mais il faut être conscient qu’il y a un danger. Pour éviter ce danger, il faut suivre les instructions de précau­tion: se laver les mains, porter un masque et des gants et ne pas s’appro­cher des gens pour ne pas attraper le virus. Je pense que si nous faisons ce que le gouvernement nous demande, nous pourrons nous en sortir plus rapidement. S’en sortir dans le sens que nous pourrons reprendre une vie normale rapidement. Tous les aspects de la vie ont été affectés par ce virus : la santé, l’économie— surtout dans les pays qui comptent sur le tourisme comme l’Egypte et l’Italie— et bien évidemment, les activités sportives. Nous voyons maintenant par exemple que les grands clubs de football ont complètement arrêté leurs activités par crainte du coronavirus. Pour s’en sortir le plus vite possible et reprendre les activités, les gens doivent suivre les instructions de sécurité de leur gouvernement. Par exemple, moi je suis sportif et en bonne santé. Pourtant, je respecte l’instruction de rester à domicile, de me protéger et de ne pas prendre de risque, et cela dans l’inté­rêt de tout le monde. Si tous les citoyens font cela, nous pouvons nous en sortir rapidement. Mon grand objectif en ce moment est qu’on puisse reprendre les activités sportives en Egypte, s’entraîner de nouveau et jouer des matchs… que la vie conti­nue et qu’on réussisse à sortir de la crise du coronavirus.

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