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Safouat monte au filet

Mirande Youssef, Lundi, 24 septembre 2012

Mohamad Safouat, 22 ans, (n°380 ATP) et numéro 1 égyptien, a réalisé une très bonne saison cette année. Malgré les problèmes auxquels fait face la discipline en Egypte, Safouat entend poursuivre sa progression. Portrait.

Safouat monte au filet

C’est à l’Académie Juan Carlos Ferrero en Espagne, grande nation de tennis, que Mohamad Safouat (n° 380 mondial au classement de l’Association des Tennismen Professionnels — ATP) s’entraîne depuis quelque temps sous la houlette de l’entraîneur espagnol, José Lido. Grâce à son sponsor, le club Wadi Degla, ce joueur de tennis prometteur a la chance depuis 2008 de s’entraîner dans cet établissement considéré comme l’une des plus prestigieuses écoles de tennis en Espagne. Safouat doit y passer 8 mois avant de revenir en Egypte, au Stade du Caire, avec son entraîneur égyptien, Mohamad Nabil. Cette formation optimale lui a permis de réaliser une bonne saison, car l’entraînement en Espagne a largement amélioré son niveau. Safouat a réalisé d’excellentes performances lors des compétitions auxquelles il a participé cette saison, améliorant son classement mondial. Cette année, il a participé aux tournois « Futures » dotés chacun de 10 000 dollars, où il a atteint le stade des demi-finales en Turquie et en Belgique. En mai dernier, il a réalisé la même performance au tournoi de Bulgarie. Et il a atteint les demi-finales lors d’un Challenge en Espagne en mai dernier. « En disputant ces matchs compétitifs où la concurrence est très rude, car je jouais contre des tennismen très bien classés, j’ai pu améliorer mon classement de 390 ATP à 380 ATP. Tandis qu’en 2011, j’étais n°570 ATP. C’est un exploit pour un tennisman égyptien d’être dans le top 400 du classement ATP. Heureusement, c’est l’académie qui m’a offert cette chance, car si j’avais fait mes entraînements en Egypte, ma préparation aurait été affectée, comme la plupart de mes collègues, par l’annulation des programmes à cause de la révolution », explique Safouat.

Une bonne préparation

Ce niveau est le fruit d’une préparation intense qui a permis à Safouat d’améliorer sa condition physique et de travailler sur ses points faibles et sur les techniques de jeu. « J’ai commencé la préparation en décembre 2011. J’ai travaillé avec mon entraîneur sur mes points faibles, tels que le revers et la volée. Je me suis concentré sur les techniques de force et de vitesse en jouant un grand nombre de matchs en une courte période de temps. Tout cela a contribué à améliorer mon niveau », assure-t-il. En effet, Mohamad s’entraîne au rythme de 2 séances par jour. Sa journée commence à 7h avec une première séance de 4 heures d’entraînement. La deuxième séance commence à 17h et dure 4 heures également. Selon lui, l’académie lui a permis d’améliorer son niveau de jeu et son classement.

Des débuts à Mansoura

Safouat a fait ses débuts au club Guéziret Al-Ward dans le gouvernorat de Mansoura. Il a commencé à pratiquer ce sport à l’âge de 7 ans par passion, car son père le pratiquait. « A l’âge de 13 ans, j’ai rejoint le club Guéziraau Caire. J’ai pu réaliser de bonnes performances lors des championnats nationaux et des championnats des clubs. Dès lors, j’ai décidé de pratiquer cette discipline d’une façon professionnelle », raconte-t-il. A 16 ans, il a rejoint la sélection nationale pour devenir le plus jeune tennisman de la sélection. En 2008, il a rejoint le club Wadi Degla. C’est à partir de cette année qu’il a commencé son parcours de vedette. « Le président du club Wadi Degla, Khaled Al-Chawarbi, a vu mes bons résultats. Il a décidé de me sponsoriser pour 10 ans. Ainsi, j’ai commencé une nouvelle phase d’un tennisman professionnel. Ce sponsoring m’a beaucoup aidé à progresser, car je suis tenu d’atteindre un objectif chaque année. Par exemple, cette saison, le but était d’atteindre le top 400. Et heureusement, j’ai pu le réaliser. Pour l’année prochaine, je dois atteindre le top 300. Si j’échoue, je suis menacé de perdre le sponsoring », note Safouat. Il ajoute qu’il est le seul tennisman de la sélection à avoir profité de cette chance, car les hommes d’affaires ne sont pas enclins à dépenser de l’argent dans une discipline qui ne rapporte pas, et qui n’est, par ailleurs, pas populaire en Egypte comme le foot par exemple.

L’importance du sponsoring

Si Mohamad a bénéficié de cette opportunité, cela ne veut pas dire que la situation du tennis en Egypte est au top. Le niveau médiocre de la discipline est au coût élevé de la pratique de ce sport. Il n’y a pas beaucoup de tournois, ce qui affecte le classement des joueurs égyptiens. Le manque de courts de tennis en Egypte est flagrant. Outre la rareté des terrains, notamment durs. « Les Egyptiens sont habitués à jouer sur la terre battue. Lorsqu’ils jouent à l’étranger sur un terrain dur, rare en Egypte, cela représente un problème pour eux, car la vitesse de la balle sur une terre battue est moins rapide que sur une terre dure », déclare-t-il. Autre inconvénient : le manque d’entraîneurs qualifiés. « L’Egypte ne possède que 10 ou 12 entraîneurs qualifiés. Et pour se payer les services d’un entraîneur étranger, cela coûte près de 12 000 euros par mois. C’est pour cela que le tennis a besoin de sponsors », ajoute-t-il. Selon lui, en dépit de la création récente d’écoles et d’académies pour la formation des tennismen, la discipline est toujours au même niveau. En effet, durant ces dernières années, il y a eu une tendance pour impliquer les hommes d’affaires dans le développement de cette discipline. Ainsi, quatre académies privées ont été créées en Egypte, à savoir les clubs Smash, Wadi Degla, Palm Hills et Ahmad Al-Gamal Camp. « Ces écoles, qui ont alimenté l’espoir de voir naître une nouvelle génération de tennismen talentueux, n’ont au final rien apporté, car elles manquent cruellement d’entraîneurs bien qualifiés. Elles se sont transformées en clubs pour l’élite qui pratique ce sport pour le plaisir. En plus, aucun de ces clubs ne sponsorise un tennisman de la sélection nationale », assure-t-il.

Cependant, Safouat prouve que les tennismen égyptiens peuvent améliorer leur niveau si on leur donne les moyens. Plein d’enthousiasme, il vise le top 200 à l’avenir. « Mon but est de réaliser une bonne performance pour améliorer mon classement. En effet, j’ai besoin de 100 points pour réaliser ce but. Chose qui nécessite plus de travail et de concentration. L’année prochaine, je participerai à mon premier tournoi de grand Schelem, l’Opend’Australie », conclut-il.

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