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La mémoire de l’artiste islamique

Doaa Elhami , Mardi, 13 novembre 2012

Les artistes ayant offert les chefs-d’oeuvre de la civilisation islamique sont mis en exergue grâce au récent ouvrage L’Artiste aux temps islamiques, de Mahmoud Ibrahim Hussein, expert en archéologie islamique.

La mémoire de l’artiste islamique
Nombreux sont les aspects du culte religieux décrits par les peintres.

«Connaître les artistes et leurs autobiographies est une science seulement européenne. Les Orientaux, notamment, et les musulmans parmi eux sont ignorés malgré leurs chefs-d’œuvre qui distinguent la civilisation islamique »,déplore le professeur Mahmoud Ibrahim Hussein, expert en archéologie islamique à la faculté des antiquités de l’Université du Caire et auteur du livre L’Artiste aux temps islamiques. Publié récemment, cet ouvrage comble cette lacune en mettant en relief les différentes influences qui caractérisent un artiste. « Les artistes à cette époque se dissimulaient derrière leurs œuvres de peur des attaques lancées par des opinions radicales », explique l’auteur, soulignant la difficulté de trouver les noms de ces artistes. Ainsi, certains parmi eux se contentaient d’inscrire au bas de leurs œuvres des indications de religion ou des métiers. Même si parfois d’autres artistes ont laissé de vraies signatures, comme par exemple le peintre persan Réda Abbas, annonçant alors leur fierté d’être l’auteur d’une œuvre.

Pour Hussein, la civilisation islamique s’est étalée à un moment donné de l’Inde à l’Espagne (Andalousie), en passant par l’Iran, la Mésopotamie, la Grande Syrie, l’Egypte, et le nord de l’Afrique. Avant l’arrivée de l’islam dans ces pays, chaque région était connue pour ses caractéristiques artistiques. Les artistes participaient à la fabrication d’œuvres islamiques avant même de se convertir à l’islam. Les générations ultérieures conservaient les styles artistiques précédents en les adaptant au nouveau culte religieux. Ainsi les artistes islamiques ont livré les plus belles mosquées, les plus beaux manuscrits, bijoux, meubles, plats incrustés, peintures … Une variété qui a apporté une richesse de styles peu commune à d’autres civilisations.

Le livre retrace aussi les différentes spécialités des artistes : architecte, peintre, calligraphe, décorateur, menuisier, sculpteur, graveur, et autres. Il comprend de même les noms de 300 artistes les plus connus dans différentes spécialités de la civilisation islamique. Dans le domaine de la poterie, sont signalés le persan Abou-Taleb, l’Egyptien Ahmad Al-Sayad et le calligraphe Persan Ibrahim Mirza Ibn Chah Rokh, le petit-fils de Tamerlan.

En même temps, les artistes islamiques respectaient les normes artistiques établies par les grands artistes modernes, comme les règles de l’ombre et de la lumière. De même, il existait une réciprocité entre les différents artistes. Cela apparaît clairement dans les compétitions organisées par les souverains dans leurs royaumes, comme celle du calife fatimide Al-Mostanser Bellah. Il avait décidé de remplacer son peintre par le fameux iraqien Al-Nasr, dont l’habileté était de renommée dans le monde islamique. Après en avoir donné l’ordre, « son vizir Al-Yasouri a précisé la taille des deux peintures et leur sujet. Il s’agissait d’une danseuse qui devait être incarnée à l’entrée et la sortie d’une porte »,explique le professeur. Pour lui, réaliser ces scènes remarquables est une évidence indiscutable de l’habileté des peintres islamiques.

Esquisser les modes de vie
D’après l’auteur, de nombreuses peintures décoraient les murs des palais royaux et maisons des grands fonctionnaires. La plupart d’elles reflétaient la vie quotidienne. Ces peintures constituaient une matière féconde pour les archéologues, afin d’esquisser les modes de vie lors des différentes époques islamiques. Cet art a été remarqué pour la première fois au sein des palais omeyyades et a été de même trouvé dans d’autres pays islamiques, à l’instar de l’Egypte, l’Iraq, la Palestine et la Jordanie.

Le livre ne manque pas de mettre en exergue le fait que les souverains considéraient les artistes comme des fonctionnaires parmi ceux de la cour royale. Certains parmi eux ont occupé des postes très élevés à l’instar de Bahzad : le chah Ismaïl Al-Safawi l’a nommé directeur de la bibliothèque royale qui renfermait l’atelier et des centaines d’employés comme le calligraphe ou le dessinateur. L’artiste avait alors une grande importance dans la civilisation islamique, et était très estimé par les souverains grâce à ses habiletés.

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