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Quelle rénovation pour la Pyramide de Saqqara ?

Nasma Réda, Lundi, 15 septembre 2014

Les cris d'alarme se répandent dans les médias égyptiens comme étrangers: la Pyramide à degrés de Saqqara serait sur le point de s’effondrer en raison de travaux de rénovations mal dirigés. Le ministère des Antiquités se veut, lui, rassurant.

Quelle rénovation pour la Pyramide de Saqqara ?
Les travaux de restauration arrêtés.

La pyramide à degrés de Saqqara est une fois de plus au centre des discus­sions dans le monde de l’archéologie égyptienne. Est-elle de nouveau menacée d’effondrement ? L’histoire commence quand le minis­tère des Antiquités décide de reprendre les travaux de restauration interrompus en 2010. Depuis, des voix s’élèvent contre la société égypto-britannique, Al-Chorbagui, en charge de la restauration, l’accu­sant d’utiliser des méthodes peu adé­quates. « Je me suis rendu à la nécropole de Saqqara quelques jours après ma nomination au ministère. Le travail dans la Pyramide de Djoser a été arrêté pour des raisons incompréhensibles, la restauration interne et externe de la Pyramide est inachevée », déclare Mamdouh Al-Damaty, ministre des Antiquités. « Après de longues dis­cussions avec les spécialistes du ministère, la décision a été prise de poursuivre les travaux de restaura­tion et d’aménagement de Saqqara », ajoute-t-il.

La société en question n’avait pas encore repris sa mission que la polé­mique a éclaté. Les médias, ainsi que les sites Internet égyptiens et étran­gers, parlent d’effondrement immi­nent de toute la Pyramide à degrés. Selon Amir Gamal, représentant du mouvement « Les vols sans escale », « le ministre des Antiquités a donné l’ordre à la société Al-Chorbagui de reprendre la restauration de la Pyramide de Saqqara. Cette compa­gnie est accusée non seulement de la détérioration de l’édifice, mais aussi d’être la cause de la chute de quelques pierres du corps de la Pyramide, au cours de précédentes tentatives de restauration. La société n’a jamais restauré de site archéolo­gique, et tous les projets qu’elle a exécutés étaient de construire des bâtiments modernes sur les sites archéologiques ! », a-t-il repris.

La société Al-Chorbagui a, en effet, entamé des travaux sur le site il y a près de 8 ans. « Elle n’a pas connu beaucoup de succès », a déclaré l’archéologue Nour Abdel-Samad, lors d’un entretien télévisé, ajoutant que cette société est actuel­lement l’objet d’une enquête. Pourquoi donc insister sur le fait de lui confier la restauration de cette pyramide? Les responsables ont leurs raisons. « Après quatre ans d’études, cette société a pris la charge de restaurer la pyramide suite à une adjudication légale. Elle a commencé ses travaux en 2006 quand la pyramide était dans un très mauvais état, et pour des raisons financières, le travail s’est arrêté vers la fin de 2010 », explique Kamal Wahid, directeur du site de Guiza. En effet, à cette période, les travaux étaient énormes. L’intérieur de la pyramide était dans un état lamentable. Les 6 couloirs au sein de la Pyramide de Djoser étaient blo­qués par des pierres. Ainsi, l’équipe britannique a utilisé des « coussins d’air » géants pour soutenir les pla­fonds, surtout celui de la chambre funéraire. « Le tout s’est arrêté en 2010, et le travail est à moitié abou­ti. Sur 420 m2 de restauration, la compagnie égypto-britannique n’a accompli que 200 m2 », explique Mansour Boreik, directeur général de l’administration centrale des monuments du Caire et de Guiza, qui estime que tout ce débat sur les sites, qui a pris de l’ampleur sans raison valable, provient d’amateurs. « Ce sont des sites Internet étran­gers non spécialisés qui cherchent à entraver toute étape de retour du tourisme en Egypte », dit-il.

Les voix levées accusent aussi la société de remplacer les parois externes de la pyramide par d’autres modernes, ce qui va à l’encontre des critères des travaux de restauration. Un fait nié par les responsables du ministère, puisque, selon eux, ce sont des spécialistes de renommée, à l’exemple de Hassan Fahmi, profes­seur de géologie à l’Université du Caire, Achraf Al-Zanati, professeur au Centre du patrimoine et de l’envi­ronnement, et autres, qui détermi­nent le matériel utilisé et les moyens de restauration. « C’est ensuite que vient le rôle de la société Al-Chorbagui, qui est seulement exécutif », explique Wahid.

Une chose est sûre pour Ola Al-Egueizi, professeur d’archéolo­gie et chef de mission à la nécropole de Saqqara. « Ces propos sont tout à fait ridicules. Toutes les sociétés opérant sur le site sont surveillées de très près par le ministère. Toutes les matières utilisées dans les tra­vaux de restauration sont presque les mêmes que les originales », dit-elle. Bien qu’Al-Egueizi assure que les travaux correspondent aux normes archéologiques, elle craint que le poids des échafaudages ne pèse sur le corps de la pyramide. Pour Al-Damaty, ministre des Antiquités, ce ne sont que des rumeurs auxquelles le monde ne doit pas s’intéresser. « La mission de l’Unesco a visité le site il y a quelques années et a apprécié les travaux de restauration et l’état de la pyramide. Le travail dans la pyra­mide sera repris très prochaine­ment », a-t-il souligné, pour mettre un terme à la polémique.

La Pyramide de Saqqara

Construite au cours de la IIIe dynastie vers 2900 av. J.-C., la Pyramide à degrés de Saqqara est la plus ancienne construction pyramidale au monde. Elle a été édifiée par Imhotep sur ordre du pharaon Djoser. Dimensions: Hauteur: 62 m, longueur: 121 m, largeur: 109 m

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