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50 momies découvertes dans la Vallée des rois

Nasma Réda, Mercredi, 07 mai 2014

Une découverte exceptionnelle vient d’avoir lieu à Louqsor. Une tombe contenant près de 50 momies d’enfants et de femmes de familles royales a été mise au jour. Elle pourrait apporter de précieux détails sur l’époque comprise entre la XVIIIe et la XXIIe dynasties.

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C’est à proximité des tombes royales dans la Vallée des rois, à Louqsor, que les fouilles des égyptologues suisses de l’Université de Bâle se poursuivent. Là, dans cette nécropole aux trésors inépuisables, la mission suisse a découvert une tombe renfermant près de 50 momies, ou restes de momies.

« Celles-ci pourraient être celles de membres de la famille régnante au Nouvel Empire (1550-1292 av. J.-C.), en particulier des fils et des filles des rois Thoutmosis III et Thoutmosis IV de la XVIIIe dynastie », a précisé Mohamad Ibrahim, ministre des Antiquités.

La mission suisse, dirigée par Suzanne Bickel, et qui opère sur le site depuis 3 ans, continuait ses travaux de fouille dans la tombe KV 40, où la découverte a eu lieu. La mission de l’Université de Bâle a commencé son travail archéologique en Egypte en 2009, dans la Vallée des rois, soutenue financièrement par la fondation Gertrud Mayer à Bâle. Suzanne Bickel a notamment étudié comment la Vallée des rois a été utilisée pour les sépultures de certains membres de l’élite et des familles royales dans le voisinage des tombes royales. C’est en 2012 que cette équipe d’archéologues a découvert la tombe KV 64 qui juxtapose la récente KV 40 déjà découverte en 1899 par Victor Loret, mais jamais fouillée. « Cette tombe n’avait jamais été fouillée avant cette date, on ne savait rien à propos de sa disposition, ni par qui elle a été construite, ni qui y a été enterré », assure Bickel.

Le premier indice n’était qu’un simple creux dans sol. Les égyptologues ont d’abord supposé qu’il s’agissait d’une tombe non royale remontant à la XVIIIe dynastie. Mais après avoir poursuivi les fouilles, la mission a dévoilé un puits de 6 m de profondeur qui donne accès à 5 chambres funéraires souterraines, entièrement brûlées. C’est là que les membres de la mission ont pu trouver les restes d’innombrables momies et de fragments de matériel funéraire.

Ces découvertes ont rapidement prouvé qu’il s’agissait d’une tombe destinée aux membres de la famille d’un pharaon, soit les restes d’une trentaine de princes et princesses, enfants du pharaon et personnes de son entourage proche, ayant vécu à la XVIIIe dynastie sous différents règnes. « Nous avons découvert une trentaine de noms et de titres : quatre princes, huit princesses et plusieurs noms d’origine étrangère, inscrits en hiératique — l’écriture administrative de l’Egypte Antique — sur des tessons et des poteries », explique l’égyptologue Suzanne Bickel.

Suite à des recherches primitives, l’importance de cette grande découverte apparaît « dans le fait que de nouveaux noms de princesses ont été révélés, mais aussi qu’elle a eu lieu dans la Vallée des rois, dont on croyait que tous les secrets avaient été découverts », déclare Abdel-Hakim Karar, directeur de la région de Louqsor au ministère des Antiquités.

La mission a trouvé quelques inscriptions gravées sur les canopes qui ont permis d’identifier les noms de personnes présentes dans la tombe, notamment des princesses. « De la cinquantaine de momies découvertes, celles en très bon état sont celles des nouveau-nés royaux. Elles sont particulièrement bien conservées. Celles des enfants et des adultes sont réduites en morceaux. Des fragments de cercueil en bois, des masques de momies en cartonnage, des canopes ont été aussi découverts ainsi que la plus ancienne chaussette jamais découverte. Il y a de grandes jarres brisées, plus d’une centaine qui renfermaient le matériel ayant servi à la momification des corps », explique Elina Paulin-Grothe, une responsable de la mission suisse.

L’analyse des inscriptions hiératiques a révélé que « lors de la XXIIe dynastie, (vers 900 à 800 av. J.-C.), la tombe a été réutilisée comme sépulture pour une famille de prêtres du dieu Amon. Elle a été de nouveau pillée », ajoute Elina Paulin-Grothe. Ces trouvailles prouvent, selon elle, « que la Vallée des rois avait non seulement servi aux familles royales, mais aussi à des familles de prêtres, postérieurement ».

Quant aux murs de la tombe, ils ont été fortement affectés par un incendie qui a été « probablement allumé par des pilleurs de tombes », soupçonne Suzanne Bickel. Ali Al-Asfar, directeur de section au ministère des Antiquités, estime cependant qu’il est encore trop tôt pour connaître l’ensemble des détails concernant cette découverte. « Des analyses anthropologiques ainsi qu’une étude plus approfondie sur les biens funéraires livreront des informations importantes sur la composition de la cour pharaonique de la XVIIIe dynastie, ainsi que sur les conditions de vie et les coutumes funéraires ».

65 tombes et des centaines de momies

Située sur la rive ouest du Nil, la Vallée des rois est le plus grand tombeau royal de l’Egypte Ancienne. Elle abrite les tombes de nombreux pharaons du Nouvel Empire (de 1500 à 1000 av. J.-C.), de leurs épouses, de leurs enfants et de certains nobles bien placés.

La plus ancienne tombe découverte à ce jour est celle de Thoutmosis Ier (vers 1492 av. J.-C.). Ce n’est qu’à partir du pharaon Thoutmosis III (1579 av. J.-C.) que tous les rois égyptiens se font enterrer dans la vallée, excepté Akhenaton. La dernière tombe connue dans la vallée est celle de Ramsès XI (1069 av. J.-C.). Des 65 tombeaux qui s’y trouvent, seuls 25 sont reconnus comme sépultures royales.

La plus grande tombe connue à ce jour est celle construite par Ramsès II pour ses enfants, qui ne renferme pas moins de 150 chambres funéraires. Mais la grandeur de la vallée et les récentes trouvailles permettent d’affirmer qu’il reste encore de nombreuses tombes à découvrir.

Malheureusement, aucun tombeau n’était intact, excepté celui du jeune pharaon Toutankhamon. Tous ont été pillés.

D’inestimables trésors et pièces historiques ont été dérobés : le trésor du célèbre pharaon Toutankhamon laisse imaginer à quel point les plus grands monarques de l’Egypte Ancienne devaient posséder des trésors fastueux et extraordinaires. C’est, en fait, en 1090 av. J.-C. que les premiers pillages commencent. L’effondrement économique du pays et le déclin du pouvoir royal vont engendrer les premiers pilleurs de tombes.

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