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Egypte: la sécurité du patrimoine remise en cause

Dalia Farouq, Mardi, 19 novembre 2013

Une vidéo diffusée sur Youtube et montrant un archéologue allemand pénétrer illégalement à l’intérieur de la pyramide de Chéops relance le débat sur la sécurité des sites archéologiques en Egypte. Le ministère des Antiquités a ouvert une enquête

La sécurité du patrimoine

Comment peut-on déjouer la sécurité et pénétrer à l’intérieur de la pyramide de Chéops sans rencontrer d’obstacle ? C’est la question que l’on se pose désormais quelques jours après l’entrée illégale d’un archéologue allemand, Dominique Goltez, dans les cinq chambres funéraires de la pyramide de Chéops en compagnie d’un photographe. Goltez, qui n’a pas été aperçu par le personnel de sécurité, a pris des échantillons sur un mur d’une chambre funéraire. Une vidéo diffusée sur Youtube montre cet archéologue de l’Université de Dresden raconter, film à l’appui, comment il a pu pénétrer dans ces chambres funéraires et récupérer ces échantillons avant de retourner en Allemagne pour les analyser et prouver sa théorie, que ce ne sont pas les pharaons qui ont construit ces édifices géniaux, mais les Hébraïques !

La sécurité du patrimoine

« L’accès à ces chambres funéraires des pyramides est catégoriquement interdit. Seul le comité permanent des antiquités peut accorder des permissions d’entrée à des conditions très strictes, afin de ne pas nuire à ces monuments aux valeurs inégalables », explique Dr Mohamad Abdel-Maqsoud, président du secteur des antiquités égyptiennes au Conseil suprême des Antiquités. Dès la diffusion de cette vidéo choquante, le ministère d’Etat pour les Antiquités a pris des mesures pour éviter qu’une telle infraction se répète. Mohamad Ibrahim, ministre des Antiquités, a prévenu le Parquet général de cet incident qui « porte atteinte à la sécurité nationale de l’Egypte ». Le ministre a décidé, par ailleurs, d’ouvrir une enquête, afin de connaître les causes d’une telle négligence. « Bien que la vidéo de Youtube date de 2006, certains indices montrent qu’elle a été filmée récemment. Sinon, pourquoi Goltez ne l’a pas diffusée avant ? On doit savoir qui l’a aidé, pour que ce scandale ne se répète à nouveau », explique Abdel-Maqsoud.

Des rumeurs circulent au ministère des Antiquités selon lesquelles cette vidéo a été prise juste avant le 30 juin, lorsque le site était fermé à la visite pour des raisons de sécurité. « Toute coopération avec l’Université de Dresden a été suspendue, surtout après le communiqué de l’ambassade d’Allemagne au Caire affirmant ne rien savoir sur cet archéologue ainsi que l’Institut allemand d’archéologie qui travaille en Egypte », ajoute Abdel-Maqsoud. En effet, juste après la diffusion de cette vidéo, l’ambassade d’Allemagne a publié un communiqué niant toute relation avec l’incident. L’ambassade souligne les « relations fortes qui lient l’Egypte à l’Allemagne, notamment dans le domaine de l’archéologie », et affirme que l’Allemagne soutient toute mesure prise par le gouvernement égyptien pour rétablir la sécurité et protéger ces biens précieux tout en présentant son aide aux investigations, soit en Egypte ou en Allemagne, afin de connaître la vérité et punir le fautif.

Pour sa part, Monica Hanna, professeur d’archéologie à l’Institut allemand d’archéologie, estime que cet incident constitue un véritable scandale pour les responsables du patrimoine égyptien. Cela signifie, en effet, que la sécurité du plus important site archéologique d’Egypte n’est pas assurée. « Qu’en est-il donc des autres sites qui regorgent d’antiquités dont on ne connaît même pas le nombre ? », se lamente Hanna. Elle ajoute que des travailleurs au plateau des pyramides ont certainement aidé l’archéologue allemand à pénétrer à l’intérieur des chambres funéraires. Selon elle, il est quasi impossible de pénétrer seul dans la chambre funéraire qui se trouve en haut de la pyramide, car il faut une échelle pour y accéder. L’archéologue et le photographe qui l’accompagnait devaient être retenus par d’énormes cordes pour pouvoir se retirer en cas de danger.

« Depuis plus de trois ans, et précisément après la révolution du 25 janvier 2011, le patrimoine égyptien affronte un vrai danger. Pillage de pièces aux musées du Caire et de Mallawi, violation des sites archéologiques, fouille clandestine et vol des entrepôts des pièces antiques ... », indique Monica Hanna.

En fait, ce n’est pas la première fois qu’un tel incident survient au plateau des pyramides, l’un des sites les plus visités d’Egypte. En mars dernier, trois Russes avaient également déjoué la sécurité dans la région des pyramides. Ils ont escaladé la grande pyramide, celle de Chéops, et ont réussi à prendre de magnifiques photos. Les photos inédites ont été publiées sur plusieurs sites Internet. D’après Vadim Mahorov, l’un des trois photographes, ils ont attendu la fermeture du site à 16h pour se cacher, échapper au regard des gardiens, et une fois la nuit tombée, ils ont escaladé la pyramide de 137 m de haut. « C’est vrai que ce groupe de photographes s’est excusé, mais à quoi sert cette excuse ? Ils ont endommagé le corps de la pyramide en l’escaladant. Nous ne savons pas comment ils l’ont escaladée ou ce qu’ils ont utilisé. En plus, ils risquaient de tomber, ou même de mourir sur le site. Mais qui peut garantir que de telles violations ne se répètent pas ? », se demande Monica Hanna.

La sécurité du patrimoine

Après la fermeture de la pyramide, et l’inspection des lieux pour voir les dégâts causés par l’archéologue allemand dans la chambre funéraire de Chéops, pourra-t-on mettre fin à ces infractions sur le site des pyramides ? Il appartient au gouvernement d’agir.

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