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L’âme éternelle de l’Andalousie

Doaa Elhami, Mardi, 09 octobre 2012

La maison Beit Al-Sennari a organisé le 26 septembre, en coopération avec la société koweïtienne Babtine une « Journée de l’Andalousie », rendant hommage à l’une des régions les plus flamboyantes de l’histoire de l’islam.

Beit Al-Sennari

Cordoue, grenade,Tolède, Saragosse ... autant de villes andalouses, perles de la civilisation islamique en Europe pendant plus de 800 ans. Ces villes évoquent une grande richesse culturelle et intellectuelle. Malgré le déclin de l’islam dans cette région depuis 500 ans, son influence reste forte, et l’Andalousie symbolise toujours l’âge d’or de la civilisation musulmane. C’est ce queBeit Al-Sennari à Sayéda Zeinab, une institution qui dépend de la Bibliotheca Alexandrina, a voulu mettre en avant en lançant en coopération avec la société koweïtienne Babtine « La Journée de l’Andalousie ». Ce Festival tenu le 26 septembre rendait hommage à cette époque flamboyante de l’histoire de l’islam à travers la littérature, l’architecture et la musique. « Notre objectif est de mettre en avant toute une civilisation tombée dans l’oubli malgré son importance », indique Moustapha Saad, directeur général de la société koweïtienne Abdel-Aziz Saoud Al-Babtine pour la créativité poétique au Caire.

Beit Al-Sennari

Servant d’écrin au festival, une exposition de photographies des édifices les plus importants et des motifs typiquement andalous retraçait l’histoire de l’Andalousie, de sa fondation jusqu’à son déclin. L’exposition revient sur les transformations que la région a subies durant les différentes époques à travers les photos des mosquées, des palais, et des hammams, sans oublier les bijoux et les tissus ornés en tout genre.

Comme nous l’explique Mohamad Al-Saïd, directeur d’un département aux projets privés et organisateur de l’exposition, l’architecture andalouse est très différente de celle des pays islamiques orientaux. Alors que les mihrabs, qui indiquent la direction de la qibla dans les mosquées, sont de simples niches creusées dans les murs dans les pays orientaux,ils se composent de petites salles, dont les portes sont voûtées dans les mosquées andalouses, ainsi en témoignent les photographies exposées des mosquées de Cordoue et de Saragosse (voir encadré). Le style architectural andalou se distingue aussi par ses motifs inédits. Citons à titre d’exemple les arcs croisés qui ornent les mosquées, comme à Séville, et dont « les influences se voient dans la mosquée d’Al-Azhar », commente Al-Saïd. L’architecture andalouse est aussi connue pour ses arcs outrepassés et polylobés. Ces motifs ornent par exemple le palais de Séville, bâti par Al-Moetamed Ibn Abbad, le plus fameux des rois du royaume des Taïfas qui a succédé au royaume omeyyade. « Ce palais est devenu ultérieurement la résidence du souverain espagnol », reprenait ainsi Al-Saïd.

L’Andalousie a été morcelée en 25 factions à la fin du règne des omeyyades. Chacune de ces factions était dirigée par un roi. Ces souverains étaient parfois en conflit, à une époque où les royaumes du nord, à l’instar de la couronne de Castille et du royaume de Léon, menaient régulièrement des attaques contre les territoires andalous. C’est la raison pour laquelle l’architecture du royaume des Taïfas est marquée par des tours militaires dont la plus fameuse est la Tour d’Or, dressée en 1223 par le souverain Aboul-Ela Idris. « Elle tire son nom de la couleur dorée qu’elle prend dans les rayons du soleil », explique Al-Saïd. Cette tour conserve jusqu’àaujourd’hui son caractère inédit. C’est l’un des sites touristiques espagnoles les plus visités.

Entre prospérité et décadence

Beit Al-Sennari
L'architecture andalouse se distingue par ses reliefs inédits.

Mais la richesse architecturale andalouse ne s’arrête pas là. L’exposition témoignait également de la grandeur des rois rouges, ainsi nommés d’après la couleur dont ils avaient fait leur emblème, et qui ont livré aussi quelques-uns des chefs-d’œuvre architecturaux de la région. Leur grand palais rouge à Grenade, qui est l’un des plus célèbres sites touristiques de l’Espagne, a été bâti sur plusieurs époques successives : il fait partie d’un énorme fort, couronné de 13 tours, et comportant 5 portes massives. La dernière phase de sa construction date des sultans de Grenade Youssof I, en 733-754 de l’hégire (1333-1353 ap. J.-C.), et Mohamed V, en 754-792 de l’hégire (1353–1391 ap. J.-C.), peu avant la chute de l’Andalousie. L’une des photographies exposées est une peinture représentant une rencontre entre les émirs du royaume rouge, et qui orne le plafond de l’une des salles du palais. Al-Saïd explique que cette rencontre avait pour but de trouver un moyen de protéger le royaume qui était sur le déclin. Mais malgré la situation politique inquiétante, les dernières touches ont été apportées au palais : notamment les vers calligraphiés qui ornent ses murs. « Les campagnes de reconquête, qui attaquaient les royaumes islamiques d’Andalousie, incitaient les citoyens du pays à résister et à continuer de créer les joyaux de l’art et de l’architecture islamique, au lieu de s’enfuir et d’abandonner leur territoire », renchérit le professeur Mohamad Al-Kahlawi, expert en architecture islamique à la faculté des antiquités de l’Université du Caire. C’était, selon lui, une tentative pour préserver leur identité.

Entre prospérité et décadence, l’Etat andalou a existé en Europe pendant environ 800 ans. Sa richesse se reflète particulièrement dans son architecture, mais aussi dans les objets de la vie quotidienne. Comme par exemple ces boîtes à bijoux en ivoire, notamment issues de la cour royale de Cordoue, qui sont gravées de scènes quotidiennes et qui étaient également exposées. Cette Journée a permis de comprendre comment cette époque a façonné l’histoire de l’Espagne, et combien l’âme d’Andalousie flamboyante vit toujours parmi nous à travers les monuments qui existent en Espagne d’aujourd’hui.

La musique de cet âge d’or a été jouée tout au long de cette Journée dans une ambiance lyrique teintée de légende et incitant à la rêverie.

Liste des hommes les plus célèbres ayant laissé leur empreinte dans l’histoire de l’Andalousie :

Al-Mutamid Ibn Abbad, poète, juge et roi de Séville.

Abbass Ibn Firnas, scientifique et pionnier de l’aéronautique.

Averroès, ou Ibn Rochd en arabe, juriste, médecin et philosophe.

Ibn Tufayl, philosophe arabe, médecin et mathématicien.

Ibn Zeydoun, poète arabe.

Maïmon ben Yossef HaDayan, philosophe et juriste juif.

Moïse Maïmonide, philosophe juif et fils du précédent.

Boabdil, ou Abou-Abdallah, dernier roi de Grenade.

Lissaneddine Ibn Al-Khatib, écrivain, historien, philosophe et homme politique arabe andalou.

La construction du palais Hamraa été achevée, quelques années avant la chute de l'Andalousie.

L'architecture andalouse se distingue par ses reliefs inédits.

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