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La grande mosquée de Cordoue, témoin de deux cultes

Doaa Elhami, Mardi, 09 octobre 2012

Cordoue
De nos jours, la mosquée de Cordoue est devenue la mosquée cathédrale.

Joyau de l’art islamique, la grande mosquée de Cordoue a été bâtie durant deux siècles et demi. Elle a été fondée en l’an 92 de l’hégire. A cette époque, Cordoue faisait partie du califat omeyyade en Andalousie et les musulmans avoisinaient les chrétiens dans leur église romaine. Les deux cultes étaient célébrés sur le même terrain séparé par deux édifices. L’église romaine pour les chrétiens et la mosquée pour les musulmans. Avec l’expansion musulmane à Cordoue, Abdel-Rahman I avait acheté le terrain de l’église romaine à condition de restaurer toutes les églises détériorées pendant la guerre. C’est en 785 que les travaux de construction ont commencé. Au fur et à mesure, elle connaîtra de nombreuses adjonctions, en particulier sous Abdel-Rahman II (833-852), Al-Hakam (961-976) et Al-Mansour en 987. Son plan se divise en une cour rectangulaire entourée d’un portique et plantée d’orangers. S’ajoute à cela une salle de prière (haram) qui finira par comporter jusqu’à 600 colonnes, formant une véritable forêt s’étendant à perte de vue.

La mosquée oscille entre tradition et innovation et est marquée par l’architecture antérieure, tant islamique que locale. Abdel-Rahman I, rescapé du massacredes Omeyyades, restait très nostalgique à sa Syrie d’origine et il a tenté de recréer dans sa terre d’exil le faste de Damas. Ainsi, il importa des fleurs et des arbres syriens pour ses jardins. Cette influence se retrouve dans la grande mosquée de Cordoue, au travers notamment du toit charpenté. Mais les bâtiments locaux, précurseurs des édifices arabes, ont également eu une ascendance sensible : arcs en fer à cheval, colonnes en marbre bleu et rose avec leurs chapiteaux qui proviennent de palais antiques ou wisigothiques abandonnés.

En même temps, d’importantes innovations y ont été réalisées. C’est ainsi que pour modifier les colonnes wisigothiques, bien plus petites et plus fines que les colonnes syriennes, les architectes ont imaginé une colonnade à deux étages d’arcs. Une disposition qui confère au monument une incroyable légèreté, renforcée par le décor sobre des arcs, qui joue sur la polychromie entre les briques rouges et la pierre blanche. La mosquée est aussi ornée de versets du Coran en mosaïques à fond d’or. Les colonnes ont été réalisées par des mosaïstes byzantins envoyés spécialement par le basileus (empereur byzantin) Nicéphore Phocras en guise de « cadeau » à son homologue d’Al-Andalus. Recopier le Coran, en tant que texte sacré, est un acte de foi, une insistance particulière est donc portée sur la calligraphie. Ici, il s’agit de l’écriture coufique, reconnaissable à ses angles droits et à ses longues hampes. Les inscriptions saintes sont marquées sur le pourtour du mihrab qui indique la direction de la Qibla. Le mihrab se distingue par une petite pièce octogonale. Cette innovation architecturale trouvera sa place dans toutes les mosquées andalouses. Le mihrab joue ainsi pleinement sa fonction de porte ouvrant vers le monde divin. Près de lui se trouve par ailleurs la maqsura, cet endroit isolé réservé au souverain, complètement architecturée avec de magnifiques arcs polylobés.

En 1236, après la reconquête, le bâtiment fut utilisé pour installer des chapelles chrétiennes. En 1513, malgré une importante contestation, une véritable cathédrale gothique, encore présente de nos jours, vit le jour au milieu de la salle de prière. Et malgré tout, les motifs islamiques sont toujours clairs. Actuellement, la grande mosquée de Cordoue est ouverte à la visite touristique à 100 euros par jour.

De nos jours, la mosquée de Cordoue est devenue la mosquée cathédrale.

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